Colonie de vacances d’Aulon

À la sortie de la Seconde Guerre mondiale, Raoul Boutet, prêtre de la paroisse de la Madeleine, crée une colonie de vacances dans les Pyrénées afin d'emmener les enfants du quartier des Ponts à la montagne. Implantée en vallée d'Aure, cette colonie se développe sur cinq villages. Elle accueille près de 1 000 jeunes Nantais de 7 à 17 ans chaque été à la fin des années 1970. Elle organise également des séjours tout au long de l'année : classes vertes, classes de neige, ski, séjours pour les enfants plus fragiles et les seniors, etc.

Colonie de vacances d’Aulon

Ce contenu a été rédigé par Nathalie Barré, Frédéric Fourrier

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Le Centre de Vacances d’Aulon

Le 25 juillet 1945, 130 garçons et filles arrivent dans le village d’Aulon, à moitié vidé de ses habitants, pour six semaines de colonie. Installés de façon rustique dans les maisons et les granges abandonnées et réaménagées pour les accueillir, ils découvrent non seulement un cadre montagnard merveilleux mais aussi une ambiance pédagogique forte et dynamique.

Photographie souvenir d’une excursion au sommet du pic de Montfaucon
Photographie souvenir d’une excursion au sommet du pic de Montfaucon – © Fonds privés des quartiers, Archives de Nantes

La pratique de la montagne (camp, ascensions) devient d’ores-et-déjà le piller éducatif souhaité par Raoul Boutet et défini dans sa Loi de la Montagne. Pendant 70 années, les préceptes « Effort, Équipe et Beauté » servent de fil conducteur à la colonie.

La Loi de la Montagne de Raoul Boutet
Le MONTAGNARD est
Comme le SAPIN, droit et franc
Comme la NEIGE, pur et lumineux
Comme la SOURCE, limpide et serviable
Comme le ROC, dur pour lui, solide pour les autres
Comme le SENTIER, obéissant et débrouillard
Le MONTAGNARD veut devenir un GUIDE
Qui connaît, aime et domine sa Montagne,
Qui regarde les difficultés en face, sait attendre et recommencer,
Qui inspire confiance et unit dans le « NOUS » de la Cordée.
Le MONTAGNARD, dans sa faiblesse, demande force à NOTRE-DAME.
Le MONTAGNARD est attentif au SILENCE et à la VOIX DE DIEU.

En 1946, la colonie compte déjà 250 colons. Les filles sont accueillies à Gouaux, un autre village de la vallée d’Aure. En 1947, les plus grandes d’entre elles montent au village de Lançon, à proximité de la vallée du Louron. Mieux structurée, l’association Centre de Vacances d’Aulon établit son siège dans les locaux de la paroisse de la Madeleine, au 10 rue La-Tour-d’Auvergne.

Carte de la vallée d'Aure publiée dans le catalogue de présentation de la colonie
Carte de la vallée d’Aure publiée dans le catalogue de présentation de la colonie – © Fonds privés des quartiers, Archives de Nantes

Le développement d’une colonie à succès

En 1948, l’intendance générale de la colonie (dénommée Le Nid d’Aure) est installée à Guchen, au cœur de la vallée, pour mieux organiser le ravitaillement. Cette petite commune devient une véritable plaque tournante pour cette colonie aux cinq villages : en 1951, le centre de vacances dédié aux plus jeunes garçons est installé dans le village d’Ousten, à moins de 2 kilomètres de Guchen. L’augmentation continuelle des effectifs nécessite d’adapter chaque année des locaux dans les différents villages de la vallée : acquisition de baraquements, de terrains et construction de nouveaux bâtiments.

Baraquements de la colonie de Gouaux
Baraquements de la colonie de Gouaux – © Fonds privés des quartiers, Archives de Nantes

En 1957, les colons sont déjà très nombreux. Pour les accompagner en montagne, une équipe technique, le CAIRN, est créée par un groupe d’anciens bénévoles. L’objectif est de faire découvrir et aimer la montagne aux enfants dans la sécurité et un bon esprit de Cordée.

Chaque année, la colonie bénéficie de nombreux soutiens, financiers et logistiques, de la part de commerçants et artisans nantais, et plus particulièrement ceux du quartier. Ainsi, dans les années 1960, le transporteur Jean Ripoche, établi rue La-Tour-d’Auvergne, assure le transport du matériel de la colonie, tandis que La Grande pharmacie de la Madeleine, place de la République, fournit les produits pharmaceutiques.

En 1961, le Camp Rhodos est lancé à la demande des colons les plus passionnés par la montagne. Il accueille des adolescents jusqu’à l’âge de 17 ans.

En 1963, l’affluence des colons exige la création de deux séjours d’été de cinq semaines. La destination des Pyrénées devient un lieu de vacances pour de nombreux Nantais ayant découvert la région enfants, au cours de leur séjour à la colonie d’Aulon.

En 1965, le Centre de Vacances d’Aulon (CVA) marque son 20e anniversaire par la construction de nouveaux chalets à Aulon et à Lançon.

En 1968, le CVA se voit confier la propriété de la Fondation Rolland de Guchen. Elle devient le centre « Joie des Cimes », à caractère sanitaire et social, qui compte deux locaux : la villa des Marguerites et le Nid Joyeux. Outre l’accueil d’enfants (filles et garçons) plus chétifs ou convalescents, Guchen, les nouveaux chalets d’Aulon et Lançon s’adaptent à un fonctionnement permanent (stages, classes vertes, classes de neige, accueil de groupes, comités d’entreprises, etc.). Au plus fort de son action, le Centre de Vacances d’Aulon a une douzaine de salariés à l’année.

Sur une demande du ministère Jeunesse et Sport, les filles de Lançon se rendent à Ousten tandis que les petits garçons les remplacent à Lançon, plus adapté à leur catégorie d’âge.

En 1978, le CVA construit une maison de retraite, Les Logis d’Aure, sur l’un de ses terrains.

Photographie souvenir de colonie
Photographie souvenir de colonie – © Fonds privés des quartiers, Archives de Nantes

Hommages au Père Raoul Boutet

Victime d’un accident de la route, le Père Raoul Boutet décède le 4 juin 1978. 2 000 personnes sont présentes à ses obsèques. Depuis 1957, il était curé de la paroisse Saint-François d’Assise (quartiers nord de Nantes) ou il laisse le souvenir d’un homme de dévouement, de dynamisme et d’action. Très proche des gens, il est toujours parvenu à trouver un équilibre entre ses responsabilités paroissiales et ses engagements pyrénéens. Sur sa sépulture située au cimetière du Pont-du-Cens, un historique du CVA et sa Loi de la Montagne ont été apposés. Le 5 octobre 1987, la rue Saint-Joseph devient la rue Abbé-Boutet, en hommage à un homme « très estimé par les habitants de ce quartier et bien connu pour ses réalisations de centres de vacances. ».

La reprise de la colonie

En 1981, le Centre de Vacances d’Aulon connait de grandes difficultés financières. Il cesse partiellement ses activités et dépose son bilan.

En 1983, l’association Accueil et Loisirs Pyrénéens (ALP) de Guchen rachète l’ensemble des biens du CVA et diversifie les séjours de jeunes enfants et adolescents, avec en priorité les jeunes du Centre de Montagne Nantes Vallée d’Aure (CMNVA).

Pendant 35 ans, le CMNVA poursuit chaque été l’action éducative du Centre de Vacances d’Aulon dans un Pyrénéisme de bon niveau (camps, ascensions) et dans le climat de la Loi de la Montagne dictée par son fondateur avec un vrai savoir-faire éducatif et montagnard. Les 50, 60 et 70e anniversaires de la colonie sont fêtés à Nantes et dans les Pyrénées. En 2007, l’équipe du CAIRN organise ses 50 ans à Guchen et Aulon.

La fin de la colonie d’Aulon

En 2015, une avalanche soufflante abime le chalet d’Aulon qui est rasé. Depuis, la colonie de vacances n’existe plus mais le village d’Aulon n’oublie pas le rôle qu’elle a joué en procurant du travail à ses habitants et en développant le tourisme dans toute la Vallée d’Aure.

La dévolution des derniers biens du Centre de Vacances d’Aulon, transférés pour une part à l’Union Nationale des Centres Sportifs de plein Air (UCPA) et d’autre part à l’Association Nationale d’Animation et d’Éducation (ANAE), est un prolongement de cette intuition auprès de personnes fragiles ou en situation de handicap.

Les jeunes qui ont séjourné au CVA, à l’ALP et au CMNVA (entre 50 et 60 000) ont appris à grandir à Aulon et dans tous les autres villages selon la devise « Un esprit sain dans un corps sain » (Mens sana in corpore sano).

Photographie souvenir des colons à Lourdes – © Fonds privés des quartiers, Archives de Nantes

Nathalie Barré ; Frédéric Fourrier
Archives de Nantes ; Centre de Montagne Nantes Vallée d’Aure
2022 (mis à jour en 2026 par Frédéric Fourrier)

Témoignage (1/5) : « Quand on a vu les montagnes, c’était magique ! »

En 1945, je suis partie en colonie avec l'abbé Boutet. Il disait que les enfants étaient fatigués et qu’ils n’avaient pas beaucoup à manger. On était nombreux à partir. Je ne sais pas si c'était une colonie réservée pour la paroisse Sainte-Madeleine mais il y avait pas mal de filles qu’on connaissait. Il y avait garçons et filles mais pas ensemble. Bien sûr, à l’époque, pas question ! Même pour manger ! La première année, on avait mis du tem…

Odile Guiho

Témoignage (1/5) : « Quand on a vu les montagnes, c’était magique ! »

En 1945, je suis partie en colonie avec l'abbé Boutet. Il disait que les enfants étaient fatigués et qu’ils n’avaient pas beaucoup à manger. On était nombreux à partir. Je ne sais pas si c'était une colonie réservée pour la paroisse Sainte-Madeleine mais il y avait pas mal de filles qu’on connaissait. Il y avait garçons et filles mais pas ensemble. Bien sûr, à l’époque, pas question ! Même pour manger ! La première année, on avait mis du temps pour y aller parce que des ponts étaient encore coupés. On a dû partir le matin de bonne heure et on est arrivés dans la soirée à Arreau – Cadéac. De là, on est partis à Aulon à pied. Il a fallu faire 5 kilomètres ! On est donc arrivés de nuit. Et le lendemain matin, quand on s’est réveillés et qu’on a vu les montagnes, c’était magique ! La plupart n’y était jamais allé. Moi, c'était la première fois que je voyais la montagne.

Odile Guiho

Source : Propos recueillis par les Archives de Nantes et le groupe mémoire du quartier des Ponts en 2019 dans le cadre de la collection « Quartiers, à vos mémoires »

Témoignage (2/5) : « Sur place, c’était vraiment sommaire »

Les premières années, on partait pour au moins quatre bonnes semaines. Comme on n’avait pas de valise, il fallait mettre nos affaires dans un tissu, comme un drap, avec notre nom dessus. Sur place, c’était vraiment sommaire. Les dortoirs, c’étaient des matelas par terre. Et pour la nourriture, ils faisaient ce qu’ils pouvaient. On était dans une ancienne étable. Derrière, il y avait encore les mangeoires. Alors ce qu’on n'aimait pas, hop, on…

Odile Guiho

Témoignage (2/5) : « Sur place, c’était vraiment sommaire »

Les premières années, on partait pour au moins quatre bonnes semaines. Comme on n’avait pas de valise, il fallait mettre nos affaires dans un tissu, comme un drap, avec notre nom dessus. Sur place, c’était vraiment sommaire. Les dortoirs, c’étaient des matelas par terre. Et pour la nourriture, ils faisaient ce qu’ils pouvaient. On était dans une ancienne étable. Derrière, il y avait encore les mangeoires. Alors ce qu’on n'aimait pas, hop, on le balançait derrière ! Évidemment, il n’y avait ni salle d’eau ni douche. Il y avait un petit ruisseau qui coulait dans le bas du village. On allait faire la toilette dedans mais comme c’était glacé, la toilette était très vite faite ! Quand on est rentrés, on a eu le droit à un décrassage par nos mères ! Pour l'encadrement, il y avait l’abbé Boutet avec des moniteurs et des monitrices. Je ne sais pas ce qu’ils avaient comme formation. Il y avait des adultes en tout cas. On faisait des excursions en montagne. Et des fois, c’était limite du point de vue sécurité…

Odile Guiho

Source : Propos recueillis par les Archives de Nantes et le groupe mémoire du quartier des Ponts en 2019 dans le cadre de la collection « Quartiers, à vos mémoires »

Témoignage (3/5) : «  Même si ma mère travaillait, ça lui permettait de changer d’air »

On allait en vacances à la colonie d’Aulon dans les Pyrénées. Comme la vie était assez dure financièrement pour la famille, et que nous ne pouvions pas nous offrir de vacances, ma mère avait trouvé la solution : elle se faisait embaucher comme laveuse ou cuisinière pour la colonie pendant les deux mois d’été. Et grâce à ça, on est allés à la colonie d’Aulon pendant une dizaine d’années. Même si ma mère travaillait, ça lui permettait de chang…

Nicole Badaud

Témoignage (3/5) : «  Même si ma mère travaillait, ça lui permettait de changer d’air »

On allait en vacances à la colonie d’Aulon dans les Pyrénées. Comme la vie était assez dure financièrement pour la famille, et que nous ne pouvions pas nous offrir de vacances, ma mère avait trouvé la solution : elle se faisait embaucher comme laveuse ou cuisinière pour la colonie pendant les deux mois d’été. Et grâce à ça, on est allés à la colonie d’Aulon pendant une dizaine d’années. Même si ma mère travaillait, ça lui permettait de changer d’air.

Nicole Badaud

Source : Propos recueillis par les Archives de Nantes et le groupe mémoire du quartier des Ponts en 2019 dans le cadre de la collection « Quartiers, à vos mémoires »

Témoignage (4/5) : « C’était la vie de scout »

L’activité principale pendant les camps, c’était la marche. Des fois, on nous lâchait en moyenne montagne au-dessus de Gouaux pour faire un jeu de piste. On était par deux et on faisait tout un tour dans la montagne. Moi, j’adorais ça ! On devait avoir 12 ou 13 ans, on nous faisait confiance. Sinon, on montait dans un camp avec nos tentes, nos gamelles, le ravitaillement et à partir de là, on rayonnait. On faisait des petits sommets. On trim…

Anne Gicquel

Témoignage (4/5) : « C’était la vie de scout »

L’activité principale pendant les camps, c’était la marche. Des fois, on nous lâchait en moyenne montagne au-dessus de Gouaux pour faire un jeu de piste. On était par deux et on faisait tout un tour dans la montagne. Moi, j’adorais ça ! On devait avoir 12 ou 13 ans, on nous faisait confiance. Sinon, on montait dans un camp avec nos tentes, nos gamelles, le ravitaillement et à partir de là, on rayonnait. On faisait des petits sommets. On trimballait les guitares aussi. On était par groupe de dix, une dizaine par tranche d’âge. Et puis selon son âge, on faisait des « ascensions » différentes. C’était la vie de scout. On faisait à manger sur le feu de bois et on se lavait un peu dans le torrent.

Anne Gicquel

Source : Propos recueillis par les Archives de Nantes et le groupe mémoire du quartier des Ponts en 2019 dans le cadre de la collection « Quartiers, à vos mémoires »

Témoignage (5/5) : « Là-bas, je me sentais libre ! »

Les colonies d’Aulon, ça a été une expérience énorme, très formatrice, où l’on a appris l’effort. C’était génial pour des mômes ! Une très bonne école ! Pour moi, c’était la liberté parce qu’on se retrouvait seuls dans un village. On avait de l’espace parce qu’à Nantes, on était dans un appartement, et il ne fallait pas trop broncher. Donc, là-bas, je me sentais libre ! On était entre jeunes, on avait les guitares, on chantait, on faisait de…

Anne Gicquel

Témoignage (5/5) : « Là-bas, je me sentais libre ! »

Les colonies d’Aulon, ça a été une expérience énorme, très formatrice, où l’on a appris l’effort. C’était génial pour des mômes ! Une très bonne école ! Pour moi, c’était la liberté parce qu’on se retrouvait seuls dans un village. On avait de l’espace parce qu’à Nantes, on était dans un appartement, et il ne fallait pas trop broncher. Donc, là-bas, je me sentais libre ! On était entre jeunes, on avait les guitares, on chantait, on faisait des boums, etc. Je pense que ça a donné le goût de la montagne, de la randonnée à beaucoup de gens. Ça fait quand même des milliers d'enfants qui sont partis sur 35 ans. Beaucoup de gens sont retournés vivre dans les Pyrénées. Et tous ceux que je connais y sont repartis marcher. Moi, j’y suis retournée plusieurs fois adulte. Et quand on va dans la vallée d’Aure, l’été, il y a plein de 44. Je pense que c’est à cause de la colo, parce que beaucoup de gamins nantais sont allés à cette colo.

Anne Gicquel

Source : Propos recueillis par les Archives de Nantes et le groupe mémoire du quartier des Ponts en 2019 dans le cadre de la collection « Quartiers, à vos mémoires »

Sources

Archives de Nantes, Le quartier des Ponts, coll. Quartiers, à vos mémoires, Nantes, 2021

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