Decré
École du Sacré-Coeur

C’est du 6e siècle et de l’évêque Eumérius qu’on peut dater avec certitude la cathédrale construite à l’emplacement d’une église du 4e siècle, finalement consacrée par le successeur d’Eumérius, saint Félix, évêque de 549 à 582, et décrite dans un texte du poète Venance Fortunat.

Ses dispositions architecturales restent obscures en raison de l’interprétation parfois délicate des termes employés par Fortunat, mais on sait que le chevet se terminait par trois absidioles consacrées, au sud, à saint Hilaire et saint Martin, et au nord à saint Ferréol. Une tour ornait la croisée du transept. Le Musée Dobrée conserve quelques vestiges de cet édifice.

Le 24 juin 843, les Vikings prennent la ville, investissent la cathédrale où la population avait trouvé refuge et égorgent l’évêque Gohard (825-843) alors qu’il célèbre l’office. Les décennies suivantes voient la ruine progressive de la cathédrale, notamment au début du 10e siècle. Le relèvement partiel de l’église n’intervient qu’avec la libération de Nantes par Alain Barbetorte mais les travaux sont vite freinés par les conflits qui opposent les ducs de Bretagne et d’Anjou, puis l’évêque et le pouvoir civil de la cité. Avec la translation des corps des saints Donatien et Rogatien en 1092, puis d’une partie des reliques de saint Gohard en 1096, l’édifice entre dans une nouvelle phase de restauration. La crypte actuelle – composée d’un martyrium central ceinturé d’un déambulatoire et donnant sur une série de chapelles rayonnantes – date de cette période. Les travaux du chœur sont lancés, vraisemblablement par l’évêque Benoît de Cornouaille, et comprennent la construction d’un déambulatoire et d’un transept à bas côtés dont l’élévation à trois niveaux (grandes arcades, tribunes, fenêtres hautes) peut être rapprochée de celle de grands édifices de la seconde moitié du 11e siècle. Ce projet ambitieux et jamais achevé paraît pouvoir être situé dans les premières décennies du 12e siècle et ne semble pas avoir été perturbé par l’incendie de la ville de 1118.

 

Un chantier de 450 ans

Il faut ensuite attendre le début du 15e siècle (après deux incendies successifs) pour qu’un ambitieux projet de remplacement de l’antique cathédrale romane voie le jour. À la mi-avril 1434, le duc Jean V pose les premières pierres d’un chantier qui ne s’achèvera que dans le dernier tiers du 19e siècle. On commence alors les travaux par la façade occidentale, dont la disposition exceptionnelle à cinq portails est due aux contraintes de la circulation urbaine. Le frontispice reçoit un vaste cycle sculpté, alors inédit en Bretagne par son ampleur et son ambition et pour lequel on fait appel à des artisans venus de Tours et des régions avoisinantes. Ces sculptures, comme la présence ancienne d’un Jugement dernier au portail central, sont chargées de manifester aux yeux de tous les prétentions politiques des ducs bretons. Les premières campagnes de travaux sont menées par Guillaume de Dammartin, puis par Mathurin Rodier, que l’on connaît pour avoir antérieurement œuvré au chantier de Saint-Gatien de Tours et pour avoir livré différents projets pour la porte Saint-Nicolas ou le château ducal à Nantes.

Cependant, à partir du règne de François II (1458-1488), les crispations politiques puis militaires avec le roi de France conduisent à un net ralentissement de la construction. Au début du 16e siècle, les deux tours sont toutefois achevées et l’on y transfère les cloches. Un siècle plus tard, un mur de clôture provisoire est monté à l’emplacement du jubé afin de masquer la jonction avec le chœur roman, resté en place. Une nouvelle tribune d’orgue est ensuite construite au revers du portail central (1620) et les voûtes enfin posées (1631) dans la nef où seules les trois premières avaient été construites.

Cathédrale et abside de la collégiale Notre-Dame

Cathédrale et abside de la collégiale Notre-Dame

Date du document : 1646

En janvier 1835, un premier projet d’achèvement de la cathédrale est soumis par l’architecte Seheult. Les travaux, rendus difficiles par la démolition nécessaire de la coupole de croisée, sont menés par l’architecte nantais Eugène Boismen puis par Louis-Charles Sauvageot, issu de cette nouvelle génération de techniciens compétents et frottés d’architecture gothique. La cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul, communément appelée cathédrale Saint-Pierre, est classée Monument historique en 1862. Mais c’est seulement le 23 décembre 1891 que le clergé peut prendre possession du chœur, fermant ainsi définitivement un chantier qui s’était étalé sur plus de quatre siècles depuis la pose de la première pierre, le 14 avril 1434.

Jubet de la cathédrale aujourd'hui démoli

Jubet de la cathédrale aujourd'hui démoli

Date du document : vers 1890

Un lieu de mémoire

L’histoire de la cathédrale ne se limite pas à sa construction. De Stendhal à Mérimée en passant par Flaubert, les visiteurs s’extasient tous devant le tombeau de François II et de Marguerite de Foix, les parents d’Anne de Bretagne. Réalisé par Michel Colombe, l’un des artistes majeurs de la Renaissance française, ce monument de marbre, d’abord érigé au couvent des carmes, est transféré en 1817 à la cathédrale dont il est depuis la pièce majeure. La cathédrale est aussi l’un des lieux les plus chargés d’histoire de la ville. Sur ordre de Louis XIV, d’Artagnan arrête Fouquet devant ses portes en 1661. Pendant la Révolution, alors qu’elle est transformée en arsenal et en écurie, l’ingénieur Julien Groleau la sauve de la démolition, en 1796, en faisant valoir l’intérêt de l’observatoire établi au sommet de la tour sud et qui avait été précieux trois ans plus tôt pendant le siège de Nantes. En 1906, son parvis est un lieu de vifs affrontements au moment de l’inventaire des biens de l’Église. Dans la nuit du 10 au 11 novembre 1940, deux jeunes résistants, Michel Dabat et Christian de Mondragon hissent un drapeau français au sommet d’une des tours.

 

Les vicissitudes n’ont pas épargné l’édifice. Le 25 mai 1800, l’explosion de la poudrière située au château dans la tour des Espagnols endommage gravement l’aile sud de la cathédrale. Les bombardements du 15 juin 1944 frappent durement le bâtiment ; les réparations durent près de trente ans, jusqu’au 28 janvier 1972 où un incendie accidentel se produit dans les combles et détruit la charpente.

Cathédrale Saint-Pierre

Cathédrale Saint-Pierre

Date du document : 19-02-2013

Une très complète campagne de restauration doit donc être entreprise, y compris pour effacer les traces de la pollution urbaine, et Jean Le Moal se voit confier la réalisation de 500 mètres carrés de vitraux contemporains. Des aménagements récents permettent en outre au public d’accéder au trésor de la cathédrale, exposé dans la crypte désormais accessible.

 

Extrait du Dictionnaire de Nantes
2013
(Droits d’auteur réservés)

Façade de la cathédrale lors de la fête foraine

Façade de la cathédrale lors de la fête foraine

Date du document : 19-02-2013

En bref...

Localisation :

Saint-Pierre (place), NANTES

Date de construction :

1434

Auteur de l'oeuvre :

Dammartin, Guillaume (architecte), Rodier, Mathelin (architecte) ; Seheult, Saint-Félix (architecte) ; Nau, Théodore (architecte) ; Boismen, Eugène (architecte) ; Sauvageot, Louis-Charles (architecte)

Typologie :

architecture religieuse

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En savoir plus

Bibliographie

Guillouët, Jean-Marie, « Le chantier de la cathédrale et son insertion dans le réseau des circulations urbaines à la fin du Moyen Âge », dans Nantes flamboyante (1380-1530) : actes du colloque organisé par la Société archéologique et historique de Nantes et de Loire-Atlantique au Château des ducs de Bretagne, Nantes 24-26 novembre 2011, Société archéologique et historique de Nantes et de Loire-Atlantique, Nantes, 2014, p. 97-107

Haugommard, Stéphane, « La cathédrale de Nantes : exception ou modèle ? », dans Les églises du diocèse de Nantes au 19e siècle : des édifices pour le culte, des monuments pour une reconquête, Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2015, p. 217-272

Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France. Commission régionale Pays de la Loire, La cathédrale, Nantes : Loire-Atlantique, L'Inventaire, Paris, 1991 (Images du patrimoine)

James, Jean-Paul (dir.), Nantes, la grâce d'une cathédrale, Nuée bleue, Strasbourg, 2013

« Saint-Pierre et Saint-Paul de Nantes », 303, arts, recherches, créations, n°70 "Les cathédrales de l’ouest de la France", 2001, p. 6-57

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Rédaction d'article :

Jean-Marie Guillouët

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