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Médiathèque Luce Courville de Nantes


Ouverte en février 1995, la médiathèque de Nantes Nord voit le jour grâce à la mobilisation des habitants et associations du quartier, couplée à une volonté politique de développer la lecture publique à Nantes.

Du placard à la médiathèque

En 1962, le premier centre socioculturel de la ville de Nantes ouvre ses portes à la Boissière. Dès 1963, des usagers demandent qu'un prêt de livres soit proposé. Comment ouvrir une bibliothèque sans moyen financier ? L'achat de livres était exclu avec le faible budget annuel de fonctionnement du centre. Maurice Lefeuvre, le directeur, a l'idée de solliciter la Bibliothèque municipale pour l'emprunt de livres. Il rencontre sa directrice, Luce Courville, qui se laisse facilement persuader.

Une convention, très informelle, reposant plus sur une confiance mutuelle que sur un contrat en bonne et due forme, est conclue entre les deux parties : la Bibliothèque municipale prête 150 livres pour une période déterminée ; contre leur retour, 150 nouveaux livres sont prêtés. L'achat de livres a commencé après deux à trois ans de coopération avec la Bibliothèque municipale.

Des permanences « prêt de livres » sont assurées par les bénévoles, y compris le dimanche matin. Ce système perdure quelques années. Luce Courville s'inquiète parfois du retour d'un nombre insuffisant de livres. « Elle n'a jamais été dupe elle a vite compris que progressivement la bibliothèque de la Boissière se constituait un fonds aux dépens de la Bibliothèque municipale. » (Maurice Lefeuvre)

Certaines bénévoles passent l’examen d’auxiliaire de bibliothèque de l'Association des Bibliothécaires de France qui valide leurs compétences, acquises sur le terrain. Étant donnée la charge de travail, quelques bénévoles sont recrutés par le centre socioculturel.

La bibliothèque, implantée au milieu de la cité, touche un public très divers pour lequel l'accès au livre n'est pas toujours évident. Parents et enfants de nombreuses familles populaires, parfois issus de l'immigration, deviennent des lecteurs assidus.

Le centre socioculturel de la Boissière en 1976

Le centre socioculturel de la Boissière en 1976

Date du document : 1976

La municipalisation

La municipalisation de cette bibliothèque, en 1982, s'inscrit dans la politique de lecture de la nouvelle municipalité élue en 1977 : développer la lecture publique à Nantes est l'une de ses priorités.

Tandis que se construit la médiathèque du centre-ville, quatre bibliothèques de quartier, dont celle de la Boissière, sont équipées et ouvertes au public. L'arrivée d'agents municipaux, bibliothécaires professionnels, ne se fait pas sans tensions avec les vacataires et les bénévoles dont la compétence n'est plus reconnue. De responsable, Édith Hudomme, seule vacataire demeurée en place, devient une exécutante sans responsabilité. La fermeture au public pendant six mois, pour cause de réorganisation, et la destruction de plusieurs centaines de livres usagés sont mal comprises des lecteurs. Les pratiques changent également : la bibliothèque devient un lieu de lecture alors qu'on y venait pour parler, échanger, passer un moment. Cependant des efforts réciproques permettent progressivement de mettre en place des coopérations avec le centre socioculturel : animations avec la ludothèque, permanences contes pour enfants à la consultation Protection Maternelle et Infantile (PMI).

Victime de son succès – 8 500 livres enfants et 7 500 adultes –, les locaux de la bibliothèque deviennent vite inadaptés pour le rangement et la lecture sur place. Le rayonnement de cette bibliothèque va bien au-delà de la cité et se trouve au cœur d'un réseau important d'établissements scolaires. La question de son extension est posée.

Mais le programme de lecture publique impulsé de 1977 à 1983 par la municipalité dirigée par Alain Chenard, marque une pause avec le changement d'orientation politique en 1983 et le nouveau maire, Michel Chauty : les bibliothèques de quartiers ne bénéficient plus du même soutien. À la Boissière, le budget d'acquisition est diminué (moins 25% au budget de 1989 par rapport à 1988) et, par manque de personnel, les heures d'ouverture sont réduites, y compris pendant les vacances scolaires.

L'action et les propositions de « Médiathèque à Venir »

En 1989, à l'initiative de Marie-Françoise Gonin, est créée l’association, « Médiathèques à Venir » qui milite pour la promotion d'une véritable politique de la lecture à Nantes. Très active, elle participe aux débats nantais sur la lecture et devient une force de proposition reconnue. Son siège social est au centre socioculturel de la Boissière. Des projets de renforcement de pôles lecture à Nantes sont proposés. Celui des quartiers nord apparaît comme prioritaire.

Pour Jean-Marc Ayrault, élu maire de Nantes en 1989, le développement du réseau lecture fait partie intégrante de son programme. La nouvelle municipalité est interpellée, par Médiathèques à Venir, sur les évolutions nécessaires de la bibliothèque Boissière. En parallèle l'Association d'Action Socio-Culturelle et Éducative de la Boissière (AASCEB) soutient cette démarche, en privilégiant la solution d'un agrandissement sur place, au sein du centre socioculturel rénové. Au cours de la concertation engagée avec l'adjoint à la culture, Yannick Guin, l'accent est mis sur « la nécessité de maintenir le partenariat entre la bibliothèque et son environnement ». Il est souhaité « que soient envisagés des locaux dans lesquels restent possibles des activités indissociables telles que la lecture loisir, la lutte contre l'illettrisme et l'échec scolaire ».

Médiathèques à Venir conclue ainsi son dossier de propositions : « Une vraie bibliothèque de quartier pour le nord de Nantes :

- Serait un pôle d'animation culturelle indispensable,
- Attirerait un nouveau public,
- Désengorgerait la médiathèque et la bibliothèque de la manufacture des personnes qui s'y rendent pour pallier les carences de leur annexe de quartier.
Une micro-médiathèque pour Nantes Nord serait un élément indispensable de toute promotion de la lecture publique, de lutte contre l'illettrisme et de développement de la culture à Nantes ».

1995 : une médiathèque pour Nantes Nord

Le projet d'agrandissement de la bibliothèque du centre socioculturel apparaît très vite en décalage par rapport à celui de la municipalité défendu par Yannick Guin : il n'est plus question d'y créer une « micro-médiathèque », mais de construire une véritable médiathèque pour les quartiers nord de Nantes.

Le choix de l'emplacement de ce nouvel équipement tient compte de l'implantation récente du tramway et doit permettre un rayonnement au-delà du quartier : face à la cité du Chêne-des-Anglais, à proximité d'une station du tram (appelée alors « Médiathèque-Nord-Chêne-des-Anglais »). Les architectes sélectionnés pour ce projet sont Jean-Claude Besseau et Jacques Beaudoin. Une large concertation est engagée sur la conception architecturale du bâtiment et les aménagements intérieurs avec les architectes, les élus, le comité de lecture de la Boissière, I'AASCEB, les habitants du quartier et Médiathèques à venir.

Le projet proposé prend en compte les spécificités d’un quartier inscrit dans la politique nationale de Développement social des quartiers (DSQ) :

- Un surdimensionnement du Secteur Enfant avec un important espace de travail en groupe permettant d’accueillir les écoles,
- Un petit auditorium d’une dizaine de places,
- Une salle d’animation qui peut être mise à la disposition d’associations du quartier pour leurs projets culturels.

La première pierre est posée le 5 octobre 1993. Après plus d’un an de travaux, la médiathèque est ouverte le 28 février 1995 et inaugurée le 16 mars 1995. L’événement s’accompagne d’une semaine festive.

Pose de la première pierre de la médiathèque par le maire Jean-Marc Ayrault, le 5 octobre 1993

Pose de la première pierre de la médiathèque par le maire Jean-Marc Ayrault, le 5 octobre 1993

Date du document : 05/10/1993

L’équipement de 1 100 mètres carrés abrite un hall, des espaces lecture adultes et enfants, une salle de travail, un espace prêt audio-vidéo, un auditorium, des locaux administratifs et une salle polyvalente. D’après Marie-Vianneytte Moulin, la première directrice de la médiathèque, un effort a été fait « sur la littérature étrangère, et notamment celle des pays d’origine des gens du quartier ». Le coût final du projet s’élève à 8,3 millions de francs, en partie subventionné par la DRAC.

La médiathèque de Nantes Nord

La médiathèque de Nantes Nord

Date du document : 19/09/2002

La dénomination de la médiathèque en question

En juin 1994, alors que la médiathèque de Nantes Nord est en construction, se pose la question du nom à donner à ce nouvel équipement public. Le service du Développement culturel de la Ville de Nantes suggère plusieurs pistes :

- Celui de l’écrivain et journaliste Paul Nizan (1905-1940),
- Celui de l’écrivain, journaliste et homme politique Jules Vallès (1832-1885),
- Quartiers Nord.

Patrick Rimbert, adjoint au maire et président de la Commission de dénomination des voies et établissements publics, juge qu’il est préférable de conserver la dénomination de « médiathèque Nord » car celle-ci est passée dans le langage courant et permet de situer géographiquement l’équipement. De plus, la médiathèque du centre-ville, ouverte en 1985, n’a alors jamais été dénommée. Elle reçoit le nom de « Jacques Demy » seulement en 1995.

À l’occasion des 10 ans de la médiathèque en 2005, l’équipement prend finalement le nom de Luce Courville, décédée un an plus tôt. Cette bibliothécaire spécialiste de Jules Verne fut directrice de la Bibliothèque municipale de Nantes de 1962 à 1987. Elle joua un rôle déterminant dans le développement de la lecture à Nantes et la construction du réseau des bibliothèques de quartier. Durant sa retraite, elle s’est investie dans la lutte contre la toxicomanie et l’alcoolisme.

Luce Courville et Jean Verne en 1966 lors de l’exposition consacrée à Jules Verne

Luce Courville et Jean Verne en 1966 lors de l’exposition consacrée à Jules Verne

Date du document : 1966

2020 : Réaménagement des espaces intérieurs

Après quelques mois de travaux, qui s’inscrivent dans le programme Bibliothèque Numérique de Référence soutenu par le ministère de la Culture, lever de rideau sur la médiathèque Luce Courville le 11 février 2020.

Derrière la nouvelle façade qui affirme la présence de la médiathèque dans le quartier, les espaces ont été repensés, le mobilier rénové, la présentation des collections a été réorganisée, et un plus grand nombre de services est offert, notamment suite aux idées issues de l’atelier citoyen « Quelle bibliothèque pour demain ? »

Accueil de la médiathèque Luce Courville après les travaux de réaménagement

Accueil de la médiathèque Luce Courville après les travaux de réaménagement

Date du document : 13/09/2023

Dès l’espace d’accueil de la médiathèque, ouvert et chaleureux, les changements seront notables, avec notamment de nouveaux espaces pour les usages spécifiques : travail sur place, consultation Internet, jeux sur console, découvertes culturelles en tout genre, écoute sur place de disques vinyle et siestes au soleil, avec l’ouverture de la médiathèque sur le jardin. Le prêt et le retour des documents est désormais réalisé en autonomie via des automates de prêt et les réservations sont en libre accès.

En 2023, le jardin se dote de mobilier d‘assises en bois réalisé en Espagne dans le cadre du projet européen Urbinat.
Depuis 2024, le prêt de documents s’est enrichi de boîtes à histoire, d’instruments de musique, de machines à coudre, de patrons de couture, de mannequins de couture et de théâtre d’ombres.

Depuis septembre 2025, un piano silencieux est à disposition des usagers de la médiathèque.

Francis Peslerbe, Bibliothèque municipale, Noémie Boulay
Groupe Histoire des quartiers Nord de l’association d'action socio-culturelle et éducative de la Boissière (AASCEB) / Direction du patrimoine et de l’archéologie, Ville de Nantes/Nantes Métropole
2026



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Médiathèque Jacques Demy

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Boissière Lieu culturel Littérature

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Rédaction d'article :

Francis Peslerbe, Bibliothèque municipale, Noémie Boulay

Témoignage :

Catherine Saraiva-Buchet

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