Joseph Stany-Gauthier (1883-1969)

Professeur à l’école des Beaux-Arts de Nantes et amoureux de la Bretagne, Stany-Gauthier a œuvré pour le développement culturel de Nantes en occupant pendant de nombreuses années le poste de conservateur du Château des ducs de Bretagne. Il est également à l’origine de l’ouverture de plusieurs musées municipaux.

Stany gauthier bretagne bandeau

Ce contenu a été rédigé par André Siegfried

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Joseph Stanislas Gauthier naît le 30 avril 1883 à Carcassonne (Aude). Il passe son enfance et son adolescence à Montpellier (Hérault) où il étudie à l’école des Beaux-Arts. Diplômé en architecture-décoration, il y installe un petit atelier de décoration.

Professeur à l’école des Beaux-Arts de Nantes

Tout juste arrivé à Nantes, Stany-Gauthier est nommé, le 1er septembre 1908, professeur de composition décorative, de modelage, de dessin géométrique et de mathématiques à l’école régionale de dessin et des Beaux-Arts de Nantes. C’est à partir de cette époque que naît une véritable passion pour la Bretagne, son histoire et son folklore. Il l’étudie et la dessine tout au long de sa vie.

Joseph Stany Gauthier parmi les professeurs de l’école des Beaux-Arts de Nantes
Joseph Stany Gauthier parmi les professeurs de l’école des Beaux-Arts de Nantes – © Archives de Nantes

Il est appelé sous les drapeaux lors de la mobilisation générale du 1er août 1914. Il est blessé au début de l’année 1915 et est détaché, le 30 août 1915, à l’inspection des forges de Nantes. Pendant la campagne contre l’Allemagne, il demande à être nommé dessinateur de tranchées. Sa demande est acceptée.

Le conservateur du Château des ducs de Bretagne

La Première Guerre Mondiale terminée, il revient à Nantes où il débute une carrière de conservateur et de « créateur de musées ». En 1919, il entre au comité régional des arts appliqués afin de prendre la direction du projet de musée des arts décoratifs au Château des ducs de Bretagne. Il en est nommé conservateur le 13 mars 1923. En 1927, il reçoit la mission de créer le musée de Nantes par l’image (situé porte Saint-Pierre), puis le musée d’art religieux (situé dans les bâtiments de la Psallette) en 1933. C’est durant cette période qu’il prend le nom d’artiste Stany-Gauthier. Il est de nouveau nommé conservateur du Château des ducs de Bretagne en 1935 et le restera jusqu’à sa mort en 1969. 

Joseph Stany Gauthier, conservateur du Château des ducs de Bretagne
Joseph Stany Gauthier, conservateur du Château des ducs de Bretagne – © Famille Siegfried

En 1953, il devient également conservateur du Musée des Salorges, qu’il installe au Château. Un long et patient travail de recherche et d’importants dons et legs lui permirent d’enrichir considérablement les collections de tous ces musées.

Parallèlement à ces différentes activités, Stany-Gauthier donne jusqu’en 1945 des cours de dessin, puis d’histoire de l’art, à l’école des Beaux-Arts de Nantes ; il est nommé conservateur des antiquités et objets d’art de Loire-Atlantique auprès de la commission départementale des sites ; il est également membre correspondant de la Commission des monuments historiques ; il fait partie de différentes organisations nantaises comme le comité de défense contre la démolition du pont transbordeur (1958) ; et il crée le Syndicat d’initiative, dont il est le secrétaire général jusqu’en 1965 et qu’il marqua de sa haute compétence. Il assure la présidence de la Commission Permanente des Sites et Monuments Naturels, dont l’action visait à préserver les sites du département en butte à maintes menaces.

Caricature de Joseph Stany Gauthier montré comme le « Gotha nantais »
Caricature de Joseph Stany Gauthier montré comme le « Gotha nantais » – © Famille Siegfried

Nantes

Nantes occupe une place prépondérante dans les recherches de Stany-Gauthier. Les dossiers concernent l’histoire et la géographie de la ville, son économie et ses monuments, mais aussi les différents quartiers : les quartiers intra-muros, les rives de la Loire, les quartiers autour des places Graslin et Royale, l’ouest et l’est de l’Erdre et la banlieue ouest de la ville.

Par ailleurs, des documents témoignent de l’investissement de Stany-Gauthier dans des organismes à caractère touristique et patrimonial, comme le Syndicat d’initiative de Nantes et de la région, le Comité des arts appliqués, la Commission de sauvegarde du Vieux Nantes, la Commission de l’embellissement de Nantes, la Société de sauvegarde « Les Amis de Nantes », la section permanente de la Commission des sites, la Conservation des antiquités et objets d’art.

Portrait de Joseph Stany Gauthier
Portrait de Joseph Stany Gauthier – © Famille Siegfried

Stany-Gauthier, « le Breton »

Très vite, dès son arrivée à Nantes, Joseph Stany-Gauthier se passionne pour la Bretagne. Il en parcourt tout au long de sa vie les routes, visitant les monuments, les mégalithes, les hameaux, les habitats. Il en fait ensuite une description, écrite ou dessinée. Outre le patrimoine bâti et les sites remarquables, Stany-Gauthier s’intéresse également à l’histoire, la géographie, les traditions locales, la vie économique et sociale, la vie culturelle et intellectuelle des lieux qu’il traverse. Il prend des notes, découpe des articles de presse, effectue des croquis. Il constitue ainsi des dossiers documentaires d’une grande richesse. On peut aussi bien y trouver un article sur l’archéologie celtique, que des notices sur différentes rivières de Bretagne, une bibliographie sur les fêtes populaires ou la médecine, ou encore de la documentation sur les différents domaines de l’agriculture, comme l’élevage, les cultures ou les instruments de travail. L’habitat rural, ainsi que le patrimoine architectural et religieux, tiennent une place importante dans les recherches de Stany-Gauthier.

L’œuvre laissée est immense et fait toujours référence qui représente une grande richesse d’informations, à la fois sur la ville de Nantes et sur chacune des communes du département. Stany-Gauthier est qualifié d’« amoureux de la Bretagne » par bon nombre de personnes l’ayant côtoyé. Son œuvre artistique et littéraire le confirme. Il a écrit un grand nombre d’ouvrages et d’articles sur la Bretagne, son patrimoine, ses coutumes et son folklore. Il est également un fervent défenseur de l’appartenance de Nantes à la Bretagne. C’est ainsi qu’il organise, en 1960 avec le peintre Michel Noury, une grande manifestation devant la statue de la duchesse Anne, au bout du cours Saint-Pierre.

Joseph Stany Gauthier en Bretagne
Joseph Stany Gauthier en Bretagne – © Famille Siegfried

Il fait partie des huit membres fondateurs qui se sont réunis le 20 mai 1948, à la Maison du Tourisme installée au Château, dans le but de créer « les Bretvins ». Il y occupa les charges de Grand-Sénéchal, Sénéchal, Gardien des Clés, Maître du Logis, de 1951 à 1969, dans le but de favoriser la renommée des vins locaux et les fêtes du terroir qui pourraient aider à la diffusion de ces vins.

Un auteur prolifique

Joseph Stany Gauthier a produit une œuvre importante consacrée surtout à l’archéologie et au folklore. En effet, l’archéologie était une autre de ses passions. Il nous a laissé une multitude de livres et d’études sur les petites églises, chapelles, croix et calvaires de Bretagne, sur l’orfèvrerie religieuse, sur les faïenceries du Pays Nantais et du Croisic, sur le mobilier nantais et vendéen, sur le Château des ducs de Bretagne, sur les monuments de Nantes, sur le folklore du Pays Nantais.

Son œuvre la plus connue, et utilisée comme référence dans de très nombreuses écoles des Beaux-Arts, est son Graphique d’histoire de l’Art, un livre pratique qui éclaire le tableau des phases et évolutions des styles artistiques et graphiques.

Fin de vie

Stany-Gauthier décède à Nantes le 4 juin 1969, à 86 ans, après 51 ans au service de la Ville de Nantes et de la Bretagne, des suites d’un accident de voiture survenu à Vertou quelques mois plus tôt.

Nantes, le Pays Nantais, la Bretagne perdaient un conservateur, un créateur, un collectionneur, un peintre, un écrivain, un conteur talentueux. Il était Chevalier dans l’Ordre National de la Légion d’Honneur en 1939 ainsi qu’Officier de l’Instruction Publique et Commandant de l’Ordre National du Mérite. Il repose au « cimetière marin » du Croisic.

André Siegfried, l’un des petits-fils de Joseph Stany-Gauthier
2024

Anecdote (1/3) : Les rencontres avec le Général de Gaulle

En tant que Conservateur, il accueillit deux fois le Général de Gaulle au Château des ducs de Bretagne, une première fois à la fin de la Guerre, Nantes étant « Ville Compagnon de la Libération », la seconde fois en 1960, pour une visite présidentielle pendant laquelle le Général, à son arrivée dans le Château, lui a dit : « Toujours là Monsieur le Conservateur ! »

Anecdote (2/3) : Serveur du Patrimoine

Stany-Gauthier ayant passé l’âge de partir à la guerre de 1939-1945, a pris de nombreuses photos de la Ville de Nantes pendant cette période, et surtout après les bombardements qui ont pilonné le centre de la ville et le port. Un de ses livres, « Images douloureuses de Nantes détruit », en témoigne. De plus, juste après les bombardements, il a ramassé dans les décombres et entreposé dans le Château des ducs les ferronneries, les beaux balcon…

Anecdote (2/3) : Serveur du Patrimoine

Stany-Gauthier ayant passé l’âge de partir à la guerre de 1939-1945, a pris de nombreuses photos de la Ville de Nantes pendant cette période, et surtout après les bombardements qui ont pilonné le centre de la ville et le port. Un de ses livres, « Images douloureuses de Nantes détruit », en témoigne. De plus, juste après les bombardements, il a ramassé dans les décombres et entreposé dans le Château des ducs les ferronneries, les beaux balcons du 18e siècle et toutes les pierres sculptées qui ornaient les façades des habitations et hôtels particuliers des armateurs nantais, lesquels avaient fait, à leur époque, la fortune du port de Nantes. Et, la guerre finie, Stany-Gauthier a remis tous les balcons et les pierres sculptées aux immobiliers qui ont pu ainsi reconstruire des immeubles avec de belles façades. L’Île Feydeau en est un très bel exemple.

Anecdote (3/3) : L’ami d’André Chauvet

Stany-Gauthier était très ami avec André Chauvet, l’architecte qui a travaillé sur la construction l’usine LU de Nantes et, à sa mort, celui-ci lui a laissé en héritage son extraordinaire maison située sur la Côte Sauvage du Croisic, dite « la Vigie de la Romaine ». Cette maison existe toujours.

Sources

Ressources Archives départementales de Loire-Atlantique

Fonds Joseph Stany-Gauthier, 284 J 1-473

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