Église Saint-Luc

Au coeur du quartier du Breil, l'église Saint-Luc passe aujourd'hui inaperçue. L'édifice, œuvre d'un grand architecte français Pierre Pinsard, n'est pas immédiatement identifiable comme lieu de culte. Pourtant cette église d'apparence modeste témoigne du renouveau de l'architecture religieuse des années 1960.

Église Saint-Luc

Ce contenu a été rédigé par Irène Gillardot

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En 1963, alors qu’on aménage la ZUP (Zone d’Urbanisation Prioritaire) de Saint-Herblain et le nouveau quartier de Breil-Malville, l’association diocésaine de Nantes installe une chapelle provisoire de 500 places dans un baraquement en bois, le long du boulevard Pierre de Coubertin à l’emplacement de la pharmacie actuelle. 

Le projet d’un édifice pérenne voit le jour en 1964, à un moment où la liturgie évolue.

Plan cadastral parcellaire de Nantes, Section LZ
Plan cadastral parcellaire de Nantes, Section LZ – © Archives de Nantes

« L’Eglise, maison du peuple »

Après le concile de Vatican II, la liturgie catholique change de cap, privilégiant la participation des fidèles à la vie chrétienne. Le Centre national de la pastorale liturgique relayé par le Comité national d’art sacré édite en 1965 un livret intitulé L’Église, maison du peuple où sont développés les nouveaux principes de construction des lieux de culte. Les signes traditionnels de l’architecture sacrée (clocher, voûte, porche) disparaissent.

A Nantes, la nouvelle église du quartier de Breil-Malville va suivre ces nouveaux principes. 

Église Saint-Luc vue depuis la rue Jules-Noël
Église Saint-Luc vue depuis la rue Jules-Noël – © Direction du Patrimoine et de l’Archéologie, Ville de Nantes / Nantes Métropole

Une oeuvre conçue par Pierre Pinsard

Pour ce projet, le diocèse fait appel à l’architecte Pierre Pinsard (1906-1988).
Pierre Pinsard peintre, décorateur et architecte est l’auteur d’importantes réalisations à caractère religieux : le couvent des Dominicains à Lille (1953-1955), le carmel d’Amiens (1959-1960), la basilique Saint-Pie-X à Lourdes (1958-1966). Pierre Pinsard pour la réalisation de ce projet est assisté par son collaborateur Hugo Vollmar et par l’ingénieur Jean Prouvé, l’un des pionniers de l’architecture industrialisée qui a été sollicité pour concevoir le système des cloisons escamotables.

Une église à l’architecture pionnière

L’architecte établit le programme de construction avec l’abbé Jean Vincent, futur curé de la paroisse. Le projet reçoit le soutien de l’abbé Michel Brion, secrétaire de l’Evêché qui défend les idées nouvelles de Vatican II. Du point de vue social, cette église est une véritable innovation. Elle s’ouvre à la vie profane et ses locaux doivent pouvoir servir à d’autres usages que le culte. Sur le plan architectural, c’est un projet audacieux, un édifice très épuré, minimaliste qui répond au souhait de simplicité et de renouveau de l’Église catholique.  
La maison du peuple Chrétien est inaugurée le 23 juillet 1967 et bénie par Monseigneur Vial le 29 octobre 1967.

Un espace modulable et polyvalent

Très sobre et discret à l’extérieur, le bâtiment se présente sous la forme d’un parallélépipède rectangle d’une surface de 850 m2. 

Son originalité réside dans l’agencement de la grande salle du rez-de-chaussée entièrement modulable. Le dispositif qui permet de moduler les différents espaces selon les usages, est constitué d’un ensemble de cloisons escamotables qui coulissent verticalement .

Quand elles sont descendues en glissant le long des poteaux pour disparaître dans le sous-sol, la grande nef, avec ses 758 places et le chœur, ne font qu’un.

Église Saint-Luc, vue de la grande salle polyvalente
Église Saint-Luc, vue de la grande salle polyvalente – © coll. Pinsard, SIAF / Cité de l’architecture et du patrimoine / Archives d’architecture du XXe siècle

Mais lorsque les cloisons latérales sont relevées, seule la chapelle de semaine de 50 places est accessible. Enfin, grâce aux cloisons mobiles, l’autel et les fonts baptismaux peuvent être cachés et isolés du reste de la salle qui devient alors salle de réunion pour les laïcs. Le bâtiment est notamment investi par le centre social.

Église Saint-Luc, vue de l'autel et du choeur
Église Saint-Luc, vue de l’autel et du choeur – © coll. Pinsard, SIAF / Cité de l’architecture et du patrimoine / Archives d’architecture du XXe siècle
Église Saint-Luc, vue de la chapelle de semaine
Église Saint-Luc, vue de la chapelle de semaine – © coll. Pinsard, SIAF / Cité de l’architecture et du patrimoine / Archives d’architecture du XXe siècle

A partir du milieu des années 1970, la vocation polyvalente s’étiole avec la construction d’équipements publics. Le sous-sol qui devait accueillir des associations et des commerces reste inoccupé. Pour mieux identifier le lieu de culte, le nom de saint-Luc est donné et une croix est apposée sur la façade. peu à peu l’appellation de Maison du Peuple disparaît au profit de l’église Saint-Luc.

Église Saint-Luc
Église Saint-Luc – © Direction du Patrimoine et de l’Archéologie, Ville de Nantes / Nantes Métropole

Un édifice labellisé « Architecture contemporaine remarquable »

Témoin remarquable de l’évolution de l’architecture religieuse au moment du concile Vatican II, l’église Saint-Luc a reçu le label « Architecture contemporaine remarquable » en 2014.

Irène Gillardot
Direction du patrimoine et de l’archéologie, Ville de Nantes / Nantes Métropole
2018

Témoignage (1/2) : Un lieu simple et juste, sans rien de trop

"A cette époque lorsqu'on parlait d'église, on pensait le Corbusier, au béton, à la sculpture, à un langage plastique très mode. Mais la Maison du Peuple chrétien, c'est un tout autre état d'esprit, quelque chose d'extrêmement pur et simple, juste et sans rien de trop. L'idée était de pouvoir susciter une émotion mais d'une autre manière qu'avec un langage imagé (…)."

Source : Propos de Hugo Vollmar recueillis par Pierre Lebrun. 2000

Témoignage (2/2) : Un projet osé pour l'époque

"Le principe des cloisons escamotables dans le sol était très simple mais également très osé (…). Les murs en façade ont été réalisés avec des panneaux en aluminium. C'était aussi très osé car très fragile. Mais l'ensemble était très élégant, très minimaliste aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur. C'est le programme qui nous a poussés à concevoir l'édifice dans cet esprit".

Source : Propos de Hugo Vollmar recueillis par Pierre Lebrun. 2000

Anecdote : Saint-Luc chante Ma Liberté

A la fin des années 1960 et au cours des années 1970, l’église Saint-Luc est le théâtre de l’esprit contestataire de l’époque. Ainsi, en 1968, Georges Moustaki se produit dans la grande salle pendant la grève des Batignolles.

Source : Irène Gillardot, 2018

Sources

Lebrun Pierre,  « Jean Prouvé et les cloisons mobiles de l’église Saint-Luc de Nantes », Bulletin des Amis de Jean Prouvé, n°7, octobre 1998

Lebrun Pierre, « La Maison du Peuple Chrétien (église Saint-Luc) à Nantes, Pierre Pinsard et Hugo  Vollmar architectes, Jean Prouvé concepteur des parois escamotables (1963-1968)», dans Le temps des églises mobiles : l’architecture religieuse des Trente Glorieuses, Infolio éd., Gollion (CH), 2011, p. 199-216

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