Auguste Pageot (1884-1962)
Employé dans l’administration de PTT et membre de la SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière, Auguste Pageot devient conseiller municipal de Nantes en 1919. Dans la dynamique du Front populaire, il est élu maire de la Ville en 1935, puis député l’année suivante.
Carrière dans les PTT et engagement socialiste
Fils d’Auguste Pierre Marie Pageot, employé des douanes, et de Marie Adèle Beilvaire, lingère, Auguste Pageot naît à Nantes le 22 juillet 1884. Il grandit dans le quartier de la butte Sainte-Anne, non loin de l’église Sainte-Anne et fréquente l’école primaire de la place des Garennes, puis l’école primaire supérieure du boulevard de Launay, aujourd’hui connue sous le nom de lycée Leloup-Bouhier.
Auguste Pageot se présente ensuite à trois concours différents : aux chemins de fer, aux douanes et aux PTT (Postes, Télégraphes et Téléphones). Cette dernière administration ayant publié les résultats en premier et sans attendre les deux autres, il entre avec le grade de commis aux PTT. Employé surnuméraire à Vitré pendant un an, il revient à Nantes et acquiert le grade de contrôleur.
En 1904, il adhère au mouvement socialiste en participant à l’essor du syndicalisme postier au sein de l’Association générale des agents des PTT. Mais plus qu’au syndicalisme des Postes et Télégraphes, c’est au socialisme nantais qu’il s’attache en devenant membre de la SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière).
Sur le plan privé, il épouse, le 28 mars 1908, à Nantes, Suzanne Grélié, avec qui il aura un fils, Auguste, né le 4 octobre 1914, et une fille, Suzanne, née le 17 janvier 1920. En outre, il devient, en 1911, secrétaire de la loge maçonnique « Paix et Union » de Nantes.
L’ascension dans le monde de la politique
Désormais engagé dans la vie politique nantaise, il s’implique davantage lors des élections municipales de 1919. Élu conseiller municipal le 7 décembre 1919, il est réélu en 1925 sur une liste du cartel des gauches menée par la municipalité de Paul Bellamy. Au cours de ce second mandat, il pousse notamment le maire à interdire les processions religieuses à Nantes, ce qui provoque de fortes protestations de la part des catholiques. Son mandat de conseiller municipal est une nouvelle fois renouvelé en 1929 sous la municipalité de Léopold Cassegrain.
Portrait d'Auguste Pageot, maire de Nantes
Date du document : 1935
Le 18 mai 1935, alors que le Front populaire est en pleine formation, il est élu maire de Nantes par 19 voix contre 16 à Abel Durand. À la manière de ce qui se passera lors des élections législatives de 1936, les radicaux se désistent en faveur des candidats socialistes pendant le second tour de cette élection. Son équipe municipal est alors composée d’Edmond Prieur, Raoul Chevillard, Eugène Le Roux (élu député en 1936), Ernest Dalby, Alexandre Fourny, Maurice Thiéfaine (élu député en 1936), André Duchemin, François Nésa et Louis Ouvrard. Auguste Ménoret et Louis Guiotton complète son équipe en tant qu’attachés à Chantenay et Doulon.
Auguste Pageot entouré de la nouvelle administration municipale
Date du document : 19/05/1935
Dès les premières heures de son élection, Auguste Pageot tient à préciser la pensée de son administration, dans un discours qui évoque les combats menés par le Front populaire :
« Nous entendons rester fidèles à nos idées et à nos amis. Nous désirons voir notre ville se transformer, s’embellir, devenir chaque jour plus accueillante… De grands travaux vont être entrepris… L’administration socialiste est prête à aider les industriels de démarches renouvelées auprès des pouvoirs publics… car ainsi diminuera le nombre des chômeurs, augmentera le pouvoir général d’achat au profit des commerçants et s’allègera notre budget… Que les contribuables aussi se rassurent : nous ne désirons pas voir s’aggraver les charges qui les accablent… Soucieux d’atténuer la souffrance et d’éloigner la mort, nous aiderons les œuvres sociales qui, toutes, sont depuis longtemps l’objet de notre commune sollicitude… Soyez assurés que nous mettrons tout en œuvre pour que l’avenir soit favorable à la cité. » - Municipalité nantaise, Deux années d’administration, mai 1935-juin 1937, p.8, Imprimerie du Commerce, Nantes, 1937.
Son ascension politique ne s’arrête pas là puisqu’il est élu conseiller général du 2e canton le 21 juin 1935, puis député socialiste SFIO de la 1ère circonscription lors des élections législatives du 3 mai 1936, qui voient le Front populaire être victorieux. Au sein du Parlement, il fait alors partie des commissions du Commerce et de l’Industrie, de la Marine marchande et des PTT. Pour se consacrer entièrement à ses nouvelles fonctions, il sollicite, dès 1935, une mise en congé de l’administration des PTT pour six ans, mettant fin à une polémique alimenté par ses adversaire arguant du « cumul ».
Tract d’Auguste Pageot pour le premier tour des élections législatives de 1936
Date du document : Avril 1936
Aménagement et embellissement de la ville
Assisté de ses neufs adjoints, Auguste Pageot est bien décidé à poursuivre les grands travaux en cours et amorcés par les municipalité Bellamy et Cassegrain. De fait, les premiers soins de la municipalité Pageot sont d’aménager les bras remblayés de la Loire et de l’Erdre et de libérer le centre de la ville de cet aspect de terrains abandonnées qu’offrent ces espaces. Ainsi, il est décidé de l’aménagement de deux larges chaussées encerclant l’île Feydeau et se rejoignant en une voie unique à la hauteur de la rue de Strasbourg. Dans le même temps, il est prévu de créer, entre les chaussées, un tunnel destiné au passage du chemin de fer, qui coupe alors la ville en deux. Ces surface seront aménagées par l’implantation d’un parc, de pièces d’eau et de parterres. Le square de la Petite-Hollande, réservé aux femmes et aux enfants, est ouvert au public dès le mois de septembre 1935.
En parallèle, la municipalité Pageot lance d’autres grands projets d’aménagement, comme l’organisation des services installés sur le Champ-de-Mars (marché, parc des sports), le transfert de la poissonnerie, la création d’un cimetière à la Gaudinière, ou encore la construction de bains-douches et de lavoirs à Chantenay et Doulon. Ainsi, le conseil municipal du 23 décembre 1935 donne son accord pour la construction d’une halle monumentale au Champ-de-Mars afin de jumeler le marché aux légumes et la poissonnerie.
Faisant suite à la politique impulsée par Léo Lagrange, sous-secrétaire d’État aux sports et aux loisirs, les édiles nantais décident de la création sur les terrains remblayés du quai Malakoff d’un nouveau stade. Le stade Malakoff, œuvre de l’architecte en chef de la Ville de Nantes, Camille Robida, est inauguré le dimanche 28 novembre 1937 et devient rapidement un haut lieu de la vie sportive nantaise.
Construction du stade de Malakoff, 2 septembre 1937
Date du document : 02/09/1937
La municipalité Pageot ne néglige également pas les grands services publics. Près de 17 kilomètres de canalisations d’eau sont posées dans l’agglomération et le nombre de bouche d’incendie est augmenté de 102 unités. Dans le même ordre d’idée, le réseau d’égouts est étendu et développe 83 kilomètres de canaux.
Enfin, la municipalité Pageot réalise de nombreuses opérations d’embellissement de la ville. Sans être exhaustif, le Parc de Procé est étendu et doté de deux entrées monumentales, le bassin pour enfant du Jardin des Plantes est achevé, un important programme de plantations sur les places et voies publiques est mené, le Palais de la Bourse est restauré et les travaux d’aménagement et d’agrandissement de l’Hôtel de ville se poursuivent.
L’œuvre sociale de la municipalité Pageot
Reprenant un projet daté de 1932, Auguste Pageot décide de lancer la construction de la cité de l’Hermitage par l’Office public d’HBM (Habitations à Bon Marché). Une première tranche de 100 logements débute en 1936 et ils sont inaugurés le 5 février 1938.
En outre, la municipalité Pageot s’attache à favoriser l’activité industrielle en soutenant les intérêt des travailleurs et des chantiers qui les font vivre auprès des ministères concernés. La municipalité vient aussi en aide aux familles éprouvées par la crise économique en leur donnant des bons de repas à tarif réduit, des bons de lait, de charbon et des bons de douche, maintenant ainsi un rôle social dans cette période difficile.
Dans le domaine de l’instruction publique, la municipalité d’Auguste Pageot fait un très gros effort. L’éducation des enfants est un problème majeur, d’autant plus que pendant l’été 1936 les députés adoptent le projet prolongeant l’âge de la scolarité jusqu’à 14 ans révolus. Le 1er mars 1936, la municipalité inaugure le groupe scolaire de Longchamp. Suivant cette logique, deux autres groupes scolaires sont édifiés à la Contrie et au Plessis-Cellier et l’école des filles de la rue Émile Péhant est aussi transformé en groupe scolaire. Une nouvelle école est construite à Doulon et l’école des filles de la rue Champenois et le groupe scolaire du boulevard Sébastopol sont agrandis. En ce qui concerne l’enseignement supérieur, la municipalité se soucie également de la transformation de l’École de médecine et de pharmacie en Faculté.
Inauguration du groupe scolaire de Longchamp, 1er mars 1936
Date du document : 01/03/1936
L’Occupation et fin de carrière politique
Sous son mandat, Nantes continue son évolution dans la modernité. Toutefois, Auguste Pageot doit vite se rendre à l’évidence des limites de ses possibilités en raison des conditions économiques difficiles. Son action municipale ne diffère donc que très peu de celle des municipalités radicales précédentes et s’inscrit plutôt dans une continuité.
C’est aussi sous son mandat que les Nantais connaissent le début de la guerre et surtout de l’Occupation. Votant les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain le 10 juillet 1940, il assume quelques mois ses fonctions de maires. Refusant certaines exigences de l’occupant, il est arrêté le 6 octobre 1940, sous le motif de mener une « attitude contraire aux intérêt de l’armée allemande ». Incarcéré à la prison d’Angers, il est menacé du Conseil de guerre, mais il est finalement libéré en décembre sous condition de démissionner et de partir en zone libre.
Appel à la population nantaise d’Auguste Pageot suite à l’arrivée des troupes allemandes à Nantes, 21 juin 1940
Date du document : 21/06/1940
La paix revenue, et après quatre ans d’exil, Auguste Pageot est exclu de la SFIO, comme tous les parlementaires qui ont voté les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain sans avoir ensuite opté nettement pour la Résistance. Il prend alors sa retraite et donne libre cours à ses goûts littéraires en écrivant plusieurs articles et ouvrages sur Nantes. En novembre 1955, il accepte la présidence de la Société Académique de Nantes.
Résidant au 34 rue Edgar Quinet, dans la maison construite par ses parents et dont il avait hérité, il y décède le 19 novembre 1962. En 1965, il est honoré par la municipalité d’André Morice à travers les noms de rues, la rue de Carcouët étant renommée « boulevard Auguste Pageot ».
Elven Pogu
Direction du Patrimoine et de l’Archéologie, Ville de Nantes/Nantes Métropole
2026
En savoir plus
Bibliographie
Geslin Claude et Morin Gilles, Notice biographique d'Auguste, Henri, Marie Pageot, publié [en ligne] sur Le Maitron, dictionnaires biographiques du mouvement ouvrier, 30 novembre 2010.
Kahn Claude et Landais Jean, Nantes et le Front populaire, Nantes, Ouest Éditions et Université Permanente de Nantes, 1997.
Pageot Suzanne, « Biographie d'Auguste Pageot », dans Les Annales de Nantes et du Pays Nantais : revue de la société académique de Nantes et de Loire-Atlantique, n°254, pp. 22-25, 1994.
Ville de Nantes, Deux années d'administration, mai 1935-juin 1937, Nantes, Imprimerie du Commerce, 1937.
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Rédaction d'article :
Elven Pogu
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