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Loisirs et sports sous le Front populaire à Nantes


La diminution du temps de travail hebdomadaire et l’’établissement des congés payés par le gouvernement du Front populaire à partir de l’été 1936 change profondément les habitudes des ouvriers et employés. Pour permettre à la population française de s’ouvrir à de nouvelles activités, Léo Lagrange est chargé de développer les loisirs et les sports partout en France. Nantes n’échappe pas à cette dynamique.

La victoire du Front populaire et les accords de Matignon

Le 3 mai 1936, le Front populaire, coalition des partis de gauche, remporte les élections législatives. Pour la première fois dans l’histoire de la Troisième république, un gouvernement socialiste est placé à la tête de la France.

Un mois plus tard, le 4 juin 1936, le premier gouvernement de Léon Blum est formé. Le lendemain, au moment de la pause méridienne, Léon Blum présente à la radio le programme du Front populaire. Il annonce alors le dépôt immédiat des projets de la semaine de travail de 40 heures, des contrats collectifs, plus tard désignés comme des conventions collectives, et des congés payés. Le gouvernement, résolu à agir avec rapidité, se réunit avec plusieurs délégués syndicaux de la CGT et délégués patronaux de la CGPF à l’hôtel de Matignon. Le 8 juin, à minuit quarante, les accords sont signés.

L’établissement des congés payés

La revendication des congés payés ne figurait pas à l’origine au programme du Rassemblement populaire, car le monde ouvrier était beaucoup plus préoccupé par le chômage. Elle jaillit en réalité spontanément des grèves de mai et juin 1936 et peu avant les accords de Matignon. En annonçant l’instauration des congés payés, Léon Blum va donc au-delà du programme prévu.

Le 21 juin, votée par la Chambre des députés puis par le Sénat, la loi institue un congé payé de 15 jours, dont 12 jours ouvrables, pour les salariés ayant accompli un an de service continu dans l’entreprise. Une seconde loi entérine le passage de la semaine de travail de 48 à 40 heures. L’été 1936 devient alors le point de départ d’une sorte de révolution culturelle, celle des vacances pour tous.

Première page de la loi du 20 juin 1936 instituant un congé annuel rémunéré

Première page de la loi du 20 juin 1936 instituant un congé annuel rémunéré

Date du document : 20/06/1936

Le développement des loisirs et des sports

Une des réalisations les plus spectaculaires du gouvernement de Front populaire est la création d’un sous-secrétariat d’État aux sports et aux loisirs, confié à Léo Lagrange dès le 4 juin 1936. Surnommé le « ministre de la fainéantise » par la droite, Léo Lagrange est un socialiste très engagé, avocat de profession et passionné de sport. Lorsque Léon Blum l’appelle au gouvernement, l’objectif est de mettre à disposition de la population française les moyens de s’ouvrir sur le monde. En effet, la réduction du temps de travail hebdomadaire et l’établissement de deux semaines de congés payés annuel offre ainsi davantage de temps libre aux ouvriers et employés, qui peuvent en profiter pour s’adonner à des loisirs et à une ou plusieurs activités sportives. Avant le Front populaire, les loisirs et les sports étaient l’affaire des classes bourgeoises.

Léo Lagrange à son bureau en 1936

Léo Lagrange à son bureau en 1936

Date du document : 1936

Le premier acte de Léo Lagange est d’arracher aux directeurs des grands réseaux ferrés, qui sont encore privés, des billets à prix réduit. Il obtient ainsi une réduction de 40 %. Une fois par an, pour un itinéraire établi à leur gré sous les seules conditions de revenir à la localité de départ et d’effectuer un parcours minimum de 200 kilomètres, des « billets populaires de congés payés », aller-retour en 3ème classe seulement, sont proposés aux vacanciers. Dès 1936, 600 000 « billets Lagrange » sont vendus, puis 1,8 million en 1937. Modifié dans ses conditions, ce billet existe toujours sous le nom de « billet de congé annuel ». Favorisant grandement le tourisme, ces billets profitent tout particulièrement aux communes du bord de mer, qui voient le nombre de touristes augmenter de 10 à 50 %. Pour la première fois de leur vie, des ouvriers peuvent connaître les joies de la plage et de la mer.

En 1936, 550 000 salariés profitent des congés payés. Les Nantais sont parmi les plus favorisés, la mer n’étant pas très loin. L’Écho de la Loire du 2 août 1936 estime à 5 000 le nombre des Nantais à avoir quitté la ville la veille pour la campagne et les bains de mer. La Côte de Jade, bien desservie par le chemin de fer du Paris-Orléans et les cars Citroën, a toujours leur prédilection. Les départs avec les voitures personnelles sont de plus en plus nombreux, comme l’indique la progression du débit d’essence. Ainsi, certains pompistes voient, au cours de l’été 1937, sextupler leurs ventes. Quelques Nantais, plus téméraires, font le choix de faire connaissance avec la montagne.

La création des Auberges de jeunesse

Si la mission de Léo Lagrange s’adresse à toute la société et non pas exclusivement à la jeunesse, il se fonde toutefois sur celle-ci car elle constitue le futur d’une société plus juste. Ainsi, il encourage et impulse le mouvement des auberges de jeunesse laïques, lancé en 1933 par Cécile Grunebaum-Ballin. 

À Nantes, la première auberge, qui compte 20 lits, s’ouvre à l’école de garçons du boulevard Eugène Orieux, du 1er août au 15 septembre 1935. Elle a des débuts modestes et n’accueille que sept touristes pendant l’été 1935. Une autre est néanmoins ouverte du 20 juillet au 30 septembre 1936 au 282 de la rue de Rennes, dans l’ancienne école de Talence, puis elle continue à accueillir les vacanciers les années suivantes. Dans cette auberge de jeunesse, dont le succès est important puisqu’elle reçoit plus de 400 vacanciers en 1937, on y trouve un toit, un lit, des couvertures, une cuisine et une salle commune offrant la possibilité de lire, de bavarder, de jouer, pour un droit d’hébergement de 2,50 francs à 4 francs par jour et de 3 francs par nuit. Si l’auberge nantaise n’est qu’un lieu de passage, celles de la côtes accueillent les jeunes touristes plusieurs jours, parfois même plusieurs semaines.

Camping à Sainte-Marguerite (Loire-Atlantique) en 1938

Camping à Sainte-Marguerite (Loire-Atlantique) en 1938

Date du document : 1938

Occuper son temps libre à Nantes sous le Front populaire

À Nantes, comme ailleurs, il existe à cette époque un extraordinaire esprit de camaraderie. On aime se retrouver entre copains et toutes les occasions sont bonnes pour faire la fête et s’amuser. Le « Grand bal du Front populaire de la jeunesse » donné le samedi 15 février 1936 est un bon exemple de ces festivités. De nombreuses sorties à la campagne, comme celles qu’organise le groupe antifasciste Amsterdam-Pleyel en emmenant sur un bateau à vapeur de la Sèvre ses adhérents et leurs invités passer un dimanche d’été à la Haye-Fouassière, sont aussi mises en place. 

Plus généralement, pendant toute cette période, les kermesses laïques connaissent un grand succès et offrent souvent de bonnes attractions. Le succès des fêtes populaires de quartier se maintient aussi et attirent les foules, en particulier celles du quartier des Ponts et de Chantenay. Sur l’initiative de la municipalité d’Auguste Pageot, les fêtes du Carnaval connaissent un nouveau lustre. Toutefois, avec la prolongation de la crise, et malgré les louables efforts du comité d’organisation, le carnaval s’essouffle rapidement et la guerre lui portera un coup d’arrêt forcé.

Enfin, les jeunes fréquentent de plus en plus les salles de cinéma, principalement le jeudi après-midi, jour de congé. Véritable divertissement de masse, de nombreuses salles naissent à Nantes.

Et le sport fut !

Lié au développement des loisirs, le sport occupe en France une place privilégiée. Celui-ci est très présent à Nantes et continue à réunir un grand nombre de participants et de spectateurs sous le Front populaire. La politique mise en œuvre par Léo Lagrange renforce cette assise et le sport tend de plus en plus à s’élargir à de plus nombreux participants en raison de la réduction du temps de travail.

Entre 1936 et 1938, le nombre de bicyclette en France augmente de près d’un tiers pour passer de 7 à 9 millions. Le développement du cyclotourisme favorise les ventes. En effet, contrairement au passé ou faire des randonnées à bicyclette passait pour un exploit, c’est maintenant par dizaines de milliers que se comptent les touristes cyclistes. À Nantes aussi, le cyclisme a toujours la faveur des habitants. Les Nantais manifestent leur joie au passage du Tour de France et organisent de grandes fêtes sportives et populaires au vélodrome Petit-Breton, qui se terminent le plus souvent par des fêtes nautiques sur l’Erdre et des feux d’artifice. Également très prisées, les concours hippiques sont transférés sur le terre-plein de la Bourse et sont assortis de concerts. C’est également sur le bras comblé de la Bourse que sont données les premières courses de taureaux, le 28 juin 1936.

Rallye cycliste du comité local des loisirs de Couëron à Saint-Étienne-de-Montluc en 1937

Rallye cycliste du comité local des loisirs de Couëron à Saint-Étienne-de-Montluc en 1937

Date du document : 1937

Un stade et des médailles

Au cours de l’été 1936, la délégation française se rend à Berlin pour les Jeux olympiques et Nantes brille à cette occasion. La France revient de Berlin avec 7 médailles. Les frères Vandernotte, avec Cosmat et Chauvigné, sont fiers de ramener à Nantes la médaille de bronze qu’ils ont remportée en « quatre avec barreur ». Malheureusement, cette manifestation sportive devient rapidement un événement à la gloire du régime nazi et une grande réussite pour la propagande allemande.

Construction du stade de Malakoff, 2 septembre 1937

Construction du stade de Malakoff, 2 septembre 1937

Date du document : 02/09/1937

Sous le Front populaire, de nombreux équipements sportifs voient le jour. Léo Lagrange provoque en effet l’édification de plus de 250 stades au cours de l’année 1936. Dans cette optique, les édiles nantais décident de la création sur les terrains remblayés du quai Malakoff d’un nouveau stade. Dès le 1er février 1937, une équipe d’ouvriers nivelle le terrain puis le recouvrent d’une couche de terre végétale nécessaire pour ensemencer la pelouse. Ce stade, œuvre de l’architecte en chef de la Ville de Nantes, Camille Robida, est inauguré le dimanche 28 novembre 1937 par le commandant Lasserre, représentant de Léo Lagrange. Destiné dans un premier temps à accueillir les matchs de rugby du Stade nantais université club (SNUC), la stade Malakoff devient rapidement un haut lieu de la vie sportive nantaise.

Elven Pogu
Direction du Patrimoine et de l’Archéologie, Ville de Nantes/Nantes Métropole
2026

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En savoir plus

Bibliographie

Kahn Claude et Landais Jean, Nantes et le Front populaire, Nantes, Ouest Éditions et Université Permanente de Nantes, 1997.

Pages liées

Dossier : Le Front populaire à Nantes

Front populaire à Nantes

1936 : grèves sous le Front populaire à Nantes

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Front Populaire Loisir Sport

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Rédaction d'article :

Elven Pogu

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