Boulevards autour de la place Mellinet

Le lotissement du domaine de Launay se développe sur un carré de 400 mètres divisé par deux diagonales et des perpendiculaires à ses côtés : les boulevards de Launay, Allard, Sain-Pern (actuel boulevard Paul-Langevin) et Saint-Aignan. À l’instar des villas de la place Mellinet, leur urbanisation progressive est orientée vers l’habitat bourgeois. Les capitaines d’industries du quartier telles que les familles Brissonneau ou Lotz élisent domicile sur les boulevards de Launay et Saint-Aignan.

Boulevards autour de la place Mellinet

Ce contenu a été rédigé par Nathalie Barré

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Le boulevard de Launay

Mettant en liaison la place de Launay et les quais de la Loire, seule issue du quartier dès le début de l’opération d’urbanisme, le boulevard de Launay est la première voie le long de laquelle s’élevèrent des immeubles dans le premier tiers du 19e siècle. Les architectes Blon et Amouroux en sont presque toujours les auteurs (immeubles aux numéros 2, 15, 19, 19 bis, 25, 29, 2 10, 22, 22bis, 22 ter). Ces hôtels particuliers n’ont qu’un étage, le plus souvent percé de fenêtres cintrées.

Extrait du plan de Nantes
Extrait du plan de Nantes – © Archives de Nantes

En 1829, le promoteur du quartier, Benjamin Allard, y fit édifier au numéro 2 une vaste demeure dominant encore aujourd’hui la place René-Bouhier. Cet immeuble de rapport est composé de deux étages d’appartements sur un rez-de-chaussée occupé par des boutiques.

Boulevard de Launay depuis l’actuelle place René-Bouhier
Boulevard de Launay depuis l’actuelle place René-Bouhier – © Archives de Nantes

Faisant suite au boulevard de Launay et se prolongeant jusqu’à la place Zola par le boulevard Pasteur, le boulevard Allard, ouvert en 1837, porte le nom des fondateurs du quartier. Ces trois voies se faisant suite constituent un des plus beaux tracés rectiligne de Nantes.

Vue aérienne du quartier Mellinet
Vue aérienne du quartier Mellinet – © Archives de Nantes

Le boulevard Saint-Aignan

La percée des boulevards Paul-Langevin et Saint-Aignan, perpendiculaires à la place Mellinet, permet la jonction entre la place Canclaux et le quartier Sainte-Anne dans le dernier tiers du 19e siècle. Plusieurs étapes ont en effet été nécessaires à leur ouverture.

La percée complète du boulevard Saint-Aignan est étalée sur une période comprise entre 1837 et 1881. Dans les années 1830, la partie prévue dans le plan du lotissement est tracée entre la place Mellinet et celle de la Chapelle. Cette voie prend alors le nom de Saint-Aignan en 1837, en mémoire de Louis Rousseau de Saint-Aignan, ancien maire de Nantes, député de Loire-Inférieure sous la Restauration et la Monarchie de Juillet et membre de la Chambre des pairs, qui vient de décéder.

Boulevard Saint-Aignan vers la place Mellinet
Boulevard Saint-Aignan vers la place Mellinet – © Archives de Nantes

Le boulevard, qui doit se prolonger en ligne droite jusqu’à Luzançay reste longtemps un cul-de-sac. Il s’interrompt au niveau du ruisseau de Pilleux, bloqué par un profond ravin dans lequel des carrières sont exploitées. Un pont permet de le franchir à partir de 1848 mais il faut attendre les années 1880 pour que la jonction avec la place Charles Lechat soit réalisée malgré une pétition des « habitants des anciens bois de Launay » réclamant en 1868 « la prolongation du boulevard Saint-Aignan jusqu’à Sainte-Anne, comme l’indique le plan de la ville, à la grande bénédiction d’un pèlerinage si cher aux Bretons (…) en donnant ainsi un but au pont qui fut construit en 1848, et qui depuis vingt ans reste comme un point d’interrogation attendant sa réponse. » Parmi les signataires, de nombreux industriels et gros propriétaires du quartier, les Allard, Brissonneau, Baboneau, Brunellière, Riom, Cossé-Duval, Lotz fils aîné, etc. qui se plaignent de n’avoir « à travers le plateau de la Petite Chapelière aucune communication avec ce beau boulevard Saint-Aignan, qui est bordé dans tout son parcours de riches habitations jusqu’à sa jonction avec la place de Launay ».

Prolongeant la perspective du boulevard Saint-Aignan jusqu’à la future place Canclaux, le boulevard Saint-Pern est ouvert sur les terrains rocailleux de l’ancienne tenue Bruneau. Sa percée est réalisée en deux temps : de la place Mellinet jusqu’à la rue Vauquelin en 1830, puis prolongé jusqu’à la place Canclaux en 1870.

Nathalie Barré
Archives de Nantes
2016

Témoignage (1/3) : Les répétitions de l’OPPL

J'ai vécu jusqu'à l'âge de 18 ans au 16, boulevard de Launay en face du lycée. Mon grand-père paternel possédait cet immeuble de trois étages qui datait de la création du boulevard. Mes parents habitaient au second. Il y avait quatre pièces plus une grande cuisine. C’était un grand logement, avec des fenêtres assez hautes, des plafonds hauts. C’était de l’ancien. Du deuxième étage, où nous étions, nous avions vue sur la rue Cuvier et la rue …

Jean-François Marquet

Témoignage (1/3) : Les répétitions de l’OPPL

J'ai vécu jusqu'à l'âge de 18 ans au 16, boulevard de Launay en face du lycée. Mon grand-père paternel possédait cet immeuble de trois étages qui datait de la création du boulevard. Mes parents habitaient au second. Il y avait quatre pièces plus une grande cuisine. C’était un grand logement, avec des fenêtres assez hautes, des plafonds hauts. C’était de l’ancien. Du deuxième étage, où nous étions, nous avions vue sur la rue Cuvier et la rue Linné. Avant les locaux de la Médecine du travail, il y avait une immense villa qui était magnifique. L'angle du boulevard avec la rue Chaptal était occupé par la salle de répétition de l’OPPL. C’est là que j’ai fait mes humanités en musique classique. Comme c’était ouvert, je m’asseyais sur les marches et j’écoutais leurs répétitions.

Jean-François Marquet

Source : Propos recueillis en 2015 par les Archives de Nantes et le groupe mémoire Dervallières-Zola

Témoignage (2/3) : Une circulation intense

Avant l'ouverture du boulevard René-Coty, le boulevard de Launay était la sortie ouest de Nantes. C'était un défilé continu de camions, jour et nuit. Et puis, il y avait beaucoup de mobylettes à l'époque. Ça faisait un boucan pas possible. En 1961, toute la circulation passait par là. Et nous notre logement donnait sur le boulevard… À partir du moment où le boulevard René-Coty est entré en circulation, ça allait déjà beaucoup mieux.

Pierre Épié

Source : Propos recueillis en 2015 par les Archives de Nantes et le groupe mémoire Dervallières-Zola

Témoignage (3/3) : Un quartier bourgeois

J'habitais au 28, boulevard Paul-Langevin, juste au coin de la rue Vauquelin. Ma famille paternelle est originaire de Suisse. Mon père est venu à Nantes vers 1921. Il était responsable des Papeteries de France qui se trouvaient au 13, rue de la Brasserie. Mes parents se sont installés dans le quartier pour ne pas être trop loin de la rue de la Brasserie. Ils ont pris un appartement dans un immeuble de trois étages boulevard Paul-Langevin où …

Danielle Lavandier

Témoignage (3/3) : Un quartier bourgeois

J'habitais au 28, boulevard Paul-Langevin, juste au coin de la rue Vauquelin. Ma famille paternelle est originaire de Suisse. Mon père est venu à Nantes vers 1921. Il était responsable des Papeteries de France qui se trouvaient au 13, rue de la Brasserie. Mes parents se sont installés dans le quartier pour ne pas être trop loin de la rue de la Brasserie. Ils ont pris un appartement dans un immeuble de trois étages boulevard Paul-Langevin où ils sont restés jusqu'en 1953. Je suis donc née dans cet appartement et j'y ai vécu jusqu'à mes 16 ans. Notre appartement était au premier étage. Nous avions un escalier qui donnait directement sur la rue. On avait la chance d'avoir un jardin superbe. Au deuxième et au troisième, il y avait deux appartements séparés par un couloir. Le boulevard Langevin était bourgeois, c'étaient les grandes familles nantaises qui habitaient là comme la famille Bonduelle. L'ambiance était moins chaleureuse que dans des quartiers plus mélangés. Il n'y avait pas d'enfants qui descendaient pour jouer dans la rue. Moi, je jouais avec la fille de notre femme de ménage qui habitait au troisième étage. Je la voyais quand maman allait faire ses courses.

Danielle Lavandier

Source : Propos recueillis en 2015 par les Archives de Nantes et le groupe mémoire Dervallières-Zola

Sources

Archives de Nantes, Du quai de la Fosse vers Mellinet-Canclaux, coll. Quartiers, à vos mémoires, Nantes, 2016

Cosneau Claude, « Le quartier Mellinet à Nantes : de la villa urbaine à la maisonnette », Bulletin de la Société archéologique et historique de Nantes et de Loire-Atlantique, 1979, p. 91-101

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