Salles de cinéma

D’abord itinérant puis accueilli dans des brasseries, le cinéma est entré dans ses murs au début du 20e siècle. C’est le temps des pionniers qui sédentarisent une activité foraine. La première salle, toujours en activité, est l’American Cosmograph ouvert le 18 mars 1908 dans une ancienne chapelle, rue des Carmélites. Rebaptisée Celtic dans les années 1950, Cinématographe depuis 1983, la salle est devenue municipale et associative en 2001.

Salles de cinéma

Ce contenu a été rédigé par Yves Aumont, Alain-Pierre Daguin

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Grandey et Lescouzères ouvrent, également en 1908, le théâtre Apollo avec le cinéma comme attraction. La salle est reprise en 1915 par Salomon Kétorza puis exploitée par Ferdinand Jean, déjà propriétaire ou exploitant des cinémas L’Industrie, Omnia Dobrée, Palace… L’Apollo, cédé en 1976 au circuit UGC, ferme ses portes en novembre 2003, après un large mouvement de soutien qui a au moins permis d’en sauvegarder la façade.

Société de l'Apollo et des cinémas nantais, bon pour action de 100 francs
Société de l’Apollo et des cinémas nantais, bon pour action de 100 francs – © coll. Jean-Claude Lemoine, Archives de Nantes

À deux pas, rue Corneille, le Katorza doit son nom à Salomon Kétorza qui promenait sur les champs de foire « le plus grand cinéma qui voyage ». La salle inaugurée en juin 1920 est détruite en 1943 par les bombardements alliés, reconstruite en 1950, transformée en complexe. Longtemps dirigé par la famille Pineau, le Katorza (six salles) est exploité par la Soredic depuis 1995.

Façade du cinéma l'Olympic
Façade du cinéma l’Olympic – © Centre d’histoire du travail

Un divertissement populaire

C’est en transformant son garage que Ferdinand Pineau entre dans cette histoire le 7 octobre 1931, date de l’ouverture de l’Olympia, rue Franklin (fermé en 1995). Ses trois fils poursuivent l’activité en dirigeant cette salle (Claude), le Colisée (Robert de 1957 à 1986), et le Katorza ( Jean-Serge qui reprend aussi le Cinématographe de 1983 à 1992).

Salle de cinéma de la cité des Batignolles, Le Ranzay
Salle de cinéma de la cité des Batignolles, Le Ranzay – © Centre d’histoire du travail, Fonds UD CGT 44

À cette période, qui s’étend des années 1930 aux années 1960 – lorsque la télévision fait massivement son entrée dans les foyers – le cinéma est un divertissement de masse. Voilà pourquoi de nombreuses salles naissent et meurent aussi parfois. Elles sont tenues par des patronages, des particuliers ou des associations : Familia, Excelsior, Batignolles, Ranzay, Union ouvrière…On en compte vingt-cinq après guerre.

Royal-Ciné, billet d'entrée à tarif réduit
Royal-Ciné, billet d’entrée à tarif réduit – © coll. Jean-Claude Lemoine, Archives de Nantes

Parmi ces salles, le Bonne Garde toujours en activité ; le National devenu Moderne avant d’être Concorde, dirigé depuis 1984 par la famille Clochard ; et ces noms aujourd’hui oubliés : le Club, rue du Calvaire, mais aussi trois enseignes, l’Ariel, le Scribe, le Versailles dirigées par Claude Champmont. Citons encore l’Olympic, à Chantenay, créé en 1927, transformé en supérette en 1970, puis en salle de concerts en 1989.

Façade du Royal-Ciné, rue de Flandre
Façade du Royal-Ciné, rue de Flandre – © coll. Jean-Claude Lemoine, Archives de Nantes

L’ère des multiplexes

À partir des années 1960, les multiplexes apparaissent dans un paysage recomposé : le cinéma est avant tout une affaire de circuits. Gaumont naît place du Commerce en 1963 (douze salles depuis 1995).La firme à la marguerite, associée à Pathé, ouvre en périphérie à Saint-Herblain, le Pathé Atlantis en 1996, tout près de l’UGC Ciné Cité créé la même année (respectivement quatorze et douze écrans). Suivent le Cinéville à Saint-Sébastien-sur-Loire et le cinéma Pôle Sud (Leclerc) à Basse-Goulaine. Ces salles qui ceinturent l’agglomération témoignent d’un nouvel âge de la ville : elles sont contemporaines de l’achèvement du périphérique et jouxtent les hypermarchés.

Mais la numérisation qui permet, peu après leur sortie, de voir les films en privé, sur un écran de télévision ou d’ordinateur, est peut-être en passe de rendre anachroniques les salles de cinéma.

Yves Aumont, Alain-Pierre Daguin
Extrait du Dictionnaire de Nantes
2018
(droits d’auteur réservés)

Anecdote (1/4) : Le créateur du Katorza

Le créateur du cinéma Katorza, connu de tous les Nantais, avait pour nom Salomon Kétorza. Forain d’origine tunisienne, il se déplaçait de ville en ville avec son cinéma ambulant. Ce dernier avait la forme d’une grande baraque en bois, de 27m par 8m, dotée d’un orgue et d’un moteur puissant pour fournir l’électricité. Le nom « Katorza » serait né d’un jeu de mot entre le nom du propriétaire et le nombre 14, puisque pas moins de quatorze wagon…

Anecdote (1/4) : Le créateur du Katorza

Le créateur du cinéma Katorza, connu de tous les Nantais, avait pour nom Salomon Kétorza. Forain d’origine tunisienne, il se déplaçait de ville en ville avec son cinéma ambulant. Ce dernier avait la forme d’une grande baraque en bois, de 27m par 8m, dotée d’un orgue et d’un moteur puissant pour fournir l’électricité. Le nom « Katorza » serait né d’un jeu de mot entre le nom du propriétaire et le nombre 14, puisque pas moins de quatorze wagons étaient nécessaires pour transporter la structure.

Anecdote (2/4) : Des tickets dans les tablettes de chocolat…

En 1908 un certain Mr Brumas requiert au maire de Nantes l’autorisation d’ouvrir un cinéma au n°12 bis de la rue des Carmélites, à l’emplacement de l’actuel Cinématographe. Il effectue sa demande au nom de la Société Chocolat Poulain, marque déjà célèbre à l’époque. Les Nantais pouvaient trouver des tickets de cinéma à moitié prix dans certaines tablettes de chocolat, chose qui n'est pas sans rappeller les fameux tickets de Charlie et la cho…

Anecdote (2/4) : Des tickets dans les tablettes de chocolat…

En 1908 un certain Mr Brumas requiert au maire de Nantes l’autorisation d’ouvrir un cinéma au n°12 bis de la rue des Carmélites, à l’emplacement de l’actuel Cinématographe. Il effectue sa demande au nom de la Société Chocolat Poulain, marque déjà célèbre à l’époque. Les Nantais pouvaient trouver des tickets de cinéma à moitié prix dans certaines tablettes de chocolat, chose qui n'est pas sans rappeller les fameux tickets de Charlie et la chocolaterie.

Anecdote (3/4) : Projection du premier film parlant

L'Apollo était souvent le premier cinéma nantais à présenter les nouveautés du cinéma. Ainsi, en 1929, il projette sur son écran le premier film parlant diffusé dans la ville et en 1936, il diffuse l’un des premiers films en relief, avec un lorgnon vert et un lorgnon rouge, procédé des anaglyphes.

Anecdote (4/4) : le deuxième cinéma

Parmi les pionniers des cinémas nantais, il faut ajouter l'American cinématographe qui fonctionna de 1910 à 1918 au 5 de la rue des Salorges, dans les locaux actuels du Théâtre de Jeanne. Son gérant s'appelait Harrys et son projectionniste Métayer. Il a continué à fonctionner tout au long de la Première Guerre mondiale.

Jean-Luc Hervy

Témoignage : « Je fréquentais le cinéma le Monfort, près du marché Talensac »

Dans les années 1958-1964, je fréquentais, quasiment tous les jeudis (jour de congé des écoliers), le cinéma le Monfort, près du marché Talensac. Pour 50 francs puis 50 centimes la place, les enfants et les adolescents pouvaient regarder des films principalement dédiés pour eux. Une séance m’a beaucoup marqué : La cage aux rossignols qui est devenu Les Choristes. Si vous ratiez la séance du jeudi, le film était visible à la salle Pipeau à co…

Patrick Tournier

Témoignage : « Je fréquentais le cinéma le Monfort, près du marché Talensac »

Dans les années 1958-1964, je fréquentais, quasiment tous les jeudis (jour de congé des écoliers), le cinéma le Monfort, près du marché Talensac. Pour 50 francs puis 50 centimes la place, les enfants et les adolescents pouvaient regarder des films principalement dédiés pour eux. Une séance m’a beaucoup marqué : La cage aux rossignols qui est devenu Les Choristes. Si vous ratiez la séance du jeudi, le film était visible à la salle Pipeau à coté de l’église Saint-Similien. Les autres jours de la semaine, le Monfort proposait une programmation classique.

Patrick Tournier

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Sources

Aumont Yves, Daguin  Alain-Pierre, Les lumières de la ville : Nantes et le cinéma, 2e éd. rev. et augm., L’Atalante, Nantes, 1995

Monteil Frédéric, La Belle Époque du cinéma et des fêtes foraines à Nantes (1896-1914), Ouest éd., Nantes, 1996

« Salles de spectacle et cinémas nantais », Annales de Nantes et du pays nantais, n°300, 2006

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