Restaurants coopératifs pendant la Première Guerre mondiale
Campagnes

A

192

Pierre-Joseph Colin (1745 – 1848)

Contribuer

Contribuer


Le 11 juillet 1928,  le Conseil municipal décide d’attribuer le nom de Pierre-Joseph Colin, « fondateur de la première usine de conserves à Nantes », à une rue de Chantenay. Cet hommage rend modestement compte de l’importance de cette activité dans l’histoire contemporaine nantaise.

Pierre-Joseph Colin fait figure de pionnier, mais hérite du savoir-faire de son père Joseph (1754-1815). Celui-ci est confiseur au 4 rue du Moulin à Nantes : il vend des produits alimentaires confits dans la graisse, le sucre ou le vinaigre. Selon Grimod de La Reynière, Colin utilise en 1810 des boîtes de fer-blanc pour conserver des poissons frits dans l’huile. Il a rencontré Nicolas Appert qui s’est rendu dans plusieurs ports de l’Atlantique pour tester son procédé de conservation par traitement par la chaleur et récipients étanches, principes exposés la même année dans Le Livre de tous les ménages. En 1822, la presse locale rapporte que des conserves de chez Colin ont résisté à trente mois de navigation.

Les boîtes de sardines sont alors des produits de luxe, destinés souvent à l’exportation comme l’atteste Le Journal de Nantes et de la Loire-Inférieure : « Grâce à cette invention précieuse, l’opulent nabab de Calcutta qui marie sa fille peut sur les bords du Gange copier dans le Cuisinier royal le menu du banquet des noces. Il lui suffit de prendre son temps à propos et d’écrire six mois à l’avance, rue des Salorges, 9, à Nantes ». Il s’agit sans doute d’une des premières publicités pour la sardine à l’huile.

En 1824, Pierre-Joseph Colin a ouvert une fabrique au 9 rue des Salorges. Le passage au stade industriel lui permet d’augmenter sa production. En 1832, il produit 100 000 boîtes, dont 36 000 de sardines et 15 000 de légumes ; quatre ans plus tard, la production a triplé. Colin emploie alors 90 hommes et 300 femmes qui travaillent 14 heures par jour pendant la saison des petits pois. La sardine reste la production emblématique, toujours symbole de luxe. Colin fait venir le petit poisson de La Turballe par le service rapide des voitures suspendues, en principe réservées aux personnes : la sardine est ainsi moins malmenée. Pour conquérir une clientèle aisée et assurer sa notoriété, Pierre-Joseph Colin présente ses produits aux expositions nationales : il participe à celle de Paris dès 1825. Il s’assure aussi du parrainage de personnalités en vue : son catalogue vante ses conserves comme « les délices de S.A.R. madame la duchesse du Berry ».

Façade de l'usine Colin de Nantes

Façade de l'usine Colin de Nantes

Date du document : 1926

La voie ouverte par Colin est vite empruntée par d’autres entrepreneurs ; en 1837, François Deffès s’installe à la Ville-en-Bois. La concurrence vive se règle parfois sur le terrain judiciaire. En 1842, cinq conserveurs sont recensés à Nantes. Pierre-Joseph Colin a passé la main deux ans plus tôt à son gendre Jules Bonhomme, qui fait faillite en 1843.

Le temps des pionniers de la conserve s’achève, s’ouvre alors celui des installations durables et des pérennités familiales dont Colin fut un précurseur plus ou moins heureux.

Didier Guyvarc'h
Extrait du Dictionnaire de Nantes
(droits d'auteur réservés)
2018

En savoir plus

Bibliographie

Bonnault-Cornu Phanette de, « Les conserveries nantaises, moteur du développement industriel de
l’ouest au 19e siècle », dans Croix Alain (dir.), Nantes dans l’histoire de la France, Ouest éd., Nantes, 1991, p. 135-147

Comme des sardines en boîte : l’industrie nantaise des conserveries alimentaires et industries annexes aux 19e et 20e siècles, catalogue d’exposition, Musée du château des ducs de Bretagne, Nantes, 1991

Dubois Xavier, « L'invention et le développement de l'appertisation », dans La révolution sardinière : pêcheurs et conserveurs en Bretagne Sud au XIXe siècle, Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2004, p. 69-78

Libaudière Félix, Des origines de l'industrie des conserves de sardines, 1824-1861, Impr. C. Mellinet, Nantes, 1910

Rochcongar Yves, « Les fabricants de conserves alimentaires à Nantes », dans Rouzeau, Marie (dir.), Conserveries en Bretagne : l'or bleu du littoral, actes du colloque, Loctudy, Institut culturel de Bretagne, septembre 2005, Coop Breizh, Spézet, 2007, p. 12-17

Pages liées

Cassegrain

Amieux

Conserverie Saupiquet

Tags

Contributeurs

Rédaction d'article :

Didier Guyvarc'h

Aucune proposition d'enrichissement pour l'article n'a été validée pour l'instant.