Ancien marché Lamoricière

Les familles qui fréquentent aux beaux jours le square de la place René-Bouhier peuvent-elles s’imaginer qu’au même endroit s’élevait autrefois un marché couvert ? Une petite halle de Baltard à la nantaise…

Ancien marché Lamoricière

Ce contenu a été rédigé par Philippe Bouglé

Vous aussi faites vivre le patrimoine Nantais en apportant votre contribution.

En 1891, un ensemble de terrains et de constructions appartenant à la famille de Saint-Pern sur la place Lamoricière et aux abords sont mis aux enchères publiques. La Ville saisit l’occasion et se porte acquéreur. Ces terrains lui permettront de reprofiler la place en prolongeant les rues et d’établir, sur une large parcelle en forme de trapèze, un marché réclamé de longue date par les élus du secteur et les habitants de ce quartier proche du port.

On n’envisage pas pour autant une construction définitive, qui serait une « grosse dépense », mais une simple clôture et « quelques auvents de bois ». Deux ans plus tard, le nouveau maire, l’industriel Alfred Riom, voit plus grand et fait dresser les plans d’une construction métallique couvrant environ 572 mètres carrés et contenant 60 places. Le chantier débute en 1895 mais rencontre des difficultés techniques liées à la présence souterraine de la Chézine.

Entrée principale du marché Lamoricière
Entrée principale du marché Lamoricière – © Archives de Nantes

En 1907, après dix années de fonctionnement, le marché Lamoricière végète. Les clients sont rares et les étals peu nombreux malgré des droits de place moins élevés qu’ailleurs. Seuls les vendeurs installés à l’extérieur, bimbelotiers, merciers, marchands des quatre saisons et producteurs de la campagne, tirent leur épingle du jeu. La municipalité propose d’ouvrir deux nouvelles portes de part et d’autre de l’entrée principale. Mais l’insuccès se confirme. Il est même un temps question de transformer la halle en lavoir public.

Dans les décennies suivantes, le marché Lamoricière survit sans jamais vraiment sortir de sa torpeur. Entre les deux guerres, il devient chaque soir à la belle saison une sorte de criée à la sardine où les petits marchands ambulants viennent s’approvisionner. Le marché résiste aux bombardements de 1943, mais n’en a plus pour longtemps. Complètement délabré et toujours aussi peu fréquenté, il est abattu en 1945 dans une quasi-indifférence.

Aménagement du square de la place René-Bouhier
Aménagement du square de la place René-Bouhier – © Archives de Nantes

Un jardin pour enfant

En 1949, la Ville commence à réfléchir au réaménagement de l’espace libéré en jardin d’enfants. Ce dernier ouvre en 1952. Jusqu’en 1978, ce jardin public sera d’abord banalement appelé « square (de la place) René-Bouhier ».

Nouveau square René-Bouhier et sa pataugeoire
Nouveau square René-Bouhier et sa pataugeoire – © Archives de Nantes

Lorsque la municipalité Chénard décide de lui donner la dénomination de « square du 19 mars 1962 », date du cessez-le-feu en Algérie au lendemain des accords d’Évian, une vive polémique éclate au sein des associations d’anciens combattants, au point que la plaque sera en partie arrachée par « trois parachutistes offusqués ». La municipalité Chauty, élue en 1983, s’était engagée à « réparer l’outrage ». Le square est donc débaptisé et porte depuis le nom de « square des Combattants d’Afrique du Nord ».

Philippe Bouglé
Groupe Mémoire
2015

Témoignage (1/2) : Un terrain de jeux pour les enfants du quartier

On allait tout le temps dans le square René-Bouhier. Beaucoup de gamins venaient jouer aux billes, au ballon. Ils venaient de toutes les rues autour pratiquement sauf de Mellinet. On n'a pas connu des gens de Mellinet, ils étaient plus bourgeois dans ce quartier-là. Il y avait les clochards aussi qui venaient. Ils amenaient leur cabane ou leur toile et ils couchaient là. Nous, ça ne nous dérangeait pas.

Jean-Claude

Source : Propos recueillis par les Archives de Nantes et le groupe mémoire du quartier Dervallières-Zola en 2015 dans le cadre de la collection « Quartiers, à vos mémoires »

Témoignage (2/2) : Un refuge pour les clochards

Il y avait beaucoup de clochards place René-Bouhier. Ils étaient dans le square, dans la rue. Certains allaient dormir dans les camions de mon père ! Les employés les retrouvaient le matin et ils les ramenaient dans le parc avec une brouette. Il y avait pas mal d’anciens ouvriers agricoles ou des gens paumés. Ils n’avaient plus rien.

Nicolas

Source : Propos recueillis par les Archives de Nantes et le groupe mémoire du quartier Dervallières-Zola en 2015 dans le cadre de la collection « Quartiers, à vos mémoires »

Sources

Archives de Nantes, Du quai de la Fosse vers Mellinet-Canclaux, coll. Quartiers, à vos mémoires, Nantes, 2016

Ces articles pourraient vous intéresser