Colonie de vacances de Bonne Garde
Le patronage de Bonne Garde a construit et fait vivre une colonie de vacances sur la commune de Sainte-Marie (aujourd’hui incluse dans Pornic) de 1946 à 1959, tout en diversifiant d’autres modalités d’accueil des enfants pendant l’été.
L’histoire de la colonie de vacances de Bonne Garde est une aventure humaine dans laquelle beaucoup d’associations, quelles que soient leurs orientations, pourraient se reconnaître. Une aventure faite bien souvent avec « trois bouts de ficelle » et qui n’aurait jamais vu le jour sans les contributions des bénévoles de tout un quartier (maraîchers, commerçants, etc.) et du diocèse.
Ce récit rend compte de l’organisation, des coûts, du modèle économique et des normes (ou plutôt leur absence) applicables à une telle initiative dans les années 1940-1950 et qui serait impensable aujourd’hui.
Le contexte
C’est à la fin du 19e siècle que les colonies de vacances se développent de façon significative. Ce sont essentiellement les écoles laïques et les œuvres protestantes, à la croisée des courants hygiénistes, qui s’emparent de ce sujet en mettant en place des séjours au « bon air » pour les enfants. L’un des indicateurs de réussite est jusqu’à la Seconde Guerre mondiale la prise de poids.
La colonie de Bonne Garde est créée en 1946 par un patronage catholique sur des bases identiques À la sortie de la guerre, la population subit le rationnement ; beaucoup vivent dans le dénuement dans des logements insalubres. Saint-Jacques est un quartier très populaire ; on y trouve des baraquements en bois abritant les sinistrés des bombardements.
L’aventure commence avec l’achat d’un terrain
C’est l’abbé Lahaye, alors directeur du patronage Bonne Garde, qui use de ses réseaux pour trouver un terrain libre sur la commune de Sainte-Marie, près de Pornic, où il avait officié auparavant en tant que vicaire.
Achat d’un terrain pour la colonie de Bonne Garde près de Pornic
Date du document : 1946
Le montage juridique et financier reste une énigme. Une SCI (Société Civile Immobilière) est créée pour réaliser l’achat, sans doute à un « bon prix ». Elle est constituée de la paroisse Saint-Jacques et de chefs d’entreprises du quartier, et pas des moindres : Guillouard (entreprise de métallurgie), Coisy (tannerie), Joubert et Fouleneau (tous deux grossistes à Pont Rousseau – Rezé).
Ce qui est sûr, c’est que le patronage n’avait pas un sou : l’achat du terrain et les travaux sont gérés et réglés par la paroisse, aucune trace ne figure dans les comptes de Bonne Garde. Les travaux à effectuer sur le terrain sont évalués à 100 000 euros (équivalant en euros de 2018), pris en partie en charge par un emprunt de 50 000 euros et une aide de l’État de 6 700 euros.
Une certaine définition du confort
La première étape consiste à édifier un bâtiment pour accueillir les premiers groupes d’enfant à l’été 1946. Il est adossé au blockhaus afin de bénéficier de ses fondations et comprend un dortoir de 40 lits doté de paillasses (les matelas n’arrivent qu’en 1948), une cuisine, une salle de jeux. Le réfectoire n’est aménagé qu’en 1949. Le blockhaus lui-même est utilisé à des fins de stockage, de rangement.
Construction d’un bâtiment de la colonie de Bonne Garde
Date du document : 1946
Des entreprises du bâtiment de Saint-Jacques sont sollicitées, avec l’appui de très nombreux bénévoles qui se relaient en prenant sur leurs vacances. Il en est ainsi pour tous les travaux d’agrandissement (le dortoir passe à 75 lits), de rénovation et de transformation de plusieurs espaces qui suivent.
La colonie de Bonne Garde en 1956
Date du document : 1956
Le transport des matériaux et des bénévoles est assuré par des véhicules mis à disposition gratuitement par les maraîchers du quartier.
En 1946, il n’y a pas d’eau courante ; l’eau est puisée dans le puits de la propriété et, quand celui-ci est à sec, il faut se fournir dans un autre puits, plus loin, avec l’aide de charrettes : d’où ce titre « une certaine définition du confort ».
Se rendre à la colonie, c’est déjà du sport
Les trois premières années, le transport des enfants est assuré par les bénévoles. Des camions sont prêtés gracieusement par les maraîchers du quartier. Ils sont dotés de deux bancs qui se font face et d’une simple bâche pour se protéger un peu du vent et de la pluie, mais aussi pour ne pas basculer. Tout le confort du grand air et le moelleux du bois ! Deux camions sont réservés pour les enfants, un troisième pour les bagages et le nécessaire (matériel, nourriture). Sur place, le vicaire de l’époque dispose d’une voiture pour les petits déplacements.
Dès 1949, la préfecture rend le transport par car obligatoire.
Le fonctionnement de la colonie
La colonie de Bonne Garde n’a jamais été mixte. Un mois est réservé aux garçons, l’autre aux filles. Pour que l’enfant soit accepté, une visite médicale de moins d’un mois est requise. À partir de 1954 est imposée la vaccination.
Les séjours varient de 25 à 30 jours selon le calendrier des vacances scolaires. L’encadrement est aux mains d’une douzaine de séminaristes dirigés par l’abbé Lahaye, le directeur du patronage. Cette équipe est complétée par des laïcs, tous bénévoles, qui assurent une partie de l’animation ainsi que l’intendance. Il n’y a pas de charge de personnel à l’exception du salaire de la cuisinière. Une partie significative de la nourriture est fournie par les maraîchers et les commerçants du quartier Saint-Jacques.
La participation financière des familles est ainsi très basse. En 1949 et 1950, le prix d’une journée, pour un enfant est de 7,90 euros (soit 237 euros pour 1 mois). Pour ne pas empêcher les familles les plus précaires d’inscrire leurs enfants, le patronage demande une avance de 142 euros pour un mois de séjour, puis un second paiement de 95 euros, une fois les allocations familiales versées. Toutefois, de nombreuses familles ne règlent jamais cette seconde échéance, ce qui oblige le patronage à les relancer régulièrement.
La participation des familles ne couvre que 75% du coût réel ; les dons et recettes des festivités et tombolas organisées par le patronage financent les 25% restants. En comparaison, en 2025, le coût d’une journée dans une colonie (hors colonie thématique souvent plus chère) oscille entre 50 et 100 euros (hors transport et aides financières).
La fréquentation
Au commencement, les « colons » sont les enfants des adhérents de l’association Bonne Garde, mais aussi les enfants de l’école publique qui fréquentent eux aussi le « patro du jeudi » (le centre de loisirs du patronage). Bonne Garde est, dans le quartier Saint-Jacques, la seule association à proposer une offre de loisirs aux enfants en semaine ou pendant les vacances scolaires. Au fur et à mesure des années, la colonie gagne en réputation et accueille des enfants d’autres paroisses nantaises ou des communes voisines.
Photographie des enfants de la colonie de Bonne Garde en 1947
Date du document : 1947
De 1946 à 1949, la colonie est réservée aux garçons de de 7 à 14 ans. Les filles apparaissent à partir de 1950. À partir de 1952, elle s’ouvre aux filles et garçons de 6 ans ou moins. Au départ, 75 enfants sont accueillis. Ce chiffre monte à 150, avec une pointe à 175 en 1952 (90 garçons, 85 filles). En additionnant tous les modes d’accueil en plus de la colonie, ce sont 250 enfants qui sont pris en charge par l’association.
Une journée type à la colonie
La journée débute par le levé à 7h, suivi du petit-déjeuner et du salut au drapeau (on sent ici la filiation avec le scoutisme). La matinée est réservée à la détente, l’éducation physique et aux jeux en attendant le déjeuner. L’après-midi commence par une sieste suivie de promenades et de bains en mer (souvent entre Pornic et Préfailles).
De temps en temps, de la pêche à pied à Port Giraud ou au Cormier des séances de cinéma au Saint Gilles de Pornic sont également proposées. Les enfants sont de retour avant le souper, servi à 19h. Un moment de détente leur est accordé avant de se coucher vers 20h30/21h ou au-delà si le programme inclut un feu de camp ou des jeux de nuit.
Une journée particulière est consacrée à une « grand sortie » à Noirmoutier, Saint-Aignan-de-Grand-Lieu, Saint-Nazaire, la Baule, à un campement au château de la Rigaudière de Chauvé, etc.
Bain de mer de la colonie de Bonne Garde en 1947
Date du document : 1947
Les autres modalités d’accueil des enfants pendant l’été
Les camps pour les apprentis et les scolaires de plus de 15 ans
À partir de 1952, des camps fixes et itinérants sont mis en place pour les garçons de plus de 15 ans à Passay en 1952, mais aussi à Saint-Brieuc, Roscoff, Pontivy, Auray, les Alpes, etc. Ces camps durent 10 jours et se composent d’un groupe d’une dizaine de jeunes. Le but est de leur proposer de découvrir de nouveaux horizons tout en se défoulant dans un cadre moins collectif. Au programme : vélo, canotage, dégustation de plats de sa propre confection, ou encore camping. Des randonnées cyclotouristes de 500 kilomètres sont également proposées.
Les colonies journalières
Pour les enfants qui ne peuvent pas ou ne veulent pas profiter d’un séjour d’un mois, des colonies dites journalières sont proposées tous les jours dès 1955 aux garçons et filles de 6 et 7 ans, et aux garçons de 8 à 14 ans. La différence avec un centre de loisirs est que chaque journée constitue une sortie hors les murs, un dépaysement.
Le départ se fait à 8h30 depuis Saint-Jacques. La destination du jour n’est jamais très loin (comme Vertou). 75 enfants y participent ; ils rejoignent des enfants d’autres patronages. Le prix de journée (transport et repas) en 1956 est l’équivalent en 2018 de 1,6 euros. Pour ceux qui bénéficient de la cantine scolaire gratuite ou qui apportent leur repas, le montant est de 0,70 euros.
Pour beaucoup de colonies, l’été se termine par une fête. Celle de Bonne Garde n’échappe pas à la règle. Toutes les familles d’enfants ayant séjourné sont invitées à se rendre sur le site de Sainte-Marie. Entre 300 et 500 personnes s’y pressent pour profiter d’un programme immuable.
À la rentrée en septembre/octobre, les familles sont invitées à un spectacle où les « colons » exécutent des saynètes de théâtre répétées en été et exposent leurs « œuvres » exécutées pendant le séjour.
L’aventure s’arrête en 1959
À la fin de la saison 1959, la colonie s’arrête et les locaux sont vendus à la Ville de Colombes.
La maison construite en 1946 de nos jours
Date du document : 2025
Les motifs de cette décision sont multiples :
- Les normes : entre 1946 et 1959, elles ont pris de plus en plus de place tant du côté des bâtiments que des qualifications du personnel. Cela allait conduire à de lourds investissements et, en conséquence, à un prix de journée peu compatible avec la situation sociale des familles de ce quartier populaire,
- Le repli de l’Église vis-à-vis des patronages, avec entre autres la diminution des vocations, et donc des séminaristes qui étaient une main d’œuvre gratuite,
- La diminution du nombre d’enfants issus du quartier : la colonie attirait de plus en plus d’enfants d’autres paroisses (La Madeleine à Nantes, de Vertou, de Saint-Sébastien, de Saint-Paul de Rezé). En 1958, ces derniers représentent déjà la moitié des « colons », et encore davantage en 1959.
L’addition des trois facteurs allait inéluctablement faire perdre à la colonie sa vocation de colo de quartier et son caractère social.
Le produit de la vente de la colonie est investi dans la reconstruction de la salle de ciné-théâtre, dans la configuration que l’on peut observer aujourd’hui.
Michel Crétin
Association Bonne Garde
2026
Album : Colonie de vacances de Bonne Garde
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Bibliographie
Crétin Michel, Laigle Yves, Rousseau Éric, À Nantes, mutation d’un patronage en association de quartier : Bonne Garde, éd. Association Sportive et Culturelle Bonne Garde, mars 2021
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Contributeurs
Rédaction d'article :
Michel Crétin
Témoignage :
Charles Haury, Georges-Jean Rousseau
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