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Decré
En 1867 Jules Decré, originaire de Jublains en Mayenne, ouvre un magasin à l’angle de la Basse Grande Rue (actuelle rue de la Marne) et de la rue du Moulin. Quatre générations successives assurent la mutation du petit bazar en grand magasin.
Ce contenu a été rédigé par André Péron
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Dans l’entre-deux-guerres, le rayonnement de « Decré Frères » s’étend du Finistère à la Vendée. Émile, petit-fils du fondateur, lance le service Alimentation et la société qui donnera naissance à l’entreprise Frigécrème. Quand, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, il crée le Gagmi (Groupement d’achat des grands magasins indépendants), il est loin d’imaginer que celui-ci va devenir, dans les années 1960, une pépinière de créateurs de supermarchés qui feront concurrence aux grands magasins de centre-ville.
En 1967, il est lui-même à l’origine de la création du premier hypermarché de l’agglomération : le Record de Saint-Herblain. Il mène une politique sociale teintée de paternalisme et préside le Centre français du patronat chrétien de 1957 à 1965.

Le grand magasin, par son magnétisme propre, recompose autour de lui l’espace urbain et donne naissance, entre le Bouffay et l’Hôtel de ville, au « quartier Decré ». Son aura doit beaucoup au bâtiment édifié en 1931 par l’architecte Henri Sauvage, achevé en 97 jours et présenté comme « le magasin le plus moderne d’Europe » ! La façade-rideau offre une transparence maximale et est établie en porte-à-faux au-dessus du rez-de-chaussée. Le grand hall central à éclairage zénithal et le pan coupé monumental à l’intersection des rues de la Marne et du Moulin font également forte impression. «C’est une grande cage de verre dont les joints n’apparaissent plus. La machine est d’ailleurs transparente, de jour comme de nuit », écrit en 1932, dans La construction moderne, Emmanuel de Thubert, critique d’architecture, qui ajoute que le bâtiment « brille sur la ville comme le fait à Paris celui de Citroën ». Salle de cinéma, animations pour enfants, restaurant terrasse, salons de coiffure… renforcent l’attractivité du magasin.

Celui-ci est détruit par les bombardements de 1943. En 1948 il est reconstruit en béton autour d’une structure centrale en acier par les architectes Charles Friésé, Louis-Marie Charpentier et Victoire Durand-Gasselin.

Au-dessus de l’auvent arrondi abritant l’entrée à l’angle des deux rues, un vaste pan vitré courbe laisse voir une mezzanine en contre-courbe dont les trois niveaux sont repris, sur chaque façade, par des ouvertures en bandeaux, tandis que les vitrines du rez-de-chaussée sont coiffées d’une casquette.

Les magasins Decré connaissent le sort de ces entreprises familiales nantaises absorbées par des groupes nationaux dans la seconde moitié du 20e siècle. Ils passent, en 1979, sous la coupe des Nouvelles Galeries, elles-mêmes rachetées, en 1991, par les Galeries Lafayette. Mais de nombreux Nantais continuent à se rendre « chez Decré », à emprunter « la rue Decré » et à arpenter « le quartier Decré ».
André Péron
Extrait du Dictionnaire de Nantes
2013
(droits d’auteurs réservés)
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Sources
Bovar André, Émile Decré : un grand commerçant chrétien, Siloë, Laval, 1997
Centenaire Decré : 1967, une grande année, Éd. Studio CEMI, 1967
Decré Jean-Philippe, Nantes : Decré, CMD, Montreuil-Bellay, 1998 (coll. Mémoire d’une ville)
« Decré : l’histoire d’un grand magasin nantais », ArMen, n°57, février 1994, p. 16-28
Sauvage Henri, « Les grands magasins Decré à Nantes », La Construction Moderne, n°17, 24 janvier 1932, p. 262-274