Belem
Hélène Cayeux (Vaugirard 1946 – Nantes 2017)

Les grues des chantiers de construction hérissent le ciel de Nantes tandis que d’autres continuent de charger et de décharger les marchandises sur les quais de Roche-Maurice et de Cheviré. Et puis, à proximité des anciens chantiers navals, trois grues désaffectées mais préservées, se dressent comme des amers mémoriaux au milieu d’un paysage bouleversé par la désindustrialisation.

Des photos pas si anciennes que cela montrent la forêt de grues qui peuplait le port et les chantiers navals. Ces machines, indispensables à la manutention de lourdes charges, notamment les blocs préfabriqués de plus en plus importants utilisés par la construction navale, ne se sont pourtant pas imposées sans résistance. Ainsi, le 13 octobre 1830, des portefaix démolissent une grue mécanique occupée à décharger des sacs de farine dans l’île Gloriette, un geste qui fait écho à celui des artisans anglais, les luddistes, brisant vingt ans plus tôt, dans le Yorkshire, les métiers à tisser qui les privaient de leur travail. 

Le quai des Antilles et les grues électriques entre 1910 et 1920

Le quai des Antilles et les grues électriques entre 1910 et 1920

Date du document : Années 1910

Les grues de la mémoire

Les grues de la mémoire

Date du document : 1951

Depuis la fermeture des chantiers, en 1987, c’est la question de la conservation des grues qui s’est posée.

Face au quai de la Fosse, la « grue jaune » – 34 mètres de haut, 400 tonnes, une puissance de levage de 80 tonnes – est un modèle Titan, sorti en 1954 des ateliers nantais Joseph Paris. Elle récupérait les blocs de navires assemblés dans l’atelier de préfabrication voisin, par un toit ouvrant, pour les transférer sur les cales des chantiers. Elle est rachetée par la Ville qui décide dès 1989 de la restaurer : sa couleur jaune vif en fait un repère familier sur la Prairie-au-Duc. 

Une nouvelle étape est franchie en 2005 quand la « grue grise » est classée Monument historique. Installée en 1966 au confluent des bras de Loire, à la pointe occidentale de l’Île de Nantes pour décharger notamment des grumes de bois exotique et des rouleaux de tôle, la « grue grise » est également un modèle Titan, fabriqué par le même constructeur : 47 mètres de haut, la taille d’un immeuble de quinze étages. Elle reste en service jusqu’en 2002, mais le déplacement des activités portuaires vers l’aval semble la condamner. On annonce sa démolition en 2004. Signe d’une sensibilité nouvelle au patrimoine industriel, les habitants se mobilisent pour sa sauvegarde et manifestent au pied de la grue tandis que la Direction régionale des affaires culturelles examine la faisabilité d’une restauration. La Ville finit par la racheter en 2005 ; après son classement – la seconde grue dans ce cas en France, l’autre est à Nice – elle est remise en état en 2006.

Grue

Grue

Date du document : 1968

Moins visible, avec son portique dissymétrique aux allures de gracieux campanile, la « grue noire » se dresse sur la rive droite, dans le Bas-Chantenay. Elle a été utilisée par les chantiers Dubigeon jusqu’à leur fermeture, en 1967. Construite pendant la guerre par la société Joseph Paris, sabotée par les Allemands en 1944, reconstruite puis renversée par une tempête en 1948, remise en fonctionnement deux ans plus tard, elle a été récemment acquise par la Ville en attendant une prochaine restauration. Cette restauration sera favorisée par son classement Monument historique, une décision prise en 2018 et qui concerne aussi la « grue jaune ».

Extrait du Dictionnaire de Nantes
2018
(droits d'auteur réservés)

En savoir plus

Bibliographie

Barbin, Céline, "Les Anciens Chantiers Dubigeon de Chantenay (Nantes)", L'archéologie industrielle en France, n°59, décembre 2011, p. 36-42

Bloyet, Dominique, Blondeel, Cédric (ill.), La belle histoire des grues de Nantes, Éd. Chabloblo, Petit-Mars, 2018

Halgand, Marie-Paule, Guillaume, Jacques, "Le patrimoine industriel : une histoire longue", dans Basse-Loire : une histoire industrielle, MeMo, Nantes, 2007, pp. 115-123

Kerouanton, Jean-Louis, "La dernière grue du quai de la Fosse, ou quelques humeurs nantaises", L'archéologie industrielle en France, n°32, octobre 1998, p. 97-102
     
Le port de Nantes : ses accès, son outillage, ses industries, Chambre de Commerce de Nantes, Impr. Armoricaine, Nantes, 1921

Pages liées

Chantiers navals

Grue noire

Dubigeon

Tags

Contributeurs

Rédaction d'article :

Thierry Guidet

Aucune proposition d'enrichissement pour l'article n'a été validée pour l'instant.