Rue Alfred-Riom

Appelée rue Canclaux jusqu’en 1922, la rue Alfred-Riom est ouverte en 1844 afin de relier la rue de l'Entrepôt (Lamoricière) à la rue de la Ville-en-Bois.

Rue Alfred-Riom

Ce contenu a été rédigé par Nathalie Barré, Philippe Bouglé

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Une nouvelle voie pour les implantations industrielles

Cette nouvelle voie favorise de nouvelles implantations industrielles dont la plus importante est l’usine de François-René Lotz, constructeur de « locomobiles pour l’agriculture ».

Plan figurant les industries implantées dans le quartier Canclaux
Plan figurant les industries implantées dans le quartier Canclaux – © Archives de Nantes

Fils d’un menuisier modeleur, François-René Lotz, dit Lotz Aîné (1809-1891), fonde sa propre maison comme constructeur de machines agricoles en 1833. Il s’installe sur la Prairie-au-Duc que les industriels de la métallurgie et de la construction navale commencent à investir. En 1857, il quitte la Prairie-au-Duc pour la rive nord de la Loire. Il fait bâtir sur un terrain délimité par les rues Canclaux et Lamotte-Piquet deux immeubles destinés à des logements ouvriers et à des ateliers plus spacieux. Il se retire en 1868 et investit sa fortune personnelle – considérable – dans un domaine agricole à Savenay. Il cède l’entreprise à ses fils Alfred et Léon Lotz, qui poursuivent l’activité sous la raison sociale « Lotz fils de l’Aîné ». En 1886, ils décident de dissoudre la société. L’entreprise de mécanique agricole avait moissonné plus de deux cents médailles dans les concours et expositions. Un contemporain dira de François-René Lotz : « C’est à lui que revient l’honneur de la grande fabrication à Nantes de machines et outils pour l’agriculture… qui a fait sa fortune et rendu de sérieux services aux ouvriers de notre cité ».

Publicité pour les machines agricoles produites par l'entreprise Lotz
Publicité pour les machines agricoles produites par l’entreprise Lotz – © coll. Jean-Claude Lemoine, Archives de Nantes

En 1922, le conseil municipal choisit de rendre hommage à un autre capitaine d’industrie du quartier en renommant la rue Canclaux, rue Alfred-Riom.

Une rue investie par « La Maisonnette »

Au début du 20e siècle, les maisons édifiées par « La Maisonnette », Société anonyme coopérative d’habitations salubres et à bon marché contribuent à caractériser la rue Alfred-Riom et ses alentours.

Au cours du 19e siècle, la lutte contre l’insalubrité de l’habitat ouvrier impose des mesures encourageant la construction « de logements salubres, commodes et bon marché pour les ouvriers ». En 1894, la loi Siegfried relative aux Habitations à bon marché, incitative et non coercitive, prône une action « de nature à provoquer l’initiative en faveur de la construction et de l’amélioration des maisons à bon marché ».

Rue Alfred-Riom
Rue Alfred-Riom – © Archives de Nantes

C’est dans ce contexte législatif qu’est créée en 1903 « La Maisonnette » par un groupe d’ouvriers et d’employés nantais. Son but est d’aider les sociétaires « vivant principalement de leur travail ou de leur salaire » à faire construire, après avoir fait preuve de leurs capacités à épargner, des maisons sur des terrains souvent achetés par la société : « La maisonnette avec jardin est l’habitation normale de l’homme et seule celle-ci, surtout si elle est appelée à lui appartenir, apporte au travailleur la joie et la santé dont il a besoin ». Selon les moyens financiers de chacun, les réalisations sont de minuscules maisons proches du logement minimum ou de tout petits hôtels particuliers comme ceux de la rue Alfred-Riom.

Trois cents maisons, réparties dans différents quartiers, sont ainsi construites à Nantes. D’abord réservé aux ouvriers, le dispositif des HBM est étendu à partir de 1906 avec la loi Strauss « à toute personne peu fortunée vivant principalement de son salaire ». Les employés et les artisans seront alors nombreux à utiliser ce système coopératif pour se loger.

« La Maisonnette » jouait le plus souvent le rôle de lotisseur coopératif et fournissait aux acquéreurs des terrains dimensionnés selon leurs besoins à des prix avantageux. C’est pourquoi on trouve à Nantes ces maisons alignées par séquences le long des rues. Le jeu de symétrie / dissymétrie sur les volumes des maisons construites en contiguïté anime la rue en conservant l’homogénéité de l’ensemble.

Lorsque Francis Leray, concepteur des soixante premières maisons, intègre le service des travaux publics de la Ville, la société s’adresse à l’architecte Victor Le Jallé qui conçoit la presque totalité des autres. Leur conception se réfère à la filiation dissymétrique d’influence « néo-gothique » qui prend son origine dans les hôtels particuliers du milieu du 19e siècle et les maisons bourgeoises du début du 20e édifiées autour du quartier Monselet.

Rue Alfred-Riom
Rue Alfred-Riom – © Archives de Nantes

La plupart des maisons de la rue Alfred-Riom sont édifiées autour des années 1910. Conçues par Le Jallé, elles sont construites sur des plans similaires de dimensions légèrement différentes. Quelques modifications sont apportées en fonction des besoins et des possibilités financières des propriétaires.

Nathalie Barré, Philippe Bouglé
Archives de Nantes et Groupe mémoire
2015

Témoignage : Habiter une "maisonnette"

Nous sommes arrivés au 25 bis rue de Gigant à la fin de l'année 1946. Mes parents étaient bien contents de trouver cette maison à la fin de la guerre. Nous qui étions cinq enfants, on était tout contents de trouver une maison dans le centre-ville. Quand on est arrivés, notre plus grand plaisir a été de voir que nous avions un jardin. Il n'était pas grand mais pour nous, c'était très bien. Les maisons de l'impasse étaient déjà construites qu…

Témoignage : Habiter une "maisonnette"

Nous sommes arrivés au 25 bis rue de Gigant à la fin de l'année 1946. Mes parents étaient bien contents de trouver cette maison à la fin de la guerre. Nous qui étions cinq enfants, on était tout contents de trouver une maison dans le centre-ville. Quand on est arrivés, notre plus grand plaisir a été de voir que nous avions un jardin. Il n'était pas grand mais pour nous, c'était très bien. Les maisons de l'impasse étaient déjà construites quand nous avons emménagé. Dans l'acte de vente, on apprend que cette maison date du début du 20e et qu'elle a été construite par la société « La Maisonnette ». L'impasse donne sur les rues Lamoricière et Alfred-Riom et l'entrée se fait par la rue de Gigant. On est vraiment dans un îlot tranquille car les immeubles de chacune de ces rues font écran. La nuit, on entend les chouettes. Entre la rue de Gigant, le haut de la rue Lamoricière et la rue Alfred-Riom, ce ne sont que des jardins avec de grands arbres. À notre arrivée, il n'y avait pas de végétation. Les familles qui habitaient l'impasse étaient très modestes. Il y a une maison dans un creux car la Chézine, qui est recouverte, passe à cet endroit. Une des maisons était habitée par les personnes qui tenaient l'épicerie que se situait en face du 25 bis, là où se trouve la boulangerie aujourd'hui. La maison en face de chez nous, c'était un peu « la cour des Miracles ». Il y avait une cour avec des poules et de temps en temps, une vieille voiture démontée. Aujourd'hui, notre maison compte neuf pièces, trois à chaque niveau. La maison a été construite par étapes successives. À l'origine, il y avait un salon et une cuisine au rez-de-chaussée et deux chambres à l'étage. Le second étage a été fait ensuite. Il y avait une cave également qui nous permettait de stocker le charbon pour le chauffage. J'ai habité cette maison jusqu'à mes études. Dans les années 70, quand j'ai commencé à travailler, j'ai acheté un appartement dans la rue Lamotte-Picquet où nous sommes restés jusqu'en 1986, date à laquelle nous avons repris la maison de mes parents. À une certaine époque, tout ce quartier entre la rue Alfred-Riom et la rue Lamotte-Picquet, c'était très industriel. Il y avait beaucoup de petits ateliers. On entendait taper sur de la ferraille une bonne partie de la journée. Dans la rue Lamotte-Piquet, il y avait encore pas mal de petits bistrots dans les années 70, où le soir après le travail, il y avait beaucoup de monde. Tous ces ateliers et petits bistrots ont disparu progressivement et on a vu les immeubles se construire à leur emplacement. L'immeuble où nous étions, au 10 et 10 bis datait des années 1970 et d'autres ont été construits ensuite.

Source : Propos de Jean-Claude Hérail recueillis par les Archives de Nantes et le groupe mémoire du quartier Dervallières – Zola en 2015 dans le cadre de la collection "Quartiers, à vos mémoires"

Sources

Archives de Nantes, Du quai de la Fosse vers Mellinet-Canclaux, Ville de Nantes, Nantes, 2016 (coll. Quartiers à vos mémoires)

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