Chanoine Georges Durville (1853-1943)
Archéologue, chroniqueur, historien, paléographe, conservateur du Musée Dobrée, le chanoine Durville est l’un des principaux religieux érudits nantais ayant marqué la période 1850-1950.
Ses origines et sa formation
Georges Durville naît à Clisson le 13 juin 1853 au sein d’une famille reconnue. Ses parents, quincailliers, ont une activité prospère ; un grand-oncle et un grand-père maternel ont été maires de Clisson. Ce dernier, roulier, a été le transporteur attitré du Baron François-Frédéric Lemot.
Georges Durville passe ses premières années de secondaire à la Roche-sur-Yon (appelée pendant le Second Empire, Napoléon-Vendée) auprès d’un cousin de son père, François Perraud, aumônier de l’asile des aliénés ; crée en 1853, celui-ci deviendra l’hôpital psychiatrique Georges Mazurelle.
Il poursuit ses études au petit séminaire de Nantes. Dans un palmarès couvrant les années 1868-1872, on a la confirmation d’un bon élève en troisième et seconde qui deviendra excellent au séminaire de philosophie, qui prépare au bac ès-lettres ou ès-sciences. Durville s’y distingue en recevant un deuxième accessit au prix d’honneur, et premier prix dans les matières suivantes : discours latin, version latine, dissertation littéraire, sciences physiques, mathématiques.
Puis, il entre au grand séminaire et termine son cursus à l’École normale ecclésiastique (1877-1879) créée par Monseigneur Félix Fournier, bâtisseur et curé de la basilique Saint-Nicolas.
Pendant ses études, Durville côtoie d’excellents élèves et futurs élites : Pierre Girardeau, évêque du Tibet ; Ephrem Bertreux, évêque en Océanie ; Ferdinand Lelandais, doyen à la faculté de théologie à l’Université de Laval au Québec ; Pierre Gentet, évêque d’Haïti ; Prosper Guillou, supérieur de Saint-Stanislas, etc.
Portrait du chanoine Georges Durville
Date du document : Début du 20e siècle
Son parcours de professeur et de religieux
• Professeur à Saint-Joseph d’Ancenis (1879-1880) ; professeur de rhétorique et composition française au Petit Séminaire des Couëts (1880-1889) ; professeur et répétiteur à Saint-Stanislas (1883-1889).
• Tonsure en 1875, prêtrise en 1877.
• Vicaire à Saint-Félix (1889-1892) ; vicaire à Sainte-Croix (1892-1900) ; aumônier des sœurs de l’Espérance (1900-1905) ; aumônier des Augustines (1905-1906).
En 1906, Georges Durville est nommé chanoine prébendé à la cathédrale de Nantes, chargé du secrétariat, des archives, de la bibliothèque auprès du chapitre. Il écrit de nombreux textes ou chroniques dans La Semaine religieuse du diocèse de Nantes, périodique publié « avec l’approbation » puis « sous le patronage » de l’évêque de Nantes.
Son parcours d’archéologue, chroniqueurs et historien jusqu’en 1924
Sa jeunesse à Clisson ainsi que ses années passées au Bouffay, le cœur médiéval de Nantes, ont certainement nourri chez Georges Durville un intérêt pour l’histoire, le patrimoine et l’archéologie.
Si l’on trouve un premier article en 1888 sur la bénédiction de l’église de Notre-Dame-de-Clisson où il officie, son premier ouvrage de référence sera Blain et Bobelein au VIe siècle en 1891, suivi de Château-Ceaux au VIe, VIIe et VIIIe siècles en 1898 et des Anciens fiefs de Nantes du Xe siècle à la Révolution en 1899. Ce dernier est le prélude à l’ouvrage Études sur le vieux Nantes, dont le premier tome paraît en 1900 et le second en 1915, qui raconte en détail l’histoire des quartiers nantais de la Cathédrale-Préfecture et Mairie.
« Études sur le vieux Nantes » du chanoine Durville
Date du document : 1901
De ses nombreuses chroniques écrites dans la presse (L’Espérance du peuple principalement) et dans le bulletin de la Société archéologique et historique de Nantes et de la Loire-Inférieure, dont il est membre depuis 1893, on peut retenir :
- Un architecte de cathédrale au XVe siècle, Mathurin Rodier, maistre maczon de l'église de Nantes (1899)
- Le cartulaire de Saint-Serge d'Angers (1906)
- Les Faux Autographes d'Anne de Bretagne (1906)
- Étymologies locales. Origine et sens du nom de Saint-Philbert-de-Grand-Lieu (1907)
- Le chapitre de l'église de Nantes (1907)
- La Psallette de la cathédrale de Nantes (1907)
- L'ancienne confrérie du Saint-Sacrement à Nantes (1909)
On fait également appel à Georges Durville pour des expertises comme à Chantilly où il authentifie un parchemin datant de Charles V en présence du directeur de la bibliothèque nationale.
Son œuvre archéologique la plus importante a été de mener les fouilles à l’emplacement de l’ancien évêché de Nantes entre 1910 et 1911 qui permet de mettre à jour un ensemble de vestiges gallo-romains et médiévaux.
Fouille de l’Évêché de Nantes
Date du document : 1913
Il est reconnu aujourd’hui que ses méthodes d’investigations étaient sérieuses. Ses découvertes ont fait l’objet d’une publication en 1913 révélant notamment la présence de l’ancienne église Saint-Jean du Baptistère, de deux cuves baptismales datant du milieu du 4e siècle, du mur de l’enceinte antique ainsi que d’une nécropole à sarcophages. Ce travail a fait l’objet d’un vif différend avec Léon Maître, directeur des archives départementales, y compris par presse interposée.
« Les fouilles de l’évêché de Nantes : 1910-1913 » publié par le chanoine Durville en 1913
Date du document : 1913
Durville n’hésite pas à prendre position : dans un article du 27 octobre 1910 paru dans L’Espérance du peuple, il s’oppose à la destruction de la Porte Saint-Pierre. Le chanoine envoie une pique à la Ville de Nantes qui, selon lui, pourrait financer cette restauration grâce aux biens de l’Église catholique qui lui sont revenus suite à la loi de séparation des Églises et de l’État de 1905 : « D’ailleurs, si l’on considère l’importance des biens et des revenus dont la spoliation des biens de l’Église vient d’enrichir la ville ainsi que les œuvres qui en dépendent, on avouera qu’on peut prélever sur cette aubaine une somme de 50 000 fr., sans grever d’un sou les contribuables nantais ».
Durville poursuit ses travaux d’écriture : en 1916, il publie un article sur l’ancienne église de Saint-Jean-du-Baptistère, sur la chapelle de Notre-Dame-de-la-Blanche de Rezé en 1917, etc.
Conservateur du Musée Dobrée à 71 ans
En parallèle de ses activités scientifiques et religieuses, Georges Durville occupe à partir de 1904 des fonctions administratives en tant que membre de la commission administrative du Musée Thomas Dobrée, qui dépend du Conseil général de la Loire-Inférieure. En 1924, il est nommé conservateur de l’établissement. S’il continue de publier des chroniques, il s’attache à enrichir les collections du musée comme avec le leg de M. Vigneron-Josselandière en 1928.
Durville s’oppose à la restitution de certains objets confiés au musée par la Ville de Nantes, en particulier le reliquaire de la reine de France et duchesse Anne de Bretagne. Il présente notamment ses arguments dans le recueil Le Musée archéologique et les revendications de la ville de Nantes en 1926.
Dans un article sur « la maison des Tourelles » du quai de la Fosse, détruite par les bombardements, il réfute que l’Édit de Nantes y fût signé. Selon lui, Henri IV l’a signé au château et non dans cet hôtel particulier du 16e siècle qui n’appartenait pas à André Rhuys, riche commerçant espagnol, comme souvent affirmé.
En tant que conservateur, Durville continue de valoriser ses travaux de recherche : Anne de Bretagne et ses souvenirs réunis au Musée Dobrée (1927), Catalogue du musée archéologique de Nantes (1927), De la Déformation officielle des noms de lieux (1928), etc.
La réception du Président de la République Gaston Doumergue le 4 avril 1930
Du 3 au 5 avril 1930, Gaston Doumergue, président de la République depuis 1924, se rend à Nantes pour une visite officielle. La ville est pavoisée en son honneur. Le programme prévoit une visite du port et des chantiers navals, l’inauguration de la foire commerciale, une visite du Château des ducs, des réceptions, etc.
La visite du musée Dobrée, très limitée en temps, dure suffisamment longtemps pour établir une connivence entre Georges Durville et Gaston Doumergue malgré leurs oppositions idéologiques. En tant que ministre de l’Instruction publique, fervent partisan de l’école laïque, Doumergue a déposé en 1908 des projets de loi qui alimentent une guerre scolaire. Lorsque ce dernier est nommé président du Conseil des ministres en décembre 1913, un article de la Semaine religieuse du diocèse de Nantes parle de son gouvernement comme d’un « ministère composé surtout de francs-maçons, de sectaires et d’incompétents ».
Visite du Président Gaston Doumergue au Musée Dobrée, 4 avril 1930
Date du document : 04/04/1930
Suite à cette rencontre, Georges Durville est fait chevalier de la légion d’honneur sur proposition du président en novembre 1930. Déjà, il avait reçu la grande médaille d’or de la Société archéologique en 1908 et avait été fait officier de l’Instruction publique pour ses travaux en archéologie, à l’occasion du Congrès des sociétés savantes de 1907.
Fin de vie et postérité
Le chanoine quitte la direction du musée Dobrée en 1937 à 84 ans non sans regrets. Il bénéficie toutefois d’une allocation viagère « à titre exceptionnel » en reconnaissance de « [sa] valeur et ses [ses] services ».
Il reste actif, notamment au sein de la paroisse de Notre-Dame-de-Clisson. Sans doute a-t-il renoué avec son passe temps favori, les timbres. N’a t-il pas été vice-président puis président de la Société philatélique de Nantes au début du siècle ?
Georges Durville s’éteint le 3 mars 1943 à Clisson où il est inhumé.
Depuis 1962, une rue de Nantes porte son nom près de l’église Saint-Félix. En 1984, l’Association Culturelle Bretagne Vivante édite pour la première fois l’ouvrage de 106 pages que le chanoine a consacré à l’abbaye de Blanche-Couronne de La Chapelle-Launay et ses prieurés. Il y est écrit : « Justice est aujourd’hui rendue à ce savant historien nantais […] Cette édition reste le moindre hommage que nous devions rendre au Père Durville pour tout ce temps consacrer à débrouiller l’histoire difficile de ce monument religieux du diocèse de Nantes. »
L’écrin funéraire du cœur d’Anne de Bretagne demeure l’une des pièces maîtresses du musée Dobrée.
Georges Durville est désormais reconnu comme un érudit marquant de son époque, réputé pour sa rigueur intellectuelle. Si ses nombreuses chroniques, au style journalistique parfois mordant, ont pu alimenter la polémique, son œuvre scientifique n'en demeure pas moins importante. Il s’inscrit ainsi dans une période qui a vu les sociétés savantes se développer, à l’image de la Société archéologique et historique de Nantes et de Loire-Inférieure dont il était membre. La seconde moitié du 19e et la première moitié du 20e siècles furent par ailleurs marquée par des politiques anticléricales. Mais malgré ce contexte politique et les engagements religieux de Durville, ses travaux font preuve de nuance. Cette impartialité se distingue de l'approche parfois plus partisanes d'autres ecclésiastiques de son époque investis dans l'archéologie.
Pierre Denis
2026
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Bibliographie
Guillouët Jean-Marie, Faucherre Nicolas, « Des archéologues au service de la foi ? Le père de la Croix à Saint-Philbert-de-Grand-Lieu et le chanoine Durville à Nantes », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest [En ligne], 2011, [Consulté le 21 mai 2026], article en ligne disponible sur OpenEdition
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Rédaction d'article :
Pierre Denis
Anecdote :
Pierre Denis
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