Lotissement des Bruyères

Le lotissement des Bruyères est achevé en 1973 dans le but de reloger des habitants des baraquements provisoires situés dans le parc du Grand Blottereau. Les petites maisons ont depuis été détruites à partir de 2009 pour laisser place à de nouveaux aménagements.

Lotissement des Bruyères

Ce contenu a été rédigé par Francis Peslerbe, Noémie Boulay

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Un programme pour reloger les habitants du Grand Blottereau

Achevé en 1973, le lotissement « Les Bruyères » est la dernière opération concernant le relogement des habitants des baraquements à Nantes. Il se composait de 99 logements PLR (Programme à loyer réduit), 76 individuels et 23 collectifs, situés rue de Brest, rue du Guilvinec, rue de Morgat et rue de Camaret. Les plans dessinés par les architectes Georges Evano et Jean-Luc Pellerin révèlent un niveau de prestation modeste, lié au faible financement.

En mai 1971, le ministère de l’Équipement accorde un crédit pour la résorption de l’habitat insalubre, « en vue de la réalisation d’une cité de transit destinée au relogement d’occupants des baraquements du Grand Blottereau ». Deux terrains sont proposés par la Ville de Nantes. Une première option est envisagée à la Petite-Sensive. Elle n’est pas retenue du fait de la proximité du lotissement de La Rivière et d’une campagne de presse tendancieuse sur les problèmes posés par les habitants du Grand Blottereau. Les cités de transit sont finalement réalisés aux Bruyères et au Clos-Toreau.

Baraquements de la nouvelle cité provisoire du Grand Blottereau
Baraquements de la nouvelle cité provisoire du Grand Blottereau – © Archives de Nantes

Un lotissement en marge de la ville

Aux Bruyères, l’emplacement choisi est particulièrement isolé au milieu des champs, sans moyen de communication avec le quartier. L’aménagement d’un cimetière, d’une autoroute et d’une maison d’arrêt est planifié à proximité.

« L’isolement physique est d’autant plus accentué que la ligne de bus s’arrête au Chêne-des-Anglais et qu’il n’existe aucune cabine téléphonique. Le premier jour que j’y suis allé, il n’y avait qu’un chemin de terre avec des ornières, on y est allé à pied avec des bottes. Le conseil d’administration s’est dit : ce n’est pas possible de laisser parquer cette population avec une seule voie d’accès. Aussi l’Office a pris la décision d’acquérir les terrains du Bout-des-Landes pour désenclaver les Bruyères afin d’y réaliser d’autres logements et une autre voie d’accès ». (Témoignage d’un responsable des HLM cité dans l’étude du Centre d’études techniques de l’équipement (CETE) de 1984)

Vue aérienne du quartier du Bout-des-Landes
Vue aérienne du quartier du Bout-des-Landes – © IGN

Cette impression d’avoir été rejetés « au bout du monde » n’a pas facilité la transplantation autoritaire des habitants du Grand Blottereau aux Bruyères. Bien sûr, les nouveaux logements en béton des Bruyères sont plus confortables que les baraquements en bois dégradés. En contrepartie, les habitants ont perdu les relations sociales qu’ils avaient au Vieux-Doulon. Ils ont le sentiment d’être exclus de la ville. Beaucoup de familles, découragées par le manque de moyens de transport, ne sortent même pas de leur lotissement et se ravitaillent, au prix fort, auprès des commerçants ambulants.

La composition sociologique, les barrières naturelles, le type d’urbanisation et les difficultés de liaison qui caractérisent le lotissement des Bruyères font que ses habitants se sentent « à part de Nantes ».

La cohabitation avec les ferrailleurs

Très rapidement, le problème des ferrailleurs accaparant les espaces libres par leur dépôt de ferraille divise les habitants des Bruyères. Les jardins sont petits et ne permettent pas aux ferrailleurs d’exercer leur activité : le tri et le stockage sont effectués sur les terrains libres de la cité, qui deviennent de véritables décharges incontrôlées.

Vue aérienne des Bruyères et des décharges de ferraille
Vue aérienne des Bruyères et des décharges de ferraille – © IGN

À partir de 1978, les travailleurs sociaux et la municipalité engagent avec les habitants une concertation pour permettre aux ferrailleurs de travailler sans perturber l’environnement de l’ensemble des habitants. Après trois années de concertation avec l’élu référent du quartier, Maurice Milpied, les solutions suivantes sont proposées :
• Création d’une nouvelle cité au « Bois-Briand », route de Sainte-Luce, réalisée par la mairie et gérée par Nantes Habitat. Les habitants, logés dans des petites maisons individuelles, disposeront, à proximité, d’un terrain commun de 1400 mètres carrés équipé d’un hangar,
• Après le départ de la ferraille des Bruyères, la mairie et Nantes Habitat s’engagent à mener une opération d’aménagement des terrains libérés avec implantation de jeux et d’espaces verts.

Ce projet n’a jamais vu le jour. En effet, en 1983, la nouvelle municipalité (Michel Chauty) croit régler cette question en se limitant à l’aménagement d’un terrain route de la Chapelle-sur-Erdre, entre le futur golf et les jardins familiaux. La construction d’un hangar est abandonnée. Ce que redoutait les ferrailleurs est arrivé : n’habitant pas sur place et ne pouvant surveiller leur ferraille triée et stockée, ils ont été victimes de vols. Rapidement, on a vu les voitures à « ferrailler » revenir aux Bruyères autour de habitations pour y être démontées.

Il faut le changement de municipalité en 1989 pour que la question soit à nouveau posée. La cité est alors « nettoyée », les caravanes en surnombre sont déplacées, des espaces de jeux sont aménagés. Le petit collectif insalubre, inhabité depuis 1984, source de nuisances pour les riverains, est démoli en juin 1991. Cette opération provoque un changement spectaculaire dans ce qui est devenu une zone de « non-droit » et améliore la vie des habitants de la cité des Bruyères. La situation reste stable jusqu’en 2001. Un certain relâchement du contrôle laisse s’installer, à nouveau, quelques caravanes.

La reconstruction du lotissement

Dans le cadre des opérations de relogement des habitants des cités provisoires construites après la guerre, la construction du lotissement des Bruyères a été réalisée avec des moyens faibles. Malgré quelques opérations de réhabilitation menées par Nantes Habitat, il apparaît au début des années 2000 que ces habitations sont devenues insalubres (humidité des murs, isolation insuffisante…). Un état des lieux réalisé en 2004 aboutit à la conclusion que la seule solution à envisager est la destruction totale avant la reconstruction. Ce projet suscite beaucoup d’interrogations de la part des habitants des Bruyères, certains craignent une hausse des loyers qui ne leur permettrait plus d’être relogés sur place.

Au printemps 2005, la démolition est décidée avec le projet de reconstruction. Cependant, la proximité de l’autoroute réalisée après le lotissement réduit l’espace constructible et ne permet pas l’implantation du même nombre de maisons. Tous les locataires ne peuvent donc pas retrouver un logement avec le jardin auquel ils tiennent tant.

Bon nombre d’habitants, estimant que l’état de délabrement des logements est le résultat du manque d’entretien par Nantes Habitat, veulent à tout prix une réhabilitation des locaux existants. À la crainte de laisser sa maison s’ajoute l’angoisse de quitter ses amis, ses voisins.

Les associations de locataires sont en première ligne pour défendre les « gens » des Bruyères. La réhabilitation n’ayant pu être obtenue, les discussions concernent les garanties pour le relogement temporaire, la prise en charge des frais de déménagement, le suivi de la reconstruction. Après de longues négociations, une charte est signée le 6 juin 2005 ; elle engage la Ville de Nantes et Nantes Habitat pendant toute la durée de l’opération, de la démolition au relogement.

Le lotissement des Bruyères en 2008, avant sa démolition
Le lotissement des Bruyères en 2008, avant sa démolition – © Nantes Métropole

Le nouveau quartier des Bruyères

La reconstruction du lotissement des Bruyères s’inscrit dans le cadre d’un projet de renouvellement urbain comprenant également le secteur du Bout-des-Landes. Piloté par Nantes Métropole, cette opération poursuit plusieurs objectifs :
• Améliorer l’habitat existant par des rénovations de logements et l’embellissement des pieds d’immeubles,
• Diversifier l’offre de logements (le quartier accueille alors uniquement des logements sociaux appartenant à Nantes Habitat),
• Faciliter la circulation à l’intérieur du secteur et vers le grand quartier,
• Requalifier les espaces publics et les espaces verts,
• Dynamiser et rendre attractif le quartier.

La destruction du lotissement des Bruyères s’échelonne en plusieurs temps à partir de 2008, en fonction des rues concernées. Plusieurs projets sont entrepris sur les terrains libérés :
• Des promoteurs livrent 39 logements individuels et 4 immeubles comprenant 73 appartements, destinés à la location ou à l’accession abordable,

Vue aérienne du nouveau quartier des Bruyères
Vue aérienne du nouveau quartier des Bruyères – © Nantes Métropole

• En 2014, 30 parcelles de jardins familiaux et un verger, reliés par un cheminement doux aux jardins des Églantiers, sont inaugurées,
• Une cour artisanale regroupant une dizaine d’artisans est livrée en 2024 pour renforcer les activités économiques du quartier.

Francis Peslerbe, Noémie Boulay
Groupe Histoire des quartiers Nord de l’association d’action socio-culturelle et éducative de la Boissière (AASCEB) – Direction du patrimoine et de l’archéologie, Ville de Nantes/Nantes Métropole
2025

Témoignage 1 : L’arrivée aux Bruyères

On est arrivé en 1972. On venait des baraquements du Grand Blottereau où j'ai vécu pendant 27 ans. Je suis venue ici avec mon mari et sept enfants. Le dernier, une fille, est né ici, cela fait 30 ans maintenant. La majorité de ceux qui se sont installés aux Bruyères venait du Grand Blottereau et du Chêne-des-Anglais. C'était tout juste terminé. On était les premiers occupants du logement. Je n'ai jamais entendu dire que c'était du provisoire…

Madame B.

Témoignage 1 : L’arrivée aux Bruyères

On est arrivé en 1972. On venait des baraquements du Grand Blottereau où j'ai vécu pendant 27 ans. Je suis venue ici avec mon mari et sept enfants. Le dernier, une fille, est né ici, cela fait 30 ans maintenant. La majorité de ceux qui se sont installés aux Bruyères venait du Grand Blottereau et du Chêne-des-Anglais. C'était tout juste terminé. On était les premiers occupants du logement. Je n'ai jamais entendu dire que c'était du provisoire. C'était à vie normalement. Ce n'est que par la suite qu'ils nous ont dit que cela allait être démoli. Ici c'était mieux comme logement qu'au Grand Blottereau : c'était un T6 en dur, 5 chambres et un séjour, avec eau chaude et un chauffage collectif. […] J’ai toujours regretté le Grand Blottereau parce que, je ne sais pas…, bon, je suis bien ici, c'est sûr ! Là, je ne voudrais pas m'en aller du tout… Je vais avoir 70 ans… Quand même, j'ai toujours été là et au début on ne nous a jamais dit qu'on allait partir de là ! […] Ici on était les premiers habitants de la maison. La cité a été terminée après. Les HLM existaient déjà. Ils ont mis le cimetière, puis le golf. Il n'y avait pas d'autoroute. J'emmenais mes petits là-bas cueillir des mûres. On allait chercher du lait à la ferme. Les enfants étaient jeunes. Ils allaient au centre aéré et en colonie de vacances avec Alain Guezengard et MAAJED.

Madame B.

Source : Peslerbe Francis, Association d'action socio-culturelle et éducative de la Boissière (AASCEB), Histoire des quartiers nord de Nantes. Entre Cens et Erdre, un quartier « mosaïque » des années 50 à aujourd’hui, livre 4, AASCEB, Nantes, 2007

Témoignage 2 : Le manque d’entretien par Nantes Habitat

Aujourd'hui on a un chauffage individuel. C'est difficile de chauffer correctement. On règle le thermostat sur 22, mais comme il y a des trous partout… Ce n'est pas isolé du tout. Au début déjà qu'on était là, il y avait des réparations à faire. Les HLM, on ne les a jamais vus. Les maisons n'ont jamais été entretenues. À part les interventions pour les toilettes bouchées, c'est tout ! Les peintures extérieures n'ont jamais été refaites. S'…

Madame B.

Témoignage 2 : Le manque d’entretien par Nantes Habitat

Aujourd'hui on a un chauffage individuel. C'est difficile de chauffer correctement. On règle le thermostat sur 22, mais comme il y a des trous partout… Ce n'est pas isolé du tout. Au début déjà qu'on était là, il y avait des réparations à faire. Les HLM, on ne les a jamais vus. Les maisons n'ont jamais été entretenues. À part les interventions pour les toilettes bouchées, c'est tout ! Les peintures extérieures n'ont jamais été refaites. S'il y a des maisons peintes, c'est les gens qui l'ont fait eux-mêmes !

Madame B.

Source : Peslerbe Francis, Association d'action socio-culturelle et éducative de la Boissière (AASCEB), Histoire des quartiers nord de Nantes. Entre Cens et Erdre, un quartier « mosaïque » des années 50 à aujourd’hui, livre 4, AASCEB, Nantes, 2007

Témoignage 3 : Les relations intergénérationnelles

J'avais 21 ans quand je suis venu pour chercher du travail à Nantes, par le car, avec ma petite valise. Je venais de la Mayenne. Je suis allé d'abord dans un hôtel, l'hôtel Noblet, rue de Fourcroy où est la médiathèque actuellement. J'ai cherché du boulot ; ça n'a pas duré longtemps, deux ou trois jours et j'ai commencé sur le quai comme docker pendant au moins deux mois. Après, j'ai travaillé dans les travaux publics. Mon premier logement a…

Monsieur Poulain

Témoignage 3 : Les relations intergénérationnelles

J'avais 21 ans quand je suis venu pour chercher du travail à Nantes, par le car, avec ma petite valise. Je venais de la Mayenne. Je suis allé d'abord dans un hôtel, l'hôtel Noblet, rue de Fourcroy où est la médiathèque actuellement. J'ai cherché du boulot ; ça n'a pas duré longtemps, deux ou trois jours et j'ai commencé sur le quai comme docker pendant au moins deux mois. Après, j'ai travaillé dans les travaux publics. Mon premier logement a été chez « l'abbé Pierre », au début quand la cité a été montée. J'ai aménagé la veille de Noël, en 1955. J'y suis resté 10 ans. Je suis arrivé ici, aux Bruyères, en 1987. […] Je trouve que l'ambiance ici est très bien. Les jeunes sont un peu fou-fou, c'est vrai, mais pas méchants. Ils s'ennuient. Il y en a qui critiquent les jeunes mais c'est pas vrai, c'est un tort. Pour moi les jeunes d'ici sont corrects avec nous. Ils nous connaissent. Ils se dérangent pour nous dire bonjour. Il y en a qui disent que ce sont des voyous. Non ce n'est pas vrai ! Il y a des jeunes qui viennent, d'ailleurs, pour brûler des voitures. Ils disent que c'est les jeunes d'ici. Ce n'est pas vrai. Ceux qui font le bordel ici viennent d'autres quartiers du secteur. Il y en a eu combien (des voitures) qui ont été amenées ici pour les brûler ! Et après dans les journaux ils disent que c'étaient les jeunes des Bruyères. C'est faux !

Monsieur Poulain

Source : Peslerbe Francis, Association d'action socio-culturelle et éducative de la Boissière (AASCEB), Histoire des quartiers nord de Nantes. Entre Cens et Erdre, un quartier « mosaïque » des années 50 à aujourd’hui, livre 4, AASCEB, Nantes, 2007

Témoignage 4 : Un esprit de solidarité malgré les tensions entre voisins

Madame V. est venue, avec ses trois enfants, rejoindre ses parents aux Bruyères en 1977. Elle se souvient que l'on y accédait alors par un chemin de terre. Dans les espaces communs de la cité « ça grouillait d'enfants du fait de la présence de familles nombreuses. Il y avait parfois des tensions avec les voisins à cause du bruit. Le soir, à la belle saison, on discutait, chacun assis sur son pas de porte. […] Chez mes parents on a vécu jusqu…

Madame V.

Témoignage 4 : Un esprit de solidarité malgré les tensions entre voisins

Madame V. est venue, avec ses trois enfants, rejoindre ses parents aux Bruyères en 1977. Elle se souvient que l'on y accédait alors par un chemin de terre. Dans les espaces communs de la cité « ça grouillait d'enfants du fait de la présence de familles nombreuses. Il y avait parfois des tensions avec les voisins à cause du bruit. Le soir, à la belle saison, on discutait, chacun assis sur son pas de porte. […] Chez mes parents on a vécu jusqu'à 25 dans un T5 : 21 enfants 4 adultes. On dormait jusqu'à 5 dans un grand lit, à l'inverse l’un de l'autre et sanglés pour ne pas se gêner ». La vie au quotidien n'était pas toujours facile. Il pouvait y avoir des bagarres entre familles. Mais ces disputes étaient vite oubliées. « Il existait une grande solidarité entre nous. Si quelqu'un n'avait pas de pain il pouvait compter sur ses voisins. Lors du décès d'un habitant des Bruyères, une quête était organisée ; les familles savaient se retrouver et dépasser leurs querelles ».

Madame V.

Source : Peslerbe Francis, Association d'action socio-culturelle et éducative de la Boissière (AASCEB), Histoire des quartiers nord de Nantes. Entre Cens et Erdre, un quartier « mosaïque » des années 50 à aujourd’hui, livre 4, AASCEB, Nantes, 2007

Témoignage 5 : Un quartier attachant qu’on quitte à regret

35 ans, c'est un morceau de vie et maintenant que les maisons ont vieilli et se délabrent, c'est avec tristesse que leurs habitants vont les quitter pour aller habiter dans des pavillons où logements plus récents, voire neufs, pas trop loin la plupart du temps car les habitants ont ici leurs attaches. Quelques-uns sont déjà partis, souvent dans le quartier Nord et ça s'explique : « Nos enfants sont nés ici : ils habitent tout près, dans les …

Propos rapportés par Francis Maitre

Témoignage 5 : Un quartier attachant qu’on quitte à regret

35 ans, c'est un morceau de vie et maintenant que les maisons ont vieilli et se délabrent, c'est avec tristesse que leurs habitants vont les quitter pour aller habiter dans des pavillons où logements plus récents, voire neufs, pas trop loin la plupart du temps car les habitants ont ici leurs attaches. Quelques-uns sont déjà partis, souvent dans le quartier Nord et ça s'explique : « Nos enfants sont nés ici : ils habitent tout près, dans les logements autour des stations René Cassin, Chêne des Anglais, Santos Dumont… et on ne veut pas avoir à traverser tout Nantes pour se voir. Nos morts sont au Cimetière Parc, juste à côté et on veut pouvoir s'y rendre facilement par le tram ou le bus 32, alors on reste à proximité ! » Ils ont aussi leurs habitudes dans les enseignes commerciales proches (hypermarchés ou supérettes), à défaut de commerces de proximité sur place. Le caractère humide des maisons des Bruyères et le bruit du périphérique, personne ne les regrettera longtemps : « Les cloisons étaient tellement humides, qu'on avait peur de se retrouver chez le voisin si on s'y appuyait trop fort » dit une ancienne habitante en forme de boutade.

Propos rapportés par Francis Maitre

Source : « Mosaïque, journal des habitants des quartiers nord de Nantes », n°48, mars 2007

Témoignage 6 : Le sentiment de communauté

Cela fait 35 ans que nous vivons aux Bruyères. À l'époque, c'étaient des maisons neuves. Alors, même si aujourd'hui l'on peut dire qu'elles sont anciennes et qu'il y a effectivement un manque d'isolation, il y a vraiment moyen de les entretenir et de faire quelque chose de sympa de ces petites maisons. Moi, j'ai tout refait de mes propres mains, même la cuisine… Les Bruyères ont toujours eu une réputation négative alors qu'y vivre, c'est a…

Propos rapportés par Daniel Jamonneau

Témoignage 6 : Le sentiment de communauté

Cela fait 35 ans que nous vivons aux Bruyères. À l'époque, c'étaient des maisons neuves. Alors, même si aujourd'hui l'on peut dire qu'elles sont anciennes et qu'il y a effectivement un manque d'isolation, il y a vraiment moyen de les entretenir et de faire quelque chose de sympa de ces petites maisons. Moi, j'ai tout refait de mes propres mains, même la cuisine… Les Bruyères ont toujours eu une réputation négative alors qu'y vivre, c'est agréable. Tout le monde se connait, il y a comme un sentiment de communauté… L'été nous sommes tous dehors, devant nos maisons et nous papotons, partageons le café… Nous serons nostalgiques de cette vie les uns avec les autres. Au niveau du relogement, c'est pas mal ce que l'on nous propose ; nous sommes plutôt satisfaits, ce sont des maisons neuves. La seule réserve c'est que nous allons avoir quelqu'un au-dessus de nous et je n'en ai pas l'habitude.

Propos rapportés par Daniel Jamonneau

Source : « Mosaïque, journal des habitants des quartiers nord de Nantes », n°51, mars 2008

Témoignage 7 : Une ambiance dégradée au fil des années

Avant, nous habitions la Haye-Fouassière et nous sommes venus aux Bruyères car je travaillais à Nantes. Cela nous plaisait car au début cela ressemblait un peu à la campagne dont nous venions. Avant la construction du périphérique ici c'était un chemin de terre où je me promenais. Je marche toujours d'ailleurs pour me tenir en forme, mais plus ici. Tout cela c'était il y a 35 ans… Maintenant, nous ne sommes pas mécontents de partir. Au déb…

Propos rapportés par Daniel Jamonneau

Témoignage 7 : Une ambiance dégradée au fil des années

Avant, nous habitions la Haye-Fouassière et nous sommes venus aux Bruyères car je travaillais à Nantes. Cela nous plaisait car au début cela ressemblait un peu à la campagne dont nous venions. Avant la construction du périphérique ici c'était un chemin de terre où je me promenais. Je marche toujours d'ailleurs pour me tenir en forme, mais plus ici. Tout cela c'était il y a 35 ans… Maintenant, nous ne sommes pas mécontents de partir. Au début, on était bien, c'était familial et l'on va regretter notre médecin, la piscine… mais finalement nous sommes pressés de retrouver la tranquillité. Au début cela allait très bien, mais des problèmes ont commencé il y a une dizaine d'années. Des jardiniers de la ville ont été agressés et menacés, nous sommes alors allés les soutenir. Depuis, nous constatons énormément de nuisances des jeunes qui se rassemblent sur la place. Notre famille ne vient d'ailleurs plus nous voir. Ils ont peur.

Propos rapportés par Daniel Jamonneau

Source : « Mosaïque, journal des habitants des quartiers nord de Nantes », n°51, mars 2008

Témoignage 8 : Toute une vie aux Bruyères

Nous sommes installés aux Bruyères depuis septembre 1973, nous arrivions du Grand Blottereau où des baraquements avaient été construits après-guerre ; alors c'est vous dire si nous avons des souvenirs ici ! Il y en a eu des changements. Avant c'était la campagne. Il y avait des châtaigniers, des vignes, plein de pommiers, une pépinière… et une ferme au bout du chemin, la ferme des Bruyères, avec un bon ruisseau que l'on pouvait suivre et a…

Propos rapportés par Daniel Jamonneau

Témoignage 8 : Toute une vie aux Bruyères

Nous sommes installés aux Bruyères depuis septembre 1973, nous arrivions du Grand Blottereau où des baraquements avaient été construits après-guerre ; alors c'est vous dire si nous avons des souvenirs ici ! Il y en a eu des changements. Avant c'était la campagne. Il y avait des châtaigniers, des vignes, plein de pommiers, une pépinière… et une ferme au bout du chemin, la ferme des Bruyères, avec un bon ruisseau que l'on pouvait suivre et ainsi, aller, si on le souhaitait, jusqu'à la Chapelle-sur-Erdre à pied. Au centre socioculturel c'était un bois, et à chaque extrémité du quartier il y avait une épicerie, celle de Mme Brossart et celle de Mme Noleau. Je m'en souviens très bien, puisque j'allais toujours chez Mme Brossart déconsigner les bouteilles et avec la monnaie je prenais toujours des « mistrals gagnants ». Au début, tout le monde se connaissait, puisque nous étions nombreux à arriver du Grand Blottereau. Et c'est même l'un d'entre nous qui emmenait les autres faire leurs achats en grande surface car il n'y avait pas encore le tram. On se connait donc depuis toujours, c'est pour cela que l'on est super attaché au quartier, cela va nous faire bizarre de se séparer ! 34 ans dans un quartier, cela compte. Je me souviens encore de mon maître d'école de la Chauvinière, M. Leneur. Avant, dans les années 60, à l'ancien magasin, route de la Chapelle, il y avait un cheval en bois qui fonctionnait avec un franc. Le Chêne-des-Anglais, c'était des baraquements… Nous allons regretter de partir. J'aurais préféré reste ici, mais c'est vrai que dans ces maisons il y a énormément d'humidité. Et c'est dommage. Sans ces infiltrations, elles sont bien ces petites maisons.

Propos rapportés par Daniel Jamonneau

Source : « Mosaïque, journal des habitants des quartiers nord de Nantes », n°51, mars 2008

Témoignage 9 : Un quartier qui s’aménage et se modernise au fil des années

Avant les chauffe-eaux étalent dans la cuisine et il y avait une chaufferie collective ; mais les canalisations rompaient souvent par le gel. On a donc eu des soucis de chauffage et avons été obligés d'acheter des bouteilles de gaz. Ce n'est qu'après que le chauffage individuel a été installé. À cette époque les compteurs électriques étaient aussi sur le trottoir. Le nombre de voitures qui les ont heurtés ! La rue, c'était du sable de carriè…

Propos rapportés par Daniel Jamonneau

Témoignage 9 : Un quartier qui s’aménage et se modernise au fil des années

Avant les chauffe-eaux étalent dans la cuisine et il y avait une chaufferie collective ; mais les canalisations rompaient souvent par le gel. On a donc eu des soucis de chauffage et avons été obligés d'acheter des bouteilles de gaz. Ce n'est qu'après que le chauffage individuel a été installé. À cette époque les compteurs électriques étaient aussi sur le trottoir. Le nombre de voitures qui les ont heurtés ! La rue, c'était du sable de carrière. Il n'y avait pas de trottoir, ni de goudron. Ce n'est qu'en 1980 que des arbres ont été plantés. C'est vrai que cela a changé, notamment depuis 1993 et l'arrivée du périphérique. Dès le matin, on l'entend et les vitres vibrent. Mais malgré cela, on ne comprend pas pourquoi on est obligé de partir. Il y a des quartiers bien pires qui existent encore. Ce qui va nous manquer c'est l'ambiance et les voisins. Être sur les marches, devant, pour prendre un café.

Propos rapportés par Daniel Jamonneau

Source : « Mosaïque, journal des habitants des quartiers nord de Nantes », n°51, mars 2008

Témoignage 10 : La découverte d’un nouveau quartier

Arrivée en 1973, j'ai vécu 36 ans aux Bruyères. Cela n'a donc pas été facile de changer de quartier bien que je comprenais tout à fait que nous devions quitter cette maison qui était devenue insalubre. J'ai d'ailleurs tout de suite dit oui à la proposition sur plan que l'on m'a faite. Cela m'a même fait rêver. Mais entre les images et la réalité, cela fait deux. Je suis dans un quartier neuf, en train de se réaliser [à proximité de la médiat…

Jacqueline Tual, propos rapportés par Daniel Jamonneau

Témoignage 10 : La découverte d’un nouveau quartier

Arrivée en 1973, j'ai vécu 36 ans aux Bruyères. Cela n'a donc pas été facile de changer de quartier bien que je comprenais tout à fait que nous devions quitter cette maison qui était devenue insalubre. J'ai d'ailleurs tout de suite dit oui à la proposition sur plan que l'on m'a faite. Cela m'a même fait rêver. Mais entre les images et la réalité, cela fait deux. Je suis dans un quartier neuf, en train de se réaliser [à proximité de la médiathèque Floresca Guépin, quartier Doulon/Bottière], donc en pleins travaux. Je pense d'ailleurs qu'ils se sont précipités pour me faire emménager, car la maison n'était pas terminée ; il a fallu attendre un mois avant d'avoir le chauffage et le téléphone, les rampes d'escaliers ne sont pas encore posées, il y a des problèmes d'infiltration d'eau, par les terrasses dans la salle à manger. Cela va se réaliser, mais il faut être patiente. Malgré tout, j'ai une maison plus agréable, plus saine, un meilleur chauffage. Maintenant, je me sens mieux, je suis contente d'avoir déménagé, mais j’aurais espéré un endroit plus vivant. Avant je connaissais tout le monde. Pour l'instant, je suis encore perdue, entourée de bâtiments cubiques, aux murs gris, couvert d'un treillis métallique. Cela fait triste. Au départ, je me disais que j'allais être tranquille. Mais maintenant c'est peut-être trop calme. J'avais mes habitudes, je participais à la vie du centre socioculturel et c'est ce qui me manque le plus. Cela me fait donc drôle d'être là !

Jacqueline Tual, propos rapportés par Daniel Jamonneau

Source : « Mosaïque, journal des habitants des quartiers nord de Nantes », n°57, mars 2010

Sources

Peslerbe Francis, Association d’action socio-culturelle et éducative de la Boissière (AASCEB), Histoire des quartiers nord de Nantes. Entre Cens et Erdre, un quartier « mosaïque » des années 50 à aujourd’hui, livre 4, AASCEB, Nantes, 2007

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