Place du Commandant Jean L’Herminier

Aménagée lors de la Reconstruction, la place du commandant Jean L’Herminier est dans un premier temps aménagée comme un carrefour de circulation et de stationnement. La fermeture des chantiers navals entraîne une reconfiguration de cet espace, transformé en belvédère sur la Loire.

Place du Commandant Jean L’Herminier

Ce contenu a été rédigé par Julie Aycard

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Avant la Seconde Guerre mondiale, la rue de Mazagran relie Notre-Dame-de-Bon-Port au quai de la Fosse. Elle est rejointe au niveau du front urbain par la rue Charles Brunellière créant un carrefour engoncé dans un tissu urbain très serré.

Plan de localisation de la place Commandant Jean L'Herminier
Plan de localisation de la place Commandant Jean L’Herminier – © Catherine Ruel / Direction du Patrimoine et de l’Archéologie, Ville de Nantes / Nantes Métropole

Les bombardements alliés de 1943 endommagent ou détruisent de nombreux immeubles du quai de la Fosse. Parmi ceux-ci, les immeubles autour du carrefour Brunellière/Mazagran sont détruits.

Immeubles détruits quai de la Fosse et rue Mazagran
Immeubles détruits quai de la Fosse et rue Mazagran – © Archives de Nantes

A la faveur de l’espace retrouvé suite à ces destructions, le plan d’aménagement de Michel Roux-Spitz prévoit de prolonger la rue Maurice Sibille et de créer une place bordant le quai de la Fosse au débouché des rues Charles Brunellière, Maurice Sibille et Mazagran.

En 1948, l’aménagement de cet espace est délégué par l’administration des Ponts et Chaussées à la Ville. L’aménagement, compliqué par l’impossibilité de détruire les immeubles situés entre le passage du Sanitat et la rue du Séjour à cause de la pénurie de logements, s’oriente vers un projet a minima : la place devient carrefour bien que tous les acteurs conviennent que cet « ensemble sera à remanier dans un moment qui ne semble pas proche » afin de créer une place ouverte sur la Loire.

Plan des démolitions à faire pour ouvrir la place Mazagran
Plan des démolitions à faire pour ouvrir la place Mazagran – © Archives de Nantes

En 1950, les immeubles du front arrière sont rebâtis par le Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme. Sur cette zone inondable, un gradin est créé pour mettre les immeubles hors d’eau, à plus de 7 mètres au-dessus de l’étiage. A l’est du carrefour, un parc de stationnement calé le long d’un îlot d’habitation fait office de place. En 1958, un escalier est aménagé pour relier le carrefour aux immeubles du front arrière. Une fois les premiers travaux réalisés, en 1957, l’espace est baptisé « place du commandant Jean L’Herminier » en hommage à ce héros de de la Seconde Guerre mondiale qui refusa de saborder la flotte française à Toulon.

La place conserve ce premier état pendant trente ans. Tandis que la circulation se densifie avec la construction du pont Anne de Bretagne en 1975, le parking offre un lieu de stationnement idéal face aux chantiers de construction navale.

Place Mazagran reconstruite
Place Mazagran reconstruite – © Médiathèque Terra – Ministère de la Transition écologique et ministère de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales

En 1987, la fermeture des chantiers de construction navales situés de l’autre côté de la Loire met peut-être un terme à l’intérêt du parc de stationnement : les ouvriers ne traverseront plus la Loire. Deux ans plus tard, la Ville acquiert les parcelles de l’îlot bâti sur le flanc oriental du carrefour afin de prolonger la rue Maurice Sibille. Cette acquisition va ouvrir le cœur de l’îlot nord sur le carrefour Brunellière/Mazagran et agrandir la surface non bâtie. Le déplacement des activités portuaires vers Saint-Nazaire et la fermeture des chantiers ont amoindri les besoins en stationnement : le quai de la Fosse n’est plus alors le cœur commercial de la ville et le besoin en stationnement est réduit.

Quai de la Fosse et chapelle Notre-Dame-de-Bon-Port vus du site des chantiers
Quai de la Fosse et chapelle Notre-Dame-de-Bon-Port vus du site des chantiers – © Archives de Nantes

Pour occuper l’espace libéré, la Ville demande, en 1992, à Dan Graham de concevoir une place. Le travail de cet artiste conceptuel américain interroge les relations entre l’espace privé et l’espace public, ainsi que tout ce qui touche la perception, et la place du spectateur dans l’art et dans la société. L’artiste, associé à l’architecte allemand Erick Recke, conçoit cette place comme un labyrinthe ludique en belvédère sur le port grâce à un ponton de bois légèrement surélevé. Il organise l’espace autour de passerelles, de haies de lierre et de cheminements dallés. Les miroirs transparents et semi-transparents créent des effets optiques sur la ville, et son port. A l’intérieur du labyrinthe, le jeu des reflets offre de multiples points de vue. Le passant se voit et voit se réfléchir le ciel, la végétation alentour et l’environnement urbain.

    Au cours du chantier, l’œuvre urbaine est perturbée : le ponton fait place à un parking en sous-sol qui la surélève d’un bon mètre. La place, qui mesure 65 mètres sur 32, est inaugurée le 5 février 1994. 

Immeubles de la place du commandant L'Herminier
Immeubles de la place du commandant L’Herminier – © Direction du Patrimoine et de l’Archéologie, Ville de Nantes / Nantes Métropole

Ouvert sur le port déserté et sur le quai transformé en échangeur à voitures, ce lieu minéral parsemé de miroirs-écrans couplés à des bacs à fleurs aurait dû devenir luxuriant et proposer un lieu de regard sur le fleuve et la ville en construction. Pourtant, les Nantais ne s’approprient pas ce belvédère sur le port abandonné et ne comprennent pas cet espace qui n’est ni clairement une œuvre d’art que l’on peut admirer, ni un espace de circulation et de liaison urbaine.

Place du commandant L'Herminier
Place du commandant L’Herminier – © Direction du Patrimoine et de l’Archéologie, Ville de Nantes / Nantes Métropole

Seule place ouverte sur la Loire dans l’espace de l’ancien port maritime, la place, longera dans quelques années la promenade urbaine reliant la gare de Nantes à la carrière Miséry.

Julie Aycard
Direction du patrimoine et de l’archéologie, Ville de Nantes / Nantes Métropole ; Service du Patrimoine, Inventaire général, Région Pays de la Loire
Inventaire du patrimoine des Rives de Loire
2021