Stade Marcel-Saupin

Construit en 1937, le stade Marcel-Saupin voit l’ascension du FC Nantes, au temps où le club constitue l’élite du football français.

Stade Marcel-Saupin

Ce contenu a été rédigé par Léa Grieu

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La naissance d’un stade emblématique

Dans les années 1930, la Ville souhaite réaménager le Champ-de-Mars pour y construire de nouvelles halles. Pour réaliser ce projet, le premier Parc des Sports de la ville, édifié en 1911 dans le quartier, est détruit. La ville ne dispose plus d’équipement sportif pouvant accueillir d’importantes rencontres.

La municipalité décide alors de la construction d’un stade dans le quartier voisin de Malakoff, sur un terrain gagné depuis peu sur le fleuve grâce aux travaux de comblement de la Loire et de l’Erdre. Le projet est confié à l’architecte Camille Robida (1880-1938) qui travaille à Nantes depuis 1919. Il est notamment l’architecte du monument aux mort de Nantes de la guerre de 1914-1918, à l’extrémité nord du cours Saint-André.

Les travaux se déroulent durant l’année 1937. Le parc municipal des sports de Malakoff, selon son nom de l’époque, est construit par l’entrepreneur Jean Le Guillou, un ami de Marcel Saupin. Il a également participé à la création du Football Club de Nantes (FCN) et s’est notamment enrichi en travaillant pour les Allemands sous l’Occupation.

Construction du stade Marcel Saupin, anciennement appelé stade Malakoff
Construction du stade Marcel Saupin, anciennement appelé stade Malakoff – © Archives de Nantes

En janvier 1937, le projet est confirmé et les premiers budgets municipaux sont alloués. Les clubs sportifs prévoient d’y disputer des matchs pour leur prochaine saison sportive, à l’automne. La Ville doit refuser l’accès à certains clubs alors que la construction du stade n’est pas terminée par manque de disponibilité.

Le stade est inauguré le 3 octobre 1937. Le Stade Nantais Université Club (SNUC), le plus grand club de rugby nantais, l’inaugure lors de sa première participation au challenge Yves-du-Manoir, en affrontant le Racing Club de France.

Dans un premier temps, le stade de Malakoff est essentiellement utilisé par des clubs de rugby. D’anciens joueurs se souviennent de la façon dont le ballon avait la fâcheuse habitude de se loger sur le toit des tribunes, où un vieil homme habitué surnommé la Bouillotte se tenait prêt à renvoyer la balle d’un féroce coup de pied. Il arrive également au ballon de plonger dans l’Erdre. Les jours de matchs, deux pêcheurs se tiennent là, sur un petit bateau à fond plat pour récupérer la balle.

Match entre le SNUC et Cardiff RFC au stade Malakoff le 2 janvier 1950 – Victoire de Cardiff 20 à 3.
Match entre le SNUC et Cardiff RFC au stade Malakoff le 2 janvier 1950 – Victoire de Cardiff 20 à 3. – © Hervé Padioleau

L’ascension du FC Nantes

Dès sa création le 21 avril 1943, le FC Nantes demande de pouvoir jouer au stade Malakoff. La Ville accepte, mais le projet est retardé suite aux événements liés à la guerre. Son terrain est endommagé par les bombardements de septembre 1943. Sa reconstruction est rapide puisque dès 1945 le FC Nantes s’y installe.

Durant toute cette période, les succès du club de football poussent la Ville à agrandir et améliorer l’équipement. L’éclairage de la pelouse est installée en 1957 : le club peut désormais jouer de nuit. La presse locale parle d’un « spectacle digne d’une production cinématographique » !

Vue du Stade Marcel Saupin
Vue du Stade Marcel Saupin – © Les Cartophiles du Pays Nantais

Les tribunes sont reconstruites et agrandies pour accueillir le public toujours plus nombreux. Sa capacité d’accueil passe d’un peu plus de 10 000 spectateurs au début des années 1950 à 20 000 à la fin de cette décennie puis à près de 30 000 dans les années 1960 ! Finalement, les tribunes nord et sud sont agrandies. De nouvelles, en virage, sont installées à l’ouest. À la fin des années 1960, à l’est, des tribunes plus simples, surnommées les « populaires » car proposant des places moins onéreuses, sont construites.

Construction des tribunes du stade Marcel Saupin côté Ouest
Construction des tribunes du stade Marcel Saupin côté Ouest – © Archives de Nantes

En 1964, le stade Malakoff prend le nom de Marcel-Saupin, en l’honneur du fondateur du club du FC Nantes et de son ancien président. Le stade voit se dérouler les glorieuses années du club. Du 22 octobre 1964 au 11 novembre 1967, le stade est qualifié de « citadelle imprenable » : les Nantais étant invincibles à domicile !

Rencontre du Football-Club de Nantes et de l'équipe de Toulouse
Rencontre du Football-Club de Nantes et de l’équipe de Toulouse – © Archives de Nantes

Bien qu’il assiste à la fulgurante ascension du club, le stade Marcel-Saupin reste un stade de quartier. Les buvettes du stade, à l’origine tournées vers le quai Malakoff, animent la rue et l’embaument de l’odeur des saucisses et des frites ! Les anciens joueurs du FC Nantes se rappellent de la grande proximité avec le public que le stade permettait, ce qui constitue certainement sa plus grande différence avec le stade de la Beaujoire.

Le déménagement pour la Beaujoire

En 1982, la municipalité souhaite la construction d’un important équipement sportif, afin d’accueillir la Coupe d’Europe de football de 1984. Le président du FC Nantes de l’époque soutient le projet, espérant équiper son club d’une enceinte plus adaptée au sport professionnel de haut niveau. Les sportifs et les supporters nourrissent quelques craintes à l’idée de laisser derrière eux le stade Marcel-Saupin, théâtre de tant de victoires. Les travaux de la Beaujoire commencent en 1982. Le 28 avril 1984, le FC Nantes fait ses adieux à Marcel-Saupin, lors d’un match contre Saint-Étienne, que Nantes remporte 1 à 0.

Le stade Marcel-Saupin n’est pas inutilisé pour autant et le 30 juin 1984, il accueille un ultime événement d’ampleur : près de 30 000 personnes viennent assister au concert de Carlos Santana, Bob Dylan et Joan Baez à l’occasion de leurs tournées européennes.

Spectateurs devant le concert de Bob Dylan, Joan Baez et Carlos Santana en 1984 à l’occasion de leurs tournées européennes.
Spectateurs devant le concert de Bob Dylan, Joan Baez et Carlos Santana en 1984 à l’occasion de leurs tournées européennes. – © Archives de Nantes

La réhabilitation du site

Depuis, le stade Marcel-Saupin est de moins en moins utilisé et la question de son utilisation, voire de sa destruction se pose. La Ville affiche malgré tout une forte volonté de conserver l’équipement, tout en réhabilitant le site.

Un concours d’architecte est ouvert en 2005, avec pour objectif de détruire trois des tribunes du stade et de lui donner une nouvelle vie. Le projet retenu est celui des architectes Jacques Ferrier, Philippe Gazeau et Louis Paillard. Ils proposent la construction de deux nouveaux édifices, au sud et à l’ouest du stade. Ces deux « supers bâtiments », selon leur terme, encadrent l’îlot formé par le stade et lui insufflent un vent de modernité. Au sud, un édifice écran joue avec les échelles et les volumes. À l’est, l’immeuble semble suspendu sur un important parking, situé en partie basse. Les deux bâtiments se parent de couleurs vives en façades : orange, rouge et bleu.

Ces édifices accueillent de nombreux équipements : l’Institut des Études Avancées, la Maison des Sciences de l’Homme, des bureaux, des logements, un hôtel et un grand parking.

La construction de ces édifices a également changé les usages du stade. Par leur ombre, ils privent en effet la pelouse de la luminosité nécessaire en hiver. Le stade s’est ainsi doté d’une rampe de luminothérapie afin de pallier à ce manque.

En 2020, l’ancienne pelouse est remplacée par une forme hybride : des fibres synthétiques viennent renforcer le gazon naturel. Le terrain résiste ainsi mieux aux intempéries et aux chocs et peut accueillir plus de matchs et d’entraînements.

Depuis le déménagement de l’équipe professionnelle du FC Nantes à la Beaujoire en 1984, le stade Marcel-Saupin accueille les équipes juniors, féminines et de réserve du club.

Léa Grieu
Direction du patrimoine et de l’archéologie, Ville de Nantes/Nantes Métropole
2023

Anecdote (1/2) : Le stade pendant la guerre

Au début de la Seconde Guerre mondiale, le stade de Malakoff est occupé par les soldats anglais, qui le quitte en 1939 en laissant derrière eux des quantités de cigarettes, récupérées par les habitants du quartier. Le stade sert ensuite de parc automobile pour l’armée Allemande.

Anecdote (2/2) : Saupin, complètement foot

Marcel Saupin, patron d'une entreprise de charpente métallique, est surtout connu par son engagement footballistique et le stade qui porte son nom. En 1911, il garde les buts de la Fraternelle de Rezé. De 1916 à 1943, Marcel Saupin préside la Mellinet et en fait l'un des clubs de football phares de Nantes, avec la Saint-Pierre. Printemps 1943, il prend part à la création du Football Club de Nantes dont il assurera la direction de la Libérati…

Aurélie Mathias

Anecdote (2/2) : Saupin, complètement foot

Marcel Saupin, patron d'une entreprise de charpente métallique, est surtout connu par son engagement footballistique et le stade qui porte son nom. En 1911, il garde les buts de la Fraternelle de Rezé. De 1916 à 1943, Marcel Saupin préside la Mellinet et en fait l'un des clubs de football phares de Nantes, avec la Saint-Pierre. Printemps 1943, il prend part à la création du Football Club de Nantes dont il assurera la direction de la Libération à 1955. De 1947 à 1956, il préside le premier office municipal des sports (OMS) puis la ligue de l'Ouest de football (1955-1958). Il décède le 10 janvier 1963, quelques mois seulement avant que le FC Nantes accède à la Division 1. En son honneur, le stade Malakoff dans lequel le FC Nantes jouait à l'époque, change de nom et prend le sien en 1965.

Aurélie Mathias

Source : Direction du Patrimoine et de l’Archéologie, Ville de Nantes/Nantes Métropole

Témoignage (1/4) : Une grande proximité

J’ai toujours regretté Saupin. C’était un stade marqué par la proximité entre les joueurs, le terrain et le public. Techniquement, je m’y sentais mieux. À la Beaujoire, il y avait plusieurs dizaines de mètres de gazon entre le but et les tribunes, tandis qu’à Saupin, le but était presque situé contre les tribunes ! Lorsque j’allais chercher le ballon derrière le but, je voyais les spectateurs abonnés, toujours assis à la même place. À force …

Jean-Paul Bertrand-Demanes, gardien de but du FC Nantes de 1969 à 1987

Témoignage (1/4) : Une grande proximité

J’ai toujours regretté Saupin. C’était un stade marqué par la proximité entre les joueurs, le terrain et le public. Techniquement, je m’y sentais mieux. À la Beaujoire, il y avait plusieurs dizaines de mètres de gazon entre le but et les tribunes, tandis qu’à Saupin, le but était presque situé contre les tribunes ! Lorsque j’allais chercher le ballon derrière le but, je voyais les spectateurs abonnés, toujours assis à la même place. À force on se reconnaissait, on se disait un mot…

Jean-Paul Bertrand-Demanes, gardien de but du FC Nantes de 1969 à 1987

Témoignage (2/4) : Un fameux habitué

Il y avait un supporter, toujours à la même place : dans le coin du terrain, près de l’entrée des vestiaires. À chaque match, avec sa voix de ténor, il criait « Gondet, ton but ! », même quand Gondet [Philippe Gondet, 1942-2018, joue au FCN de 1960 à 1971] n’était pas là !

Jean-Paul Bertrand-Demanes, gardien de but du FC Nantes de 1969 à 1987

Témoignage (3/4) : Il va y avoir du sport…

Vers 1980, j’ai subi une opération du genou. Je ne voulais pas rejouer de suite car je ne me sentais pas prêt, mais le club voulait que je reprenne rapidement. Au stade Marcel-Saupin, je fais donc un match durant lequel j’étais réellement mauvais. Le lendemain, la femme de Henri Michel l’appelle. Elle avait écouté le match sur France Inter. Elle lui dit : « Je ne sais pas ce que le journaliste avait bu ou mangé, mais il a été odieux avec Je…

Jean-Paul Bertrand-Demanes, gardien de but du FC Nantes de 1969 à 1987

Témoignage (3/4) : Il va y avoir du sport…

Vers 1980, j’ai subi une opération du genou. Je ne voulais pas rejouer de suite car je ne me sentais pas prêt, mais le club voulait que je reprenne rapidement. Au stade Marcel-Saupin, je fais donc un match durant lequel j’étais réellement mauvais. Le lendemain, la femme de Henri Michel l’appelle. Elle avait écouté le match sur France Inter. Elle lui dit : « Je ne sais pas ce que le journaliste avait bu ou mangé, mais il a été odieux avec Jean-Paul, disant qu’il ne méritait pas sa place sur le terrain, qu’il n’aurait pas du être professionnel… ». Je savais que si je recroisais ce journaliste, Fabrice Balédent, ça allait mal se passer ! Après le match suivant à Saupin, durant lequel je n’ai pas joué, j’attends mes camarades au bar privé du FC Nantes, situé sur la droite des tribunes. Balédent vient et fait mine de rentrer dans le bar. Je lui dis « Vous ne pouvez pas rentrer, c’est un bar réservé au FC Nantes ». Il le prend mal et essaye tout de même de rentrer, je le préviens que cela va mal se passer mais il rentre tout de même. Alors, je l’ai baffé et je l’ai sorti. Ça a fait la une des journaux pendant quelques jours puis, après, on ne me nommait plus dans la presse. C’était simplement « le gardien du FC Nantes ». J’aurai pu être sanctionné ! France Inter devait nous envoyer l’enregistrement, pour qu’on décide de ma sanction. Mais ils ne l’ont jamais fait, ils savaient que Balédent avait dépassé les bornes.

Jean-Paul Bertrand-Demanes, gardien de but du FC Nantes de 1969 à 1987

Témoignage (4/4) : Le premier but

Un de mes plus beaux souvenirs à Marcel-Saupin c’est mon premier but en professionnel sous les couleurs nantaises dans le championnat de France de Division 1. J’ai tout juste 18 ans et je suis au FC Nantes depuis un an. Le soir du 1er septembre 1971, on affronte le PSG. À la 14e minute, je marque un but ! Le FC Nantes a gagné ce soir là, 6 à 0.

Gilles Rampillon, n°10 milieu de terrain du FC Nantes, de 1970 à 1982

Sources

Archives municipales de Nantes, Vieux-Malakoff, un quartier, des mémoires, Ville de Nantes, Nantes, 2002

Ardenne Paul, « Nantes 2005-2009 : requalification du site Marcel Saupin », dans Cityrama : FGP(u), Archibooks + Sautereau, Paris, 2008, p. 312-365

Gravelaine Frédérique de, « Saupin, à la confluence », dans Le retour en ville : Nantes, Malakoff-Pré Gauchet, D. Carré, Paris, 2014, p. 146-149

« La première vie de Marcel-Saupin : époque 1 : 1937-1945 », Jaunes de Coeur, n°31, octobre-novembre 2006, p. 32-35

« Et Malakoff… devint Saupin : époque 2 : 1946-1965 », Jaunes de Coeur, n°32, novembre-décembre 2006, p. 32-35

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