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Cité de la Grande Noue 22 octobre 1941 : exécution des 50 otages

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Fêtes foraines


Deux fois par an, au printemps et à la fin de l’été, manèges, attractions et stands proposant loteries, friandises et autres divertissements s’installent sur les cours à l’arrière de la cathédrale. Ces fêtes sont les héritières des foires d’hiver et d’été qui se tenaient place de Bretagne au 19e siècle. Les documents conservés aux Archives de Nantes permettent de revenir sur le contexte et l’organisation de ces rendez-vous proposés aux Nantais.

L’installation des stands forains sur les places de la ville est réglementée par la municipalité. C’est elle qui délivre les autorisations, réalise les plans d’occupation et perçoit un droit de place évalué en fonction des espaces occupés. Les forains sillonnent la France et proposent leurs divertissements dans les différentes foires auxquelles ils ont choisi de participer. Fêtes et foires commerciales sont très souvent liées et les dénominations se confondent. Héritées pour certaines de foires médiévales, leur calendrier est fixe ; à Tours durant les mois de mai et d’août, au printemps à la Fête-Dieu à Angers, à la Pentecôte au Mans… Une foire est donc un rendez-vous à réussir entre une municipalité et des forains, en changer les dates ou créer une nouvelle édition est donc un véritable défi ! 

La foire d’hiver, place de Bretagne 

Au 19e siècle, une seule foire existe à Nantes : la foire d’hiver, mise en place entre le 15 décembre et le 15 février, elle accompagne le passage à la nouvelle année. 

Les propriétaires souhaitant une place à la foire d’hiver adressent au maire un simple courrier présentant leur proposition et la surface qu’ils estiment nécessaire pour leur implantation. L’administration réalise ensuite le récapitulatif des places accordées et l’architecte de la Ville se rend sur place pour en vérifier la bonne implantation et s’assurer de la solidité des structures. Celles-ci sont tantôt appelées « loges », « baraques », « cases » et leurs propriétaires : « banquistes » ou encore « étalagistes ». Il est parfois question de « grandes banques » pour les installations conséquentes comme les cirques ou manèges et de « petites banques » pour les stands de moindre importance.

Liste des banquistes et étalagistes pour la foire de 1857-1858

Liste des banquistes et étalagistes pour la foire de 1857-1858

Date du document : 15/12/1857

Entre les années 1834 et 1839, la foire d’hiver se tient exceptionnellement sur la place Royale, suscitant le mécontentement des riverains et commerçants. De nombreux courriers et pétitions adressés au maire de Nantes sollicitent son départ pour la place de Bretagne. Ces lettres nous apportent des descriptions peu avantageuses sur les installations d’alors : « La place Royale […] ses magasins encombrés, obstrués et cachés par des masses hideuses et répétées sur plusieurs lignes, de mauvaises baraques en bois, hautes, basses, informes ; ces entourages de toiles en lambeaux et ces petits étalagistes de toute espèce encombrant la voie publique. […] Le bruit incessant de ces petits spectacles bruyants, les trompettes, les grosses et petites caisses, les annonces, les parades, les marionnettes… » 

Compte-rendu de la visite de l’architecte-voyer Driollet concernant un stand de marionnettes

Compte-rendu de la visite de l’architecte-voyer Driollet concernant un stand de marionnettes

Date du document : 18/12/1852

La création de la foire d’été  

Constatant que plusieurs établissements s’installent tout au long de l’été place de Bretagne, la municipalité décide d’encadrer ces implantations en instituant une nouvelle foire. Il s’agit de réunir les forains sur une période donnée - et de les refuser en dehors – pour ainsi répondre aux plaintes des riverains sur la venue répétée de spectacles. Lors de sa séance du 25 juin 1891, le conseil municipal vote l’établissement d’une foire au mois de juillet place de Bretagne. Le tarif des droits de stationnement est volontairement réduit par rapport à celui appliqué à la foire d’hiver : 11 francs par mètre.

Courrier de la chambre syndicale des Voyageurs forains du 28 septembre 1888

Courrier de la chambre syndicale des Voyageurs forains du 28 septembre 1888

Date du document : 28/09/1888

Avant l’installation de la foire d’été en juillet, plusieurs échanges avaient eu lieu entre la municipalité et la chambre syndicale des forains, dont la voix est portée le journal Le Voyageur forain. Le choix du mois de juillet répond aux souhaits des propriétaires de stands, cependant leur vœu d’un nouvel emplacement comme une « promenade ombragée » n’est pas entendu – pas encore. 

Malheureusement, les premières foires d’été ne répondent pas aux attentes : peu de forains et ceux qui viennent n’y font pas suffisamment d’affaires, le public manque à l’appel…  

De nouveaux échanges ont lieu entre les forains et la Ville de Nantes, et c’est à l’issue de ces « pétitions », « référendum nantais » et autres articles parus dans L’industriel forain qu’est finalement annoncée la tenue, à titre d’essai, de la foire d’été au mois de septembre 1896 – toujours place de Bretagne.

Publication d’une lettre du maire dans un article de « L’industriel forain », édition du 14 au 20 février 1897

Publication d’une lettre du maire dans un article de « L’industriel forain », édition du 14 au 20 février 1897

Date du document : février 1897

Le calendrier des deux foires nantaises ne se stabilise pas encore, en effet le succès de la nouvelle foire d’été - en septembre, apporte une concurrence préjudiciable à la foire d’hiver qui lui succède trop rapidement … ! C’est ainsi que la foire d’été se tient en 1901 et 1902 du 15 juin au 15 juillet, toujours place de Bretagne, puis pour l’édition de 1903 le mois de septembre est à nouveau retenu. 
La foire d’été s’installe en 1903 pour la première fois dans le secteur qui est encore le sien aujourd’hui : le cours Saint-André. Selon les années, elle occupe également le cours Saint-Pierre et parfois même la place de la Duchesse-Anne.  

La foire de printemps remplace la foire d’hiver 

En 1916, une nouvelle foire est proposée à titre d’essai par la Ville dans l’objectif de remplacer à terme la foire d’hiver à laquelle on reproche de porter une trop grande concurrence au théâtre. Cette foire de printemps est prévue pour le mois d’avril 1916 place Bretagne. La période particulière de la Première Guerre mondiale a provoqué l’annulation de nombreuses foires – à Nantes les éditions des années 1914, 1915 et 1916 n’ont pas lieu – apporte selon la municipalité une opportunité inédite pour les forains d’inclure Nantes à leur itinéraire. Ainsi, ils pourront revenir l’année prochaine et assurer le succès de la foire de d’avril 1917. 

Au début des années 1930, la foire de printemps ne semble plus satisfaire les forains qui s’en plaignent auprès de la municipalité. Selon eux, un autre emplacement que la place Bretagne permettrait de meilleures affaires. Les deux syndicats « l’Avenir forain » et « l’Industriel forain » proposent dans leurs courriers adressés au maire en 1931 et 1933, un déplacement soit sur le cours Saint-Pierre ou sur les bras comblés de la Loire. Lors de son conseil du 27 novembre 1933, la municipalité répond aux souhaits des forains et décide un transfert « provisoire » de la foire de printemps sur les bras comblés de la Loire en aval du prolongement de la rue Jean-Jacques Rousseau.

Article paru le 1er avril 1934 dans « L’Écho de la Loire »

Article paru le 1er avril 1934 dans « L’Écho de la Loire »

Date du document : 01/04/1934

Du bras comblé de la Bourse aux cours Saint-Pierre et Saint-André

Après avoir retrouvé le cours Saint-Pierre entre 1936 et 1940, la foire de printemps – et la foire d’été - s’installent à partir de 1942 sur le terre-plein du bras de Loire comblé. Ce nouvel espace accueille les deux évènements jusqu’en 1953 :  date à laquelle les baraquements édifiés pour reloger les commerçants suite aux destructions des bombardements de 1943 sont démontés. Les dossiers relatifs à l’organisation de ces foires comportent alors de nombreux courriers de refus d’installation adressés aux forains : l’espace est en effet plus restreint que sur les cours et tous ne peuvent s’y installer.

Fête foraine installée dans l’ancien bras de la Loire comblé

Fête foraine installée dans l’ancien bras de la Loire comblé

Date du document : Vers 1934

C’est à partir de 1953 que les deux foires – printemps et été – retrouvent les cours Saint-Pierre et Saint-André. Elles ne quitteront désormais plus ces promenades plantées puisque c’est là qu’elles se tiennent encore aujourd’hui. La foire de printemps – plus petite – n’occupe que le cours Saint-Pierre, tandis que la foire d’été se développe sur les deux espaces de part et d’autre de la place Foch. 

Stands et attractions 

Les dossiers de réglementation des droits de places nous présentent la grande variété des établissements forains qui s’installent à Nantes pour ces temps de divertissements.

Les plus grands établissements appelés « les grandes banques » ou « grands métiers » se distinguent avec notamment l’attraction principale de la foire : le cirque qui s’installe place Bretagne à chaque foire d’hiver – puis de printemps. D’autres spectacles sont proposés par les établissements de théâtres forains avec des numéros de jongleurs, d’équilibristes, de prestidigitateurs… Des animaux sont également présentés au cours de spectacles de dressage…

Vue à vol d’oiseau de la foire d’hiver, place Bretagne

Vue à vol d’oiseau de la foire d’hiver, place Bretagne

Date du document : 16/09/1913

D’autres attractions proposent aux visiteurs de plonger au cœur d’épisodes historiques reconstitués dans des panoramas et dioramas, tableaux fixes ou animés – et à la toute fin du 19e siècle les premières images animées du cinématographe attirent les curieux des découvertes scientifiques et techniques. Les grands manèges (carrousel-salon, montagnes russes, manège de bateaux à vapeur…) attirent aussi bien les adultes que les enfants. Les plus petits établissements, les « petites banques » ou « petits métiers » : regroupent les stands de tir, les loteries (avec notamment des lots de vaisselle de porcelaine), les vendeurs de confiseries… Des attractions de curiosités sont également présentes, proposant des exhibitions de phénomènes : géants, femmes et hommes « les plus petits du monde », puces dressées … ! À ces rendez-vous s’ajoute depuis 1929, l’organisation d’une journée privilégiée pour les plus petits : la fête enfantine ! Jeux et attractions sont alors offerts par les forains aux enfants des garderies scolaires et des orphelinats.  

Delphine Gillardin
Archives de Nantes
2026

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