École Léon Blum

Le 17 juin 1870, la municipalité Dufour délibère en faveur de la création d'une école communale rue du Port-Communeau dans ce quartier du centre-ville. Également connu sous le nom d'école de la rue du Marais ou de la rue du Muséum, le futur établissement trouve sa place sur un terrain anciennement occupé par le muséum d'histoire naturelle.

École Léon Blum

Ce contenu a été rédigé par Irène Gillardot

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Une ou deux écoles ?

À l’origine, le site devait accueillir deux écoles : celle des filles dont l’entrée se ferait par la rue Saint-Léonard, et celle des garçons accessible, côté Erdre, depuis le quai du Marais. Mais du fait de l’exiguïté de la parcelle et de l’impossibilité d’acquérir de nouveaux terrains, il est finalement proposé en 1871 de ne construire qu’une école de filles à quatre classes.

Plan initial des écoles de filles et de garçons, Port-Communeau
Plan initial des écoles de filles et de garçons, Port-Communeau – © Archives de Nantes

Le projet tarde à sortir de terre, car il faut attendre le déménagement du muséum dans son nouveau palais en 1875 puis la démolition de l’ancien hôtel, pour entreprendre les travaux de l’école. Le chantier débute en avril 1876. L’école ouvre le 1er septembre 1877 : on y accueille notamment les élèves de l’ancienne école de la rue du Trépied devenue vétuste.

Plan masse de l’école du Marais extrait de l’atlas de l’Exposition universelle de Paris
Plan masse de l’école du Marais extrait de l’atlas de l’Exposition universelle de Paris – © Archives de Nantes

À l’image des autres écoles de même génération présentées dans l’atlas de l’Exposition universelle de Paris, l’école communale de Port-Communeau reprend le modèle des écoles républicaines. La façade donnant sur le quai de l’Erdre (actuel cours des 50 Otages) est traitée avec monumentalité.

Élévation de la façade principale de l’École du Marais, quai du Marais
Élévation de la façade principale de l’École du Marais, quai du Marais – © Archives de Nantes

Sur trois niveaux, elle présente une porte d’entrée centrale, surmontée d’un imposte ouvragé et des armes sculptées de la Ville ainsi que de l’inscription « École communale de jeunes filles » courant sur trois travées. Côté rue Saint-Léonard, l’entrée se veut plus discrète mais elle se distingue par l’inscription « École communale de jeunes filles », et à l’étage par un fronton aux armes de la Ville.

S’agrandir malgré le manque d’espace

Dans la décennie suivante, devant l’afflux d’élèves, la Ville ouvre une cinquième classe provisoirement hébergée dans une annexe. En 1888, elle procède à des travaux de surélévation du bâtiment principal pour l’accueil de la cinquième classe et à la construction d’un ouvroir.

Ancien ouvroir de l’école Léon Blum
Ancien ouvroir de l’école Léon Blum – © Direction du Patrimoine et de l’Archéologie, Ville de Nantes / Nantes Métropole

En 1909, devis est fait pour l’aménagement d’une cuisine pour la cantine scolaire. En 1919, la commune fait l’acquisition d’un immeuble au 7 rue du Port-Communeau, permettant l’agrandissement de l’école, avec le projet d’un réfectoire et d’une nouvelle conciergerie. De nouveaux aménagements sont effectués entre 1926 et 1929. À cette date, l’école comprend onze classes.

En 1986, la Ville engage un important programme de restructuration dans un bâtiment qui n’avait que peu changé depuis l’entre-deux-guerres. Tout le rez-de-chaussée et le premier étage sont repris et agrandis d’une nouvelle extension comprenant des salles d’activités et une salle polyvalente.

Extension récente de l’école Léon Blum
Extension récente de l’école Léon Blum – © Direction du Patrimoine et de l’Archéologie, Ville de Nantes / Nantes Métropole

Le nouveau bâtiment qui les accueille développe sur la cour, une composition de façade qui tout en utilisant un vocabulaire architectural et des matériaux contemporains, s’inspire du classicisme.

Le restaurant scolaire qui était encore dans les murs de l’école, est transféré rue Armand-Brossard, dans un immeuble situé à quelques dizaines de mètres de l’établissement.

Une rue, une école : un même nom

Depuis 1877, l’école a changé plusieurs fois de nom, au gré des dénominations des rues avoisinantes : elle fut baptisée école du Marais, école du Muséum, du quai d’Erdre, du Port-Communeau. En 1951, la rue du Port-Communeau devient la rue Léon-Blum, en hommage à l’homme politique, figure majeure du socialisme et du Front populaire, décédé quelques mois plus tôt. Comme auparavant, l’école prend le nom de la rue qui l’accueille.

Entrée rue Léon Blum de l’école Léon Blum
Entrée rue Léon Blum de l’école Léon Blum – © Direction du Patrimoine et de l’Archéologie, Ville de Nantes / Nantes Métropole

En 2006, la Ville de Nantes fait apposer une plaque commémorative sur le mur de l’école, en hommage à Jean Rigollet, maçon de 24 ans tué le 19 août 1955, cours des 50 Otages, lors d’une manifestation ouvrière qui intervient après plusieurs mois de conflit au sein des chantiers navals, à Nantes et Saint-Nazaire. L’école la plus proche du drame, – les faits se sont déroulés à une dizaine de mètres –, devient le lieu de commémoration et symboliquement de transmission de la mémoire collective.

Irène Gillardot
Direction du patrimoine et de l’archéologie, Ville de Nantes/Nantes Métropole
2022

Témoignage : Du muséum à l’école de jeunes filles : la cage aux oiseaux

Cet extrait d’un article du chanoine Durville évoque le changement de destination de ce terrain communal de Port-Communeau qui abrita successivement le muséum d’histoire naturelle puis l’école de filles. Cette évocation comparée se veut quelque peu bucolique et humoristique. L’auteur y file la métaphore, assimilant les jeunes filles à des oiseaux ou de petits animaux bruyants ! : « Quand un arbre d’un jardin a besoin d’être remplacé, on le r…

Témoignage : Du muséum à l’école de jeunes filles : la cage aux oiseaux

Cet extrait d’un article du chanoine Durville évoque le changement de destination de ce terrain communal de Port-Communeau qui abrita successivement le muséum d’histoire naturelle puis l’école de filles. Cette évocation comparée se veut quelque peu bucolique et humoristique. L’auteur y file la métaphore, assimilant les jeunes filles à des oiseaux ou de petits animaux bruyants ! : « Quand un arbre d’un jardin a besoin d’être remplacé, on le remplace par un autre d’une essence différente. Le premier ayant appauvri le sol des sucs nécessaires à son alimentation, il y a tout avantage à mettre à sa place une essence qui n’ait pas besoin de ces sucs qui lui manqueraient. Les administrations, dans l’emploi qu’elles font des terrains qu’elles possèdent depuis des siècles, suivent parfois cette loi de la nature, peut-être sans s’en douter. À la place de l’ancien Muséum, on voit aujourd’hui une école de filles : l’école de filles de la rue du Port-Communeau.[…] Ainsi, cet endroit, après avoir été le mausolée des natures mortes, est devenu la cage de natures vivantes ; parfois peut-être un peu trop. Au fond de leurs vitrines, les anciens habitués de la maison continuaient leur repos et leur silence désormais éternels ; mais ses nouveaux habitants, étant donnés leur âge et leur sexe, ne sont point être à imiter leurs prédécesseurs, sous ce double rapport. Depuis que l’école est ouverte, qui sait si l’on n’y a pas déjà plus gazouillé, crié, rugi, reproduit des cris variés de tous les êtres de la création, que ne l’ont fait, lorsqu’ils étaient en vie et en voix, tant d’animaux réduits au silence, après avoir égayé les campagnes de leurs notes joyeuses, ou troublé de leurs longs cris effrayants la solitude des forêts ou des montagnes et celle des déserts ? » Chanoine Durville Extrait de « Études sur le vieux Nantes », Bulletin de la Société Archéologique et historique de Nantes et de Loire-Atlantique, n°41, 1900