Institution Livet

Eugène Livet (1820-1913), éducateur venu d’Anjou, compte parmi les pionniers de l’enseignement technique en France. Il créée à Nantes, alors en plein essor industriel, une institution vouée à former des générations de contremaîtres et de chefs d’ateliers : l’institution Livet.

Institution Livet

Ce contenu a été rédigé par Irène Gillardot, Anaïs Tromeur

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Eugène Livet achète en 1846 le droit au bail de la pension Notre-Dame, une petite école libre située à l’angle du quai de la Fosse et de la rue Neuve-des-Capucins. La pension compte alors 66 élèves, répartis en trois classes (cours élémentaire, moyen et supérieur). En 1848, il loue un nouveau local au 13 rue de la Verrerie et développe un programme d’études techniques.

Buste d’Eugène Livet
Buste d’Eugène Livet – © Archives du lycée Livet, Nantes

Fort de son succès, l’établissement devenant trop petit (240 élèves en 1860), Eugène Livet cherche à s’agrandir. Le professeur de dessin Auguste Blondel fait la proposition à Eugène Livet de lui vendre une ses propriétés situées entre la rue Sainte-Marie (actuelle rue Désiré-Colombe) et la rue des Coulées (actuelle rue Arsène-Leloup). Le 15 février 1862, 15 ans après la première pension Notre-Dame, Eugène Livet fait l’acquisition de cette propriété pour la somme de 78 000 francs. Il contracte un premier emprunt de 100 000 francs pour l’achat du terrain et la construction du bâtiment.

Les premiers bâtiments

Les travaux d’aménagement du terrain rue Sainte-Marie commencent dès 1863, avec le nivellement de la partie basse de la rue qui fait l’objet d’un nouvel alignement.

En 1864, l’architecte Marie Charles Joseph Accard réalise un bâtiment de 3 étages en fond de parcelle, avec deux ailes en rez-de-chaussée en retour perpendiculaires à la rue Sainte-Marie. La disposition des ateliers et du bâtiment principal dessine ainsi une cour, divisée en trois parties par des arbres et des parterres fleuris. La première est réservée aux élèves du cours élémentaire, la seconde à ceux du cours moyen et la troisième aux élèves du cours supérieur.

Gravure et plan des classes de l'Institution Notre-Dame
Gravure et plan des classes de l’Institution Notre-Dame – © Archives du lycée Livet, Nantes

Au rez-de-chaussée du bâtiment central, trois larges vestibules et préaux à portique donnent sur les cours intérieures. Les étages sont destinés aux classes, salles d’étude, salles de musique et de dessin ainsi qu’aux collections industrielles et aux travaux d’élèves. L’aménagement des ateliers s’achève en 1865.

Les agrandissements successifs

En 1867, Eugène Livet poursuit ses investissements, contractant de nombreux emprunts pour acheter une parcelle attenante, à l’angle de la rue des Coulées et de la rue Sainte-Marie. Une première extension du bâtiment central y est réalisée, puis des bâtiments annexes, ainsi qu’un gymnase en bois. Mais dès 1869, les ateliers de menuiserie et de mécanique sont trop exigus. L’un d’eux est donc installé dans le vaste gymnase en bois construit rue des Coulées et le local devenu vacant est transformé en fonderie.

Le nombre d’élèves ne cessant de croître, une nouvelle construction est envisagée en 1877, avec l’appui de l’ancien maire Antoine Dufour. Ce bâtiment est construit le long de la rue Sainte-Marie pour le logement du directeur, de l’économe et les services de l’internat composé de sept dortoirs, quatre réfectoires, des cuisines et de leurs annexes.
Certains ateliers y sont également installés : celui de mécanique en rez-de-chaussée, celui de menuiserie et le laboratoire de chimie au 1er étage, alors que salles de manipulation, ateliers divers et gymnase sont aménagés rue des Coulées.

Institution Livet
Institution Livet – © Archives du lycée Livet, Nantes

Ces évolutions révèlent le succès de l’établissement, mais il faut sans cesse trouver des fonds, afin d’agrandir et de répondre aux besoins d’un enseignement technique en constante évolution. En 1892, la dette d’Eugène Livet est de plus de 300 000 francs.

De l’institution Livet à L’École Nationale Professionnelle

En parallèle, l’État souhaite établir une École Nationale Professionnelle dans la région ouest. Une loi parue le 7 avril 1898 autorise l’État et la Ville à acheter l’institution Livet, qui devient officiellement, le 1er juillet 1898 la quatrième École Nationale Professionnelle de France. L’établissement compte alors plus de 500 élèves et sa direction est désormais assurée par Émile Corre, successeur d’Eugène Livet.

Promotion 1909-1910 de L’École Nationale Professionnelle
Promotion 1909-1910 de L’École Nationale Professionnelle – © Archives du lycée Livet, Nantes

Après son achat par l’État, l’École Nationale Supérieure portera le nom de « Livet » et continuera son activité rue Sainte-Marie pendant 12 ans. En 1910, l’établissement déménage dans les locaux du Grand Séminaire, rue Dufour à Nantes.

Le déménagement rue Dufour

En 1911, les bâtiments de l’institution Livet sont partiellement détruits. Les bâtiments subsistants sont transformés et intégrés à la nouvelle Bourse du Travail. Aujourd’hui, il ne subsiste que l’aile construite en 1877, le long de la rue Désiré-Colombe (anciennement rue Sainte-Marie) et qui abrite une partie des locaux du pôle associatif.

Une mémoire vivante

A l’occasion du projet d’aménagement Désiré-Colombe, la mémoire de l’institution Livet a été valorisée : le passage menant au square public a été rebaptisé passage Livet, la plaque commémorative existante a été reposée sur le bâtiment. Enfin, le buste d’Eugène Livet appartenant au lycée est désormais présenté dans le hall du passage Livet.

Irène Gillardot, Anaïs Tromeur
Direction du Patrimoine et de l’Archéologie, Ville de Nantes / Nantes métropole
2019

Anecdote (1/2) : La clé d’Ex, une tradition venue des Arts et Métiers

Tradition héritée des chefs d’œuvre du compagnonnage, la clé d’Ex a vu le jour dans les écoles des Arts et Métiers à la fin du 19e siècle. Elle a par la suite été reprise par les élèves des Écoles Nationales Professionnelles (ENP), qui préparaient les concours d’entrée de ces établissements de prestige. Façonné en bois dans les ateliers de l’école ou par une entreprise extérieure, cet objet symbolisait la maîtrise des techniques étudiées et …

Marianne Hamon, Noémie Boulay

Anecdote (1/2) : La clé d’Ex, une tradition venue des Arts et Métiers

Tradition héritée des chefs d’œuvre du compagnonnage, la clé d’Ex a vu le jour dans les écoles des Arts et Métiers à la fin du 19e siècle. Elle a par la suite été reprise par les élèves des Écoles Nationales Professionnelles (ENP), qui préparaient les concours d’entrée de ces établissements de prestige. Façonné en bois dans les ateliers de l’école ou par une entreprise extérieure, cet objet symbolisait la maîtrise des techniques étudiées et l’entrée dans la vie active d’une promotion arrivée au terme de son cursus scolaire. Elle matérialisait aussi la fraternité qui unissait les membres du groupe. En principe, la taille de la clé était chaque année de plus en plus longue : sa longueur dépassait le mètre d’un nombre de centimètres égal à l’année de sortie de la promotion, soit 1,27 mètres pour la promotion de 1927 par exemple. Les clés étaient ornées du numéro de la promotion, ainsi que des outils symbolisant l’ENP Livet : masse du mécanicien, marteau du menuisier et compas, l’outil de précision également symbole d’ouverture d’esprit. Contrairement à certaines écoles des Arts et Métiers, cette tradition ne perdure plus de nos jours au lycée Livet. L’établissement possède encore l’une de ces clés, datant de 1917 si l’on se fie à sa longueur. D’autres clés de l’ENP Livet sont conservées aux Arts et métiers d’Angers.

Marianne Hamon, Noémie Boulay

Source : Source : Site internet Livet-Histoire

Anecdote (2/2) : La DKL

La Décale (ou DKL) signifie littéralement « Ôter les cales de quelque chose ». C’est à l’École Nationale Professionnelle (ENP) Livet un moment festif marquant la fin des années d’études, qui va de pair avec la liberté accompagnant l’entrée dans la vie active. Cette tradition perdure encore dans certaines Écoles d’Arts et Métiers au sein desquelles elle a été créée, et dont les élèves des ENP préparaient le concours d’entrée. Durant la Décale…

Marianne Hamon, Noémie Boulay

Anecdote (2/2) : La DKL

La Décale (ou DKL) signifie littéralement « Ôter les cales de quelque chose ». C’est à l’École Nationale Professionnelle (ENP) Livet un moment festif marquant la fin des années d’études, qui va de pair avec la liberté accompagnant l’entrée dans la vie active. Cette tradition perdure encore dans certaines Écoles d’Arts et Métiers au sein desquelles elle a été créée, et dont les élèves des ENP préparaient le concours d’entrée. Durant la Décale, des chants sont entonnés par les élèves dans l’enceinte du lycée et lors d’un défilé dans les rues de Nantes. Leurs paroles affirment l’esprit de camaraderie et célèbrent la fin des contraintes scolaires : « De bon matin, levés avant l’aurore Nous nous rangeons avec des cris joyeux Pour nous la joie, le bonheur vont éclore En te quittant bahut séditieux Les quatre murs, pour nous, prison austère Se passeront de nous pour quelques temps En regardant l’astre qui nous éclaire Nous serons loin, nous serons loin dans des pays charmants. » […] « Et quand enfin, tu seras la dernière Chère DKL, nous te fêterons Dans un banquet où la promo’s entière T’acclamera et boira en ton nom. Plus que jamais les Nant’z’Arts seront frères Et oubliant leurs plus tristes pensées Proclameront leur devise si chère Fraternité, fraternité, il faut tout oublier. »

Marianne Hamon, Noémie Boulay

Source : Source : Site internet Livet-Histoire

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Sources

Briantais Claude, « Lycée Livet : des carnets d’atelier aux extensions numériques », Place publique, n°24, novembre-décembre 2010, p. 80-85

Briantais Claude, Poussin, Françoise, Eugène Livet, un éducateur venu d’Anjou, Setig impr., Angers, 2013

Livet Eugène, L’Institution Livet et l’Enseignement dans la seconde moitié du 19e siècle – Histoire de cet établissement – Naissance de l’Enseignement technique en France, Mellinet impr., Nantes, 1905

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