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Mythe de la rencontre entre Nicolas Appert et Joseph Colin Cité des Congrès

Front populaire à Nantes


Nantes, ville portuaire et industrielle, à la population fortement ouvrière, a pleinement suivi l’expérience du Front populaire. Les partis et syndicats de gauche de la Ville sont parmi les premiers à l’échelle nationale à s’unir en réaction à la montée du fascisme. Après la victoire du Front populaire aux élections législatives de 1936, Nantes devient l’un des grands foyers de la mobilisation ouvrière.

Un contexte de crise économique et sociale

À la fin du mois d’octobre 1929, une importante crise boursière se produit à la Bourse de New York. Ce krach de 1929 marque le début de la Grande Dépression. Une longue et importante crise économique frappe alors les économies à travers le monde et touche véritablement la France à partir de l’année 1931.

Toute l’industrie et le monde agricole sont durement frappés par cette crise qui semble sans fin. À Nantes, la crise frappe particulièrement l’armement maritime en raison de réduction de la consommation et du manque de marchandises à transporter. En 1931, les chantiers de la Loire n’enregistre pas une commande de la marine marchande et en 1932, ils n’ont aucune commande de la marine de guerre. Les conserveries sont également très touchées par la crise et les biscuiteries enregistrent une baisse de production de 15 à 20 % par rapport à l’année précédente en 1931.

L’effondrement de la production et des prix entraîne un bouleversement massif du marché du travail. Le ralentissement de l’activité industrielle a pour conséquence logique la baisse de l’emploi. Le taux de chômage grandit et devient un phénomène alarmant. Alors qu’en avril 1931 on dénombre 165 chômeurs inscrits à Nantes, on en décompte pas mois de 4 044 trois ans plus tard, soit 13 % de la population ouvrière nantaise ! À ce chiffre, il faut aussi ajouter les chômeurs partiels, qui voient leur salaire diminuer souvent dans des proportions catastrophiques. D’abord économique, la crise devient donc rapidement une crise sociale.

La poussée socialiste et la montée de l’extrême droite

Partout en France, l’aggravation de la crise favorise la poussée socialiste. À Nantes, les élections législatives de 1932 se traduisent par un léger glissement à gauche. Si Francis Merlant conserve son siège de justesse, Armand Duez, républicain de gauche et ami d’Aristide Briand est élu, mais il se présente comme « antisocialiste » et « anticarteliste ». Eugène Le Roux, ancien mécanicien et représentant de commerce, remporte le troisième siège à Nantes. En plus du siège de François Blancho à Saint-Nazaire, député depuis 1928, les socialistes gagnent donc un deuxième siège sur les neuf du département.

Mais dans le même temps, les groupes d’extrême droite connaissent de plus en plus de succès auprès d’une partie de la population. Moins nombreux que dans la plupart des grandes villes, ils sont bien présents à Nantes, appuyé localement par la droite dite traditionnelle, qui n’hésite pas à prendre parfois un ton franchement fascisant.

Les émeutes de février 1934

L’atmosphère du pays, déjà lourde, a été aggravée en 1933 à la suite de l’arrivée au pouvoir en Allemagne d’Adolf Hitler. Après le fascisme en Italie avec Mussolini, l’Allemagne bascule dans le nazisme. L’arrivée au pouvoir d’Hitler est facilitée par l’alliance entre la droite « classique » et l’extrême droite d’une part, et par une gauche désunie. 

Quand s’ouvre l’année 1934, voilà plusieurs mois que la Chambre des Députés est à la recherche d’une majorité introuvable. La classe politique française semble impuissante tant elle est divisée.  Le gouvernement est alors dirigé par un parti central de l’époque, le Parti radical. Cependant, les radicaux sont sans cesse tiraillés entre la gauche, avec qui ils partagent la défense de la République laïc, et la droite libéral, dont il partage la vision économique. À gauche, deux partis s’opposent violemment depuis qu’en 1920, au congrès de Tours, le parti socialiste SFIO s’était coupé en deux : la SFIO de Léon Blum et le Parti communiste de Maurice Thorez. De l’autre côté, les droites patriotiques et républicaines sont très puissantes. Ce patriotisme s’exprime aussi au sein de plusieurs ligues nationalistes, comme les Croix de Feu ou l’Action française.

Ces ligues, prêtes à en découdre au moindre prétexte, décrédibilisent la classe politique. C’est dans ce contexte de tension que le 6 février 1934 tout bascule après qu’une affaire de corruption ait éclaboussé le gouvernement. Des manifestations se déclenchent à Paris et se transforment rapidement en insurrection. Les ligues d’extrême droite se déchaînent et le gouvernement doit démissionner. Les policiers, dépassés par les événements, tirent et tuent plusieurs émeutiers. Il y aura en tout 18 morts, et plus de 80 blessures par balles. À Nantes, une centaine de membres de l’Action française et de divers groupements de droite se rassemblent sur la place Royale vers 18h30, remontent la rue Crébillon aux cris de « A bas les voleurs », avant de se heurter aux contre-manifestants de gauche au niveau de la rue Grétry. La police doit intervenir et cinq jeunes sont arrêtés.

Affrontements entre manifestants et forces de l'ordre sur la place de la Concorde le 6 février 1934

Affrontements entre manifestants et forces de l'ordre sur la place de la Concorde le 6 février 1934

Date du document : 01/02/1945

La peur d’un coup de force fasciste se répand dans la société. C’est cette peur des ligues, couplés à l’émotion de la défaite de la gauche en Allemagne en janvier 1933, qui va s’avérer être un puissant moteur de rassemblement pour tous ceux qui veulent défendre la République.

L’union de la gauche française

Le 12 février 1934, socialistes et communistes décident de manifester le même jour, mais bien séparément, tant ces deux gauches demeurent irréconciliables. Cependant, contre toute attente, les deux manifestations finissent par se rejoindre et forment un immense rassemblement populaire en criant « Unité ! ». Léon Blum, dans une allocution improvisée sur la place de la Nation déclare : « La preuve est faite. La province soulevée tout entière, Paris rassemblé dans cette manifestation signifient aux hommes du fascisme et du royalisme que la réaction ne passera pas. Vive la république des travailleurs ! Vive la liberté ! Vive l’unité prolétarienne sans laquelle aucune victoire n’est possible ! Vive le peuple ouvrier de Paris ! ».

Manifestation de la SFIO du 12 février 1934 à Paris

Manifestation de la SFIO du 12 février 1934 à Paris

Date du document : 12/02/1934

Cette volonté d’unité et la nécessité de se mobiliser pour défendre la démocratie vont alors être porté par de nombreux Français à travers tout le pays. À Nantes, les pendules de l’unité sont même en avance. Les représentants du PCF, de la SFIO, de la CGT et de la CGT-U se retrouvent dès le 8 février. Le 11 février 1934, à la Bourse du travail, ils conviennent même d’un seul rassemblement afin de protester, le lendemain, contre les agissements des ligues d’extrême droite. Selon Le Populaire, 20 000 Nantais répondent à l’appel ce jour là. Dans les semaines et mois qui suivent, de nombreuses réunions manifestent le désir de chacune des organisations de la gauche nantaise d’un mouvement de masse et uni. 

Manifestation contre la guerre et le fascisme au vélodrome du Petit-Breton

Manifestation contre la guerre et le fascisme au vélodrome du Petit-Breton

Date du document : Entre 1934 et 1939

Au niveau national, l'évolution vers l'unité est moins évidente, la direction du PCF étant dans un premier temps hostile à tout rapprochement avec la SFIO. Cependant, le 26 juin 1934, Maurice Thorez, qui a eu l’accord de l’Internationale communiste à Moscou, opère un virage en appelant à l'unité d'action avec les socialistes. Le 24 octobre 1934, dans la Salle du Tourbillon à Nantes, Maurice Thorez va encore plus loin et suggère « l'alliance des classes moyennes avec la classe ouvrière » et la constitution d'un rassemblement non seulement ouvrier mais d’un « Front populaire de la liberté, du travail et de la paix », ce qui constitue clairement un appel du pied au Parti radical, représentant des classes moyennes. Bien que prononcé pour la première fois quelques jours plus tôt à Paris, le 12 octobre, le mot d’ordre « Front populaire » prend toute sa force avec cet appel aux radicaux. On peut donc dire, sans exagérer, que le Front populaire est né à Nantes.

Programme du Front populaire

Programme du Front populaire

Date du document : 1936

Nantes la grise devient Nantes la rouge

Dans chaque canton de la ville, les quatre grandes tendances sont présentes lors des élections municipales de 1935 : liste de l’Entente des Républicains, liste des radicaux et radicaux-socialistes, liste SFIO et liste communiste. Le premier scrutin du 12 mai envoie au conseil municipal 17 socialistes, 3 radicaux et 16 modérés de l’Entente républicaine. Au deuxième tour, les radicaux se désistent pour les candidats socialistes. Lors de la première réunion du nouveau conseil municipal le 18 mai, Auguste Pageot est élu maire. Cette victoire de la SFIO à Nantes n’est pas la seule victoire dans le département puisque sept mairies deviennent socialistes suite à ces élections : Nantes, Saint-Nazaire, Trignac, Montoir, Basse-Indre, La Montagne, Saint-Jean-de-Boiseau.

Fort de nombreuses victoires aux élections municipales de 1935, cette convergence de la gauche, à la fois politique, intellectuel et populaire enclenche une dynamique que rien ne semble pouvoir arrêter. De plus, suite à ces élections, Maurice Thorez parvient à convaincre les radicaux Édouard Daladier et Édouard Herriot, qui acceptent le rapprochement des radicaux avec la gauche et rompent ainsi leur politique d’alliance avec la droite.

Le 14 juillet 1935, pour la première fois, militants et chefs radicaux, socialistes et communistes défilent de concert aux côtés d'autres petits partis, syndicats et associations (CGT, CGT-U, Ligue des droits de l’homme, etc.). Près de 500 000 personnes se réunissent dans l’euphorie d’une unité retrouvée. À Nantes, selon les sources, ils sont dix à trente mille personnes. Le moment est renforcé par la rédaction d’un serment, inspiré des grandes heures de la Révolution française, qui réaffirme l'importance de la mobilisation antifasciste et dégage des objectifs pour améliorer la situation du pays. Tous adoptent un seul mot d’ordre inventé par Eugène Fried, représentant de l’Internationale communiste en France, et réutilisé en public par Maurice Thorez : Front populaire. Quelques jours plus tard, le 20 juillet, Gaston Veil, président local de la Ligue des Droits de l’Homme et directeur du Populaire de Nantes, devient le président du Comité nantais du rassemblement Populaire, créé dans la foulée de la journée du 14.

Manifestation du 14 juillet 1935 à la Bastille

Manifestation du 14 juillet 1935 à la Bastille

Date du document : 14/07/1935

Les élections de 1936 et la grève

À la veille des élections de 1936, la situation est particulièrement délétère. La tendance est désormais à un affrontement entre le Front populaire et le Front national, créé par Charles Maurras et l’Action française et qui regroupe une partie des ligues nationalistes françaises.

Le 26 avril 1936, les résultats du premier tour tombent. Sur les 10 millions de votant, la droite recule mais résiste avec 42 % des voix. La gauche progresse, avec 20 % pour les socialistes, 15 % pour les radicaux et surtout 15 % pour les communistes ! Le désistement prévu par le pacte du Front populaire en vu du second tour va fonctionner au-delà même des espérances de la gauche qui, au soir du 3 mai 1936, remporte 386 sièges contre 224 pour la droite. La victoire est éclatante et historique. Pour la première fois les radicaux reculent et ce sont les socialistes qui virent en tête. C’est donc Léon Blum qui va, contre toute attente, diriger le gouvernement.

Une du Populaire au lendemain de la victoire du Front populaire, 4 mai 1936

Une du Populaire au lendemain de la victoire du Front populaire, 4 mai 1936

Date du document : 04/05/1936

À Nantes, trois députés socialistes sont élus. Eugène Le Roux conserve son siège obtenu en 1932 et Auguste Pageot, déjà maire de la Ville, et Maurice Thiéfaine le rejoignent. Le soir des élections, une atmosphère de fête règne sur les places et dans les rues de Nantes.

Mais alors que le nouveau gouvernement doit entrer en fonction un mois plus tard, le monde ouvrier décide de se mettre massivement en grève. Tout est parti de quelques patrons qui, dans un réflexe autoritaire et par défiance envers le Front populaire, ont mis le feu aux poudres en licenciant les ouvriers qui avaient osé faire grève pour manifester le 1er mai 1936. Ce sont bientôt des centaines, puis milliers d’usines et d’entreprises qui se joignent au mouvement à travers la France. À Nantes, les ouvriers des Batignolles sont les premiers à hisser le drapeau de la grève.

Groupe d’ouvriers pendant l’occupation de l'usine des Batignolles, 7 juin 1936

Groupe d’ouvriers pendant l’occupation de l'usine des Batignolles, 7 juin 1936

Date du document : 07/06/1936

Au delà de l’incroyable sensation de liberté et de joie que ressentent des milliers d’ouvriers pendant ces quelques semaines de grève si particulière, c’est aussi une véritable colère qui explique en réalité la propagation du mouvement à tous les secteurs de l’économie.

Cette mobilisation ouvrière fait accélérer l’histoire sociale française à grande vitesse. Pour la première fois, un chef de gouvernement prend position en faveur des grévistes contre les patrons. Toutefois, les difficultés économiques persistent et Léon Blum proclame à la radio, le 13 février 1937, « la pause » dans les réformes sociales. Le 21 février suivant, il la confirme au cours d’un meeting des partis de gauche au Champ-de-Mars à Nantes, devant plus de 25 000 personnes. Quatre mois plus tard, le 21 juin 1937, le premier gouvernement Blum présente sa démission, ce qui met un coup d’arrêt quasi définitif à l’expérience du Front populaire…

Elven Pogu
Direction du Patrimoine et de l’Archéologie, Ville de Nantes/Nantes Métropole
2026

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En savoir plus

Bibliographie

Bergerat Alain, « Nantes la rouge ou Nantes la bleue ? L'opinion publique à Nantes, du naufrage du Saint-Philibert au Front populaire » dans Croix Alain (dir.), Nantes dans l’histoire de France, Nantes, Ouest Éditions, 1991.

Berstein Serge, La France des années 30, Paris, Armand Colin, 2011.

Kahn Claude et Landais Jean, Nantes et le Front populaire, Nantes, Ouest Éditions et Université Permanente de Nantes, 1997.

Vigreux Jean, Le Front populaire, Paris, Presses Universitaires de France, 2025.

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Loisirs et sports sous le Front populaire à Nantes

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Front Populaire Conflit social

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Rédaction d'article :

Elven Pogu

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