21 février 1937 : visite de Léon Blum à Nantes
Le 21 février 1937, Léon Blum se rend à Nantes alors que le gouvernement du Front populaire traverse une période de fortes tensions politiques et économiques. À Nantes, ville ouvrière et portuaire, la venue du chef du gouvernement prend une résonance particulière. Lors d’un discours au Champ-de-Mars, il confirme la « pause » dans les réformes sociales.
Le 3 mai 1936, le Front populaire remporte une nette victoire aux élections législatives, totalisant 386 sièges contre 224 pour la droite. Les députés des différents partis de gauche, qui ont réussis à rallier le Parti radical à leur cause, deviennent donc majoritaire au sein de la Chambre des députés. Le caractère spectaculaire et historique de ce succès électoral tient également du fait que pour la première fois dans l’histoire de la Troisième République les radicaux reculent et ce sont les socialistes qui virent en tête. Contre toute attente, c’est donc Léon Blum, une des figures de prou de la SFIO (Section française de l'Internationale ouvrière) qui va diriger le gouvernement.
Léon Blum, président du Conseil des ministres
Quelques mois seulement après avoir subit une violente agression sous fond d’antisémitisme, menée par des membres de ligues d’extrême droite (Action française, Camelots du roi, etc.), Léon Blum, qui a reçu le soutien du comité nation du parti socialiste, se retrouve donc à la tête du premier gouvernement à dominante socialiste de la Troisième République. Nommé président du Conseil des ministres, son gouvernement est alors composé uniquement de socialistes et de radicaux, les communistes le soutenant de l'extérieur. Ce gouvernement de Front populaire est aussi le premier à comprendre des femmes, toutes sous-secrétaires d’État : Cécile Brunschvicg, Irène Joliot-Curie et Suzanne Lacore.
Le premier gouvernement de Léon Blum en juin 1936
Date du document : Juin 1936
Son gouvernement, formé le 4 juin 1936, est intronisé alors qu’un nombre considérable d’usines à travers la France sont en grèves. Cette mobilisation ouvrière fait accélérer l’histoire sociale française à grande vitesse et pour la première fois, un chef de gouvernement prend position en faveur des grévistes contre les patrons. Aussitôt la mise en place du gouvernement, les accords de Matignon sont signés dans la nuit du 7 au 8 juin 1936. Ces derniers comprennent un certain nombre de réformes sociales, dont l’établissement des « contrats collectifs de travail », connus aujourd’hui sous le nom de « conventions collectives », le passage de la semaine de travail de 48 à 40 heures, le rajustement des salaires ou encore la liberté syndicale. Par les lois du 20 et 21 juin 1936, les ouvriers obtiennent également la mise en place de 15 jours de congés payés.
Une crise économique et sociale persistante
Depuis 1931, la France est engluée dans une grave crise économique. Dès l’été 1936, Léon Blum et son gouvernement doivent faire face à diverses difficultés économiques qui le pousse à dévaluer le franc. De plus, si le taux de chômage se réduit un peu, la politique économique du Front populaire ne parvient pas à relancer la production. La hausse des prix, qui continue son ascension malgré les tentatives de réformes, annule rapidement la hausse des salaires prévue par les accords de Matignon.
Ainsi, dès l’automne 1936, une partie de la presse critique vivement le Front populaire et l’extrême droite continue son œuvre de déstabilisation et d’affaiblissement du gouvernement en déclenchant une vague d’antisémitisme de très grande ampleur à l’encontre de Léon Blum et une campagne médiatique agressive et diffamatoire menée contre Roger Salengro, ministre de l’Intérieur et l’un des principaux artisans des accords de Matignon. Rapidement innocenté, mais ne supportant plus les calomnies, cette campagne abouti à son suicide, le 17 novembre 1936, ce qui suscite une grande vague d’émotion partout en France.
Affiche anticommuniste du Centre de propagande des Républicains nationaux
Date du document : 1936
Dans le même temps, les communistes contestent la timidité de l’action gouvernementale et protestent contre l’absence de mesures monétaires et financières. Ces critiques venant du camp communiste, fragilise donc à ses bases même le Front populaire.
La pause des réformes sociales
Si la situation intérieure n’est pas favorable au Front populaire, la situation extérieure lui donne également du fil à retordre. Face à la montée des fascismes en Europe et face à leur politique extérieures agressive, le gouvernement Blum se retrouve dans l’obligation d’assurer le réarmement de la France. Le poids de cette politique est considérable et pèse sur l’économie générale.
Le 13 février 1937, ne pouvant à la fois poursuivre les réformes sociales et la politique de réarmement, Léon Blum proclame à la radio « la pause ».
Léon Blum faisant une annonce à la radio en 1936
Date du document : 1936
Léon Blum confirme « la pause » à Nantes et Saint-Nazaire
Accompagné de plusieurs membres du gouvernement, Léon Blum passe en gare de Nantes le samedi 20 février à 22h afin de se rendre à Saint-Nazaire. Pendant son court arrêt dans la Cité des Ducs de Bretagne, il est salué dans son wagon par le préfet, Fernand Leroy, par le maire de Nantes, Auguste Pageot, et par le secrétaire général de la Ville, Paul Caillaud. Des gerbes de fleurs lui sont offertes par la municipalité.
Léon Blum assis dans son wagon lors de son passage à Nantes
Date du document : 20/02/1937
Le lendemain, de retour de Saint-Nazaire, il accepte l’invitation de la municipalité nantaise et s’arrête dans la ville à 18h40. Après de courtes présentations dans un salon spécialement aménagé dans les bâtiments de la gare, le cortège officiel se forme et se dirige vers le Palais du Champ-de-Mars, où un meeting populaire est organisé par la section nantaise de la SFIO et l’Union Locale des Syndicats ouvriers. Devant plus de 25 000 personnes, venues malgré le crachin, Léon Blum confirme la pause, déclarant : « Nous sommes résolus à surmonter les difficultés ; nous ne pouvons, en les réduisant, en les évitant, y ajouter des difficultés supplémentaires. Là encore, nous arrivons à l’idée de la consolidation ou de la pause. Pour éviter au pays des charges trop lourdes, un répit est nécessaire avant de repartir pour une étape réglée, comme la précédente, d’accord avec la formation du Rassemblement Populaire. »
Affiche annonçant le grand meeting populaire au Champ-de-Mars et la prise de parole de Léon Blum le 21 février 1937
Date du document : Février 1936
Léon Blum se rend ensuite dans les salons de l’Hôtel de France, place Graslin, ou un « dîner intime » de 95 couverts lui est offert. La foule, massée sur les marches du théâtre, est retenue à l’entrée des rues avoisinantes par des cordons de police et pousse des cris divers. À son arrivée aux alentours de 20h40, il est acclamé, le poing levé, au moment d’entrer, sous un dais de velours rouge, à l’Hôtel de France. Après le dîner, il se présente à une fenêtre du premier étage, en compagnie de sa femme, de François Blancho, maire de Saint-Nazaire, d’Henri Tasso, sous-secrétaire d’État à la Marine marchande, de Jean Perrin, sous-secrétaire d’État à la Recherche scientifique et de Suzanne Lacore, sous-secrétaire d’État chargée de la Protection de l’Enfance. La foule chante L’Internationale et La Jeune garde et il ébauche à plusieurs reprises le geste du point tendu. Dans un coin de la place, on chante aussi la Marseillaise. La foule reste longtemps sur la place, avant de se disperser sous la pluie fine. De son côté, Léon Blum se rend ensuite à la gare, que son train quitte à minuit treize.
Léon Blum, François Blancho, Jean Perrin et Suzanne Lacore saluant la foule depuis le balcon de l’Hôtel de France
Date du document : 21/02/1937
La pause est un véritable choc et est perçue comme un coup d’épée porté à l’espoir des travailleurs. Elle marque ainsi le retour à l’orthodoxie budgétaire et provoque l’abandon des projets de retraite, du fonds national de chômage et de l’échelle mobile des salaires. Quatre mois plus tard, le 21 juin 1937, n’ayant pu obtenir le vote du Sénat pour obtenir les pleins pouvoirs financiers, le premier gouvernement Blum présente sa démission. L’expérience du Front populaire vient alors de subir un coup d’arrêt quasi-définitif…
Elven Pogu
Direction du Patrimoine et de l’Archéologie, Ville de Nantes/Nantes Métropole
2026
21 février 1937 : visite de Léon Blum à Nantes
En savoir plus
Bibliographie
Bergerat Alain, « Nantes la rouge ou Nantes la bleue ? L'opinion publique à Nantes, du naufrage du Saint-Philibert au Front populaire » dans Croix Alain (dir.), Nantes dans l’histoire de France, Nantes, Ouest Éditions, 1991.
Kahn Claude Kahn et Landais Jean, Nantes et le Front populaire, Nantes, Ouest Éditions et Université Permanente de Nantes, 1997.
Ressources Archives de Nantes
1I483 : Visite à Nantes de M. Léon Blum, président du Conseil (20-21 février 1937) : courriers, programme, itinéraire, laissez passer, cartes de voitures, liste des invités, menu, plan de table, articles de presse.
22PRES165 : Phare de la Loire du 22 février 1937.
5PRES100 : Le Populaire du 22 février 1937.
2PRES36 : L’Écho de la Loire du 22 février 1937.
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Elven Pogu
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