Médiathèque Jacques Demy de Nantes
La médiathèque ouvre ses portes en 1985. Elle illustre une volonté politique de promouvoir la lecture publique en développant le réseau des bibliothèques municipales, établissements culturels de proximité au cœur de la vie sociale et culturelle locale.
Une volonté politique en faveur des bibliothèques municipales
En 1962, Luce Courville devient conservatrice de la Bibliothèque municipale. S’engage alors une réflexion sur la modernisation et l’élargissement de l’offre de lecture publique à Nantes.
Depuis 1900, les collections de la Bibliothèque municipale de Nantes sont conservées dans les locaux du Musée des Beaux-arts de la rue Gambetta. Elles sont constituées de plusieurs dizaines de milliers d’estampes, cartes, plans, manuscrits, ouvrages ou encore journaux. Ces livres ne sont alors pas en libre accès.
Cette bibliothèque compte 65 places assises, soit le même nombre que lors de son ouverture. En parallèle, quatre bibliothèques sont accessibles dans les quartiers : Garde-Dieu, Chantenay (1945), Erlon (1954), Breil (1968).
À partir des années 1970 naît une véritable politique nationale en faveur de la lecture publique et des bibliothèques municipales. Cette politique est favorisée par les lois de décentralisation qui participent à l’émergence d’une conscience culturelle locale. Elle s’inscrit dans un contexte plus global de reconnaissance du rôle des bibliothèques publiques dans les sociétés, énoncé dans le Manifeste de l’Unesco sur la bibliothèque publique de 1972 : « La liberté, la prospérité et le développement de la société et des individus sont des valeurs humaines fondamentales. Elles ne peuvent s'acquérir que dans la mesure où les citoyens sont en possession des informations qui leur permettent d'exercer leurs droits démocratiques et de jouer un rôle actif dans la société. Une participation créatrice et le développement de la démocratie dépendent aussi bien d'une éducation satisfaisante que d'un accès libre et illimité à la connaissance, la pensée, la culture et l'information. La bibliothèque publique, porte locale d'accès à la connaissance, remplit les conditions fondamentales nécessaires à l'apprentissage à tous les âges de la vie, à la prise de décision en toute indépendance et au développement culturel des individus et des groupes sociaux. »
En outre se développent de nouveaux médias numériques tels que les disques, la vidéo ou les logiciels.
L'idée est donc de désacraliser la bibliothèque et de la rendre accessible à toutes et tous. Dans ce but, des architectes conçoivent des bâtiments attractifs et originaux, ce qui se fait déjà pour d’autres projets publics à destination d'activités sportives ou culturelles.
Une médiathèque pour Nantes
En 1971 est évoqué un projet de transfert de la bibliothèque municipale dans les locaux de l'ancien conservatoire de la rue Harouys. Il est abandonné car le bâtiment n’est pas jugé adapté pour accueillir un tel établissement.
En 1978, le maire socialiste Alain Chénard inscrit la construction d’une médiathèque municipale dans sa politique culturelle. Ce projet doit permettre la constitution d’un réseau de bibliothèques sur le territoire nantais auquel doit s’ajouter une nouvelle bibliothèque dans les bâtiments de la Manufacture des tabacs (réhabilitée entre 1979 et 1983) et l’informatisation du catalogue.
En février 1979, le conseil municipal de Nantes sélectionne le site de l’ancien hôtel des douanes (construit en 1770 et détruit lors des bombardements de 1943) comme emplacement pour la future médiathèque. Ce choix est motivé par sa situation géographique centrale, sa proximité avec le tramway qui sera remis en activité en 1985 (l'arrêt Médiathèque est déjà présenté sur les plans en 1980) et sa visibilité. De plus, ce projet ambitionne de faire de cet établissement culturel un lieu de rencontre afin de redynamiser la vie du quartier dans un contexte de baisse du nombre d’habitants en centre-ville.
Emplacement de la future médiathèque Jacques Demy
Date du document : Années 1980
Le programme de la future médiathèque
Après des visites de médiathèques en France et à Londres, un programme est rédigé en décembre 1979 par une équipe réunissant élus, bibliothécaires, usagers, spécialistes et agents du service d'architecture de la Ville de Nantes, en collaboration avec la direction du livre de la commune. Il définit les différentes fonctions du bâtiment et les contraintes architecturales à prendre en compte.
Le site doit accueillir :
- Une médiathèque, des services communs au réseau municipal, trois bibliobus, le logement d'un concierge,
- La conservation des archives anciennes et des documents précieux,
- Des activité diverses (boutiques, restaurant, etc.),
- Un parking de stationnement.
Les contraintes à considérer :
- Le lieu choisi appartient au périmètre sauvegardé : il faut intégrer de manière discrète une nouvelle architecture,
- Le dénivelé important du terrain,
- La présence d'un tunnel qui abrite la ligne SNCF Nantes Saint-Nazaire,
- Le site doit être ouvert sur le quartier et faciliter la circulation des usagers dans l’espace public,
- L’importance de la transparence visuelle entre les salles doit être prise en compte dans le projet final.
En octobre-novembre 1980, le jury et le conseil municipal retiennent le projet de l’équipe Paul Ferré – Jean François Salmon – Michel Bureau – Jean-Luc Benoist-Gironière – Jacques David.
Un établissement culturel aux usages multiples
La construction de l’édifice s’étire sur 36 mois, entre 1982 et 1985.
La médiathèque présente 9 600 mètres carrés de surface sur les 13 300 mètres carrés offerts par les bâtiments. Elle comprend :
- Une bibliothèque d'étude et de conservation (et ses magasins de réserve),
- Une bibliothèque de quartier à vocation de prêt en libre-service,
- Les bureaux d'administration et de travail des bibliothécaires,
- Le service de prêt aux collectivités et le service de bibliobus,
- Le logement d'un responsable du gardiennage de l'ensemble.
S'ajoute à cela un hall d'accueil, un centre d'information culturelle, un service de ventes de reproduction de documents, des espaces de repos, des sanitaires, un garage à vélos, une salle d'exposition, une galerie, une garderie et un parking.
Chantier de construction de la médiathèque Jacques Demy
Date du document : mars 1983
Jusqu'en 1980, le projet incluait le transfert des archives municipales ainsi qu'un restaurant panoramique mais ces éléments ont été abandonnés faute de place.
Un bâtiment postmoderniste ancré dans le patrimoine local
L’équipe sélectionnée a pris le parti de refuser le monumental et le pastiche. L’édifice ne donne pas sur une place comme c’est le cas au Sanitat, à la Bourse ou à Bouffay. Son architecture postmoderniste fait référence à plusieurs éléments du patrimoine nantais : la verrière rappelle celle du passage Pommeraye, les arcades imitent les estacades des quais de la Loire, les balcons figurés par des coffre de verre (bow window) évoquent les balcons des façades du quai de la Fosse.
Maquette de la médiathèque Jacques Demy
Date du document : Années 1980
De par les contraintes importantes liées au passage du tunnel SNCF et au terrain pentu, le bâtiment est divisé en deux corps reliés par une verrière qui fait lien entre la partie basse et la partie haute. Le bâtiment A donne sur le quai et s'aligne avec les façades mitoyennes. Il en reprend d'ailleurs les éléments caractéristiques (arcades, travées, balcon). Le bâtiment B s’inspire du principe des bow window et donne sur la rue de l'Héronnière. L'ensemble est dominé par la présence du verre encadré par une armature métallique noire.
Le bâtiment A contient onze niveaux, dont deux en sous-sol pour le parking. La médiathèque et les réserves de la bibliothèque patrimoniale se trouvent entre les niveaux 5 et 11. Les espaces publiques et les réserves s'organisent autour d'un puits de lumière percé depuis la terrasse faitière du toit. Cette dernière est surmontée d'une verrière pyramidale à base carrée. Ce puits permet à la fois de diffuser la lumière dans les locaux mais aussi de rendre lisible au public dès l'entrée l'organisation des espaces. L’usage de la brique rouge en « colonnes » accentue la verticalité de l’ensemble.
Le bâtiment B comprend dix niveaux, dont cinq en sous-sol pour le parking. On y trouve une galerie marchande, une salle d’exposition, une salle de conférence et des bureaux. La galerie est elle aussi percée d'un puits de lumière dans une grande partie de sa longueur.
Le 1% artistique à la médiathèque de Nantes
Afin de donner au projet une dimension artistique et culturelle, un concours d'esquisses pour la décoration de la médiathèque est lancé dans le cadre du 1% artistique. Plusieurs œuvrent sont ainsi réalisées :
- Le penseur de Clotilde et Bernard Barto : en bronze et Granit bleu de Bahia,
- Mnémosyne de Jacques Raoult : les ferronneries rappellent le passage Pommeraye et les balustres du cours Cambronne,
- Michel Ardan de Jacques Raoult,
- La fontaine de la place basse de François Morrelet,
- La mosaïque décorant les murs jouxtant la rue Neuve-des-Capucins de Françoise Laborie et Elisabeth Soulie.
Sculpture « Le Penseur », 1 % artistique à la médiathèque
Date du document : 02/04/2019
L’ouverture de la médiathèque
La médiathèque ouvre ses portes le 1er octobre 1985, deux ans après l’installation de la nouvelle municipalité de Michel Chauty (RPR). L’opposition organise l’inauguration de l’établissement le 28 octobre, tandis que la majorité municipale réduit le budget de fonctionnement du nouvel équipement. Le projet initial a été remanié, abandonnant la création d’une artothèque, d’une vidéothèque et d’une ludothèque. Le coût final des travaux s’élève à 38 millions d’euros, dont 23 millions provient de l’État. La médiathèque rencontre rapidement le succès en atteignant les 2 000 visiteurs par jour.
Une nouvelle entrée
En 1995, la médiathèque est officiellement inaugurée par le maire socialiste Jean-Marc Ayrault. Pour les 10 ans de l’établissement, elle prend le nom d'espace Jacques Demy, en hommage au cinéaste nantais.
Médiathèque Jacques Demy
Date du document : 25/07/2023
En avril 2019, l’établissement rouvre ses portes après sept mois de travaux. Fruits d’ateliers citoyens menés en 2018, les nouveaux aménagements permettent de mettre en place un système de prêt/retour par automate et de réorganiser des espaces. Une nouvelle entrée donnant directement sur l'esplanade Camille-Mellinet et un hall d'accueil plus important sont ainsi créés.
L’espace Jacques Demy accueille également le Musée-atelier de l’Imprimerie, le Centre d'études verniennes, une halte-garderie et diverses associations.
Bibliothèque municipale de Nantes
2025
Album « La médiathèque Jacques Demy »
En savoir plus
Bibliographie
Amouroux Dominque, « La médiathèque Jacques Demy, un témoin des années 1980 », Place publique Nantes Saint-Nazaire, n°39, Mai-juin 2013, p. 122-123
Caroux Hélène, Architecture et lecture : les bibliothèques municipales en France 1945-2002, Éditions A et J Picard, 2008
Ollivier Annie, Pitrel Joël, 1985. Le tramway et la médiathèque de Nantes : d’une naissance difficile à une reconnaissance unanime, Hey éditions, 2025
Violeau Jean-Louis, « Qu'est donc devenue la Nantes "post-moderne" ? », Place publique Nantes Saint-Nazaire, n°60, Novembre-décembre 2016, p. 142-151
Pages liées
Dossier : Architecture des années 1980
Œuvres nantaises de François Morellet
Parcours À la découverte de l'œuvre de Bernard et Clotilde Barto
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Bibliothèque municipale de Nantes
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