Malakoff - Pré Gauchet

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Malakoff, Vieux-Malakoff, quai Malakoff, trois noms pour rappeler les transformations de l’ancienne prairie de Mauves, encerclée par l'eau et les voies ferrées.

Le Vieux-Malakoff et la cité Malakoff ont été édifiés sur le site de la prairie de Mauves. L'odonyme Malakoff a été attribué en 1856 en commémoration de la bataille de Malakoff, victoire française durant la guerre de Crimée, en 1855.

Une prairie sillonnée par les voies ferrées

« A l’origine, le site appartenait en partie aux Chevaliers du Temple. En 560, elle avait pour nom la prairie des Hannes et en 936, elle s’appelait prairie des Fontaines. Le nom actuel de cette prairie vient de ce qu’elle s'étend jusqu’à la commune de Mauves. C’est un lieu favori des promeneurs et des amateurs de friture. Malheureusement cette prairie n’offre plus l’attrait qu’elle possédait il y a encore peu d’années, les lignes de jonctions de la gare du chemin de fer de l’État avec celui d’Orléans la sillonnent en tous sens. », rapporte Eugène Lecointe en 1892 dans son ouvrage « Aperçu topographique et physique de la ville de Nantes ».

En effet, à partir du milieu du 19e siècle, les voies ferrées qui relient les différentes gares nantaises bouleversent la configuration de la prairie de Mauves.

Terminus de la ligne Paris à Nantes, la gare de la Compagnie d’Orléans, inaugurée en août 1851, est implantée en bordure de l’étier de Mauves. En 1887, la gare de Nantes-État est mise en service sur la Prairie-au-Duc. Aussi devient-il indispensable de relier ces deux gares par des voies de liaison urbaines.

Extrait du plan de la Ville de Nantes dressé par Jouanne et Véloppé

Extrait du plan de la Ville de Nantes dressé par Jouanne et Véloppé

Date du document : 1912

La gare d'Orléans et l'urbanisation du quartier

Dans la première moitié du 19e siècle, la prairie de Mauves servait d'hippodrome et de champ de tir mais également aux paysans des alentours qui coupaient leurs foins et emmenaient leurs bêtes paître. La mise en service de la gare d'Orléans va très vite permettre l'urbanisation de l'extrémité occidentale de la prairie, secteur longtemps appelé le « Vieux-Malakoff ».

En 1875, une pétition des propriétaires de ce nouveau quartier rappelle les étapes de cette urbanisation :  « Longtemps avant l’établissement de la gare du chemin de fer de Paris à Orléans, quelques propriétaires, assurément bien aspirés avaient tenté d’utiliser les vastes terrains de la Prairie de Mauves dans la partie qui avoisine le plus le quai de Richebourg et le Canal Saint-Félix. À cet effet, il fut construit sur la rivière la Seille, un pont et une chaussée en remblais fut immédiatement commencée.

Depuis la construction de la gare, la rivière la Seille a disparu, elle fut remplacée par le canal de la gare et le pont Tracktir mit la ville en communication avec le nouveau quartier et la prairie. Les terrains riverains de la chaussée furent vendus et les acquéreurs créèrent de toutes pièces un quartier nouveau d’une superficie considérable au moyen d’énormes quantités de remblais, extrait à grand frais du lit du fleuve. Dès 1850, quelques usines s’établissant sur le sol artificiel y provoquèrent un mouvement et une activité qui depuis s’accrurent rapidement. »

 Vue panoramique de la prairie de Mauves entre la gare d'Orléans reliée au quartier du quai malakoff par le pont Tracktir

Vue panoramique de la prairie de Mauves entre la gare d'Orléans reliée au quartier du quai malakoff par le pont Tracktir

Date du document : années 1920

L’omniprésence de l'eau

La prairie de Mauves était traversée ou bordée par quatre cours d’eau : la Loire, l’étier de Mauves, le gué Robert et le canal Saint-Félix. Ces cours d’eau ont modelé le quartier et conditionné sa vie quotidienne. En effet, crues, activités fluviales, pêche, bateaux-lavoirs ont fait partie du quotidien des habitants jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Avant le remblaiement du chemin qui la bordait, chaque hiver la Loire sortait de son lit et inondait l’ensemble du quartier tant dans sa partie urbaine que dans sa partie champêtre. Au cours du 20e siècle, les crues de 1910 et de 1936 furent les plus importantes.

Inondations à l'angle du quai Malakoff et de la rue Cornulier

Inondations à l'angle du quai Malakoff et de la rue Cornulier

Date du document : 10-01-1936

Les bombardements de 1944 et la reconstruction du quai Malakoff

En 1944, le quartier a subi des bombardements à quatre reprises : le 28 mai, les 6, 7 et 15 juin. Ces bombardements alliés visaient les voies ferrées et les ponts afin de retarder la convergence des troupes allemandes vers la front de Normandie. Le quai Malakoff fut en partie détruit et de nombreux trous de bombes marquèrent le site de la prairie de Mauves.

Au cours des années 50, la reconstruction reconfigure le quai Malakoff : un long immeuble de six étages remplacent les petites maisons qui le bordaient tandis que la cale est transformée en parking en 1953.

Dès cette période, une mise en valeur des terrains situés à l'est de la prairie de Mauves est envisagée avec  l'implantation d'un centre universitaire. Ce projet n’aboutit pas et il faut attendre la décennie suivante pour qu'un nouveau sorte des cartons : La ZUP Bealieu-Malakoff.

Vue aérienne du quartier Malakoff après les bombardements

Vue aérienne du quartier Malakoff après les bombardements

Date du document : 1944

La cité HLM Malakoff

L’histoire de la cité HLM Malakoff est directement liée à celle de l’urbanisation de l’île Beaulieu. En 1960, un plan de ZUP est approuvée. Celui-ci prévoit 6500 logements dont 1500 logements sur Malakoff.

Entre 1967 et 1971, 1658 logements sont effectivement construits à Malakoff. L’opération, confiée aux   architectes nantais Evano, Cormier, Choisel et Leroux, comporte onze tours de seize étages et cinq barres courbes de 200 mètres de long et de dix étages. Ces barres reprennant la double courbe de la voie ferrée, concaves ou convexes, les habitants les appellent rapidement les «bananes».

De vastes espaces laissés libres ont été occupés par différents équipements scolaires, commerciaux et cultuel puis plantés et transformés en espace verts.

La spécificité de ce quartier tient à la fois dans sa proximité spatiale avec le centre ville et de son isolement. « Coincé » entre les voies ferrées et la Loire, le quartier est fortement enclavé. C'est pourquoi à partir des années 2000, le projet de renouvellement urbain va, entre autre, s'attacher à l'ouvrir sur la ville.

Vue aérienne des premières tours du quartier Malakoff

Vue aérienne des premières tours du quartier Malakoff

Date du document : 1968

Le Grand projet de Ville Malakoff-Pré Gauchet

En 2001, la Ville de Nantes, dans le cadre du Grand projet de ville (GPV), engage une démarche de renouvellement urbain qui englobe sur 164 hectares le quartier d'habitat social Malakoff et le secteur de la gare baptisé « Pré Gauchet ».

La première phase des opérations couvre la période 2004-2008. Celle-ci consiste notamment à désenclaver le quartier, par la création de deux nouveaux ponts sous chacune des deux lignes ferroviaires afin d'y faire passer le nouveau boulevard de Berlin qui relie le quartier de la gare au nouveau pont Éric-Tabarly. Le boulevard de Sarrebrück est réaménagé avec l'adjonction de rond-points permettant un accès plus direct au quartier.

Cette première phase permet également d'engager une politique de rénovation du parc immobilier avec la démolition de 397 logements. La totalité des logements sociaux démolis est reconstruite, notamment dans le nouveau quartier mixte du Pré-Gauchet situé à proximité, associant autour du nouveau Mail Pablo-Picasso des logements, des équipements, des services et des bureaux directement reliés à la gare de Nantes. Plus de 1 258 logements sociaux sont requalifiés dans la cité HLM.

Enfin, un renouvellement très important des équipements est effectué avec notamment la reconstruction d'un nouveau collège, la restructuration et l'agrandissement des deux écoles primaires, la construction d’un centre de loisirs, d'une piscine et d’une maison de quartier.

La seconde phase, couvrant la période 2008-2012, concerne la partie ouest et le centre du quartier. La construction d'un nouveau centre commercial et d'un pôle de services publics autour de la nouvelle place place Rosa-Parks est le projet phare de cette période.


Nathalie Barré
Archives de Nantes

En savoir plus

Bibliographie

Vieux Malakoff : un quartier, des mémoires, Archives municipales, Nantes, 2002; 80 p

Le retour en ville : Nantes, Malakoff-Pré Gauchet, GRAVELAINE (Frédérique de), D. Carré éd., Paris, 2014; 174 p.

Contributeurs

Rédaction d'article :

Nathalie Barré

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