A. & L. Guillouard

Fabricant d’articles en acier galvanisé ou étamé à chaud pour la cuisine, le jardin et l’élevage, la marque A. & L. Guillouard a fait partie de la vie quotidienne de nombreuses familles pendant plus d’un siècle. Créée en 1911 par Adrien et Louis Guillouard, fils d’un quincaillier en gros de la rue Saint-Jacques, l’entreprise est une affaire familiale qui se développe rapidement.

A. & L. Guillouard

Ce contenu a été rédigé par Nathalie Barré, Julie Aycard

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Publicité de l'usine A. & L. Guillouard
Publicité de l’usine A. & L. Guillouard – © Fonds Annie Leroux, Archives de Nantes

Un catalogue fourni

Dès sa création, l’entreprise se spécialise dans le petit matériel de cuisine, de maison, de jardin et d’élevage, en acier étamé ou galvanisé. Dans l’usine, les ouvriers découpent et emboutissent la tôle avant d’enduire les objets au moyen de deux techniques immuables pour rendre le métal plus rigide, étanche, et le protéger de la rouille : l’étamage à chaud lorsque le produit est plongé dans un bain d’étain en fusion, ou la galvanisation à chaud, dans un bain de zinc. Presse-légumes, arrosoirs, chaudrons, abreuvoirs, lanternes, etc., font la renommée de Guillouard.

Ouvrier à l'étamage
Ouvrier à l’étamage – © coll. Hélène Cayeux, Centre d’histoire du travail

En 1939, le catalogue propose 135 articles à la vente, 500 peu de temps avant la fermeture. Tournée vers l’exportation, la marque ALG est réputée dans le monde entier. Un de ses produits emblématiques, la lampe-tempête Luciole, lancée en 1927, est largement diffusé en Afrique francophone. Dans les années 1960, l’entreprise prend le train de l’essor de l’industrie des matières plastiques. Un premier atelier de fabrication d’articles de ménage en polyéthylène est ouvert dans l’usine nantaise. Afin de développer cette production, un terrain de 50 000 m² est acquis à Vertou. Mais le projet n’aboutit pas.

Produits de l'entreprise A. & L. Guillouard
Produits de l’entreprise A. & L. Guillouard – © Fonds Annie Leroux, Archives de Nantes

La fermeture

Après la mort d’Adrien en 1963, la continuité est assurée par Louis Guillouard, ses fils, son gendre et ses petits fils. Mais en 1981, à la suite d’un redressement judiciaire, l’entreprise est reprise par un ingénieur nantais, Jean-François Sirvin, père du dernier dirigeant, Éric Sirvin. En 2016, « après avoir longtemps résisté à la concurrence low cost, l’ultime usine française d’articles en métal galvanisé pour la cuisine, le jardin et l’élevage ferme ses portes », annonce L’Usine nouvelle dans un article du 22 janvier. La concurrence des pays de l’Est et asiatiques, ainsi que la perspective d’une mise aux normes environnementales sont les arguments avancés par la direction. L’entreprise qui a compté jusqu’à 600 salariés dans les années 1950-1960, dont une grande majorité de femmes, n’emploie plus que 45 personnes à la veille de la fermeture.

La grève « des mains coupées »

Dans les années 1970, l’entreprise s’est taillée une réputation très négative de pénibilité et de dangerosité que la grève « des mains coupées », en 1979, va particulièrement illustrer.

Ouvrière sur une presse de l'usine Guillouard
Ouvrière sur une presse de l’usine Guillouard – © Centre d’histoire du travail

Le 16 mai 1979, « un dramatique accident du travail a jeté la consternation aux établissements Guillouard à Nantes. Une ouvrière qui travaillait sur une presse a eu la main broyée et coupée. Aussitôt ses camarades de travail se sont mis spontanément en grève », relate un journaliste de Presse-Océan le lendemain du drame. Les délégués CGT et CFDT remettent à la direction un cahier de revendications, demandant la suppression du salaire au rendement et la création dans chaque atelier d’une commission de sécurité.

Travailleuses en grève
Travailleuses en grève – © coll. Hélène Cayeux, Centre d’histoire du travail

À la suite des sanctions prises par la direction à l’encontre des délégués syndicaux, une vive réaction syndicale mobilise 2 000 métallurgistes lors d’une manifestation le 8 juin 1979.

L’architecture

En retrait du boulevard des Martyrs-Nantais-de-la-Résistance dont ils sont protégés par une cour fermée de murs, les établissements Guillouard offrent sur la rue une façade biaise de 8 travées en rez-de-chaussée séparées en deux par un corps central.

Les volumes en rez-de-chaussée sont rythmés par des dosserets qui délimitent des modules carrés. Ceux-ci sont percés de baies rectangulaires horizontales.

Ce corps central est percé d’une porte cochère en arc segmentaire encadrée de deux petites baies rectangulaires verticales. Elle est surmontée d’un étage qui reprend le même découpage tripartite. Les parties latérales sont traitées en bossage. L’ensemble est surmonté d’un attique pourvu d’un fronton hémicirculaire sur lequel un « G » et la mention « Établissements Guillouard » sont inscrits.

Établissements Guillouard, près de la ligne de tramways
Établissements Guillouard, près de la ligne de tramways – © Julie Aycard / Direction du Patrimoine et de l’Archéologie, Ville de Nantes / Nantes Métropole

En arrière de cette façade, 17 halles d’ateliers couvertes de shed se développent de part et d’autre des bâtiments d’administration organisés perpendiculairement au corps central de la façade.

Nathalie Barré, Julie Aycard
Direction du patrimoine et de l’archéologie, Ville de Nantes / Nantes Métropole ; Service du Patrimoine, Inventaire général, Région Pays de la Loire / Archives de Nantes
2021

Témoignage : « J’ai débuté en tant qu’intérimaire au service finitions »

De 1994 à 1998, j’ai effectué toutes sortes de petits boulots avant de réussir à entrer, par relation, chez Guillouard en mars 98. […] Mes tantes paternelles avaient travaillé dans cette usine durant leur jeunesse. J’ai débuté en tant qu’intérimaire au service finitions. Les différents articles fabriqués en tôle noire étaient galvanisés à chaud : ils étaient trempés dans des bains de zinc chauffés à 400°C environ. Quand ils sortaient des …

Line Hervé

Témoignage : « J’ai débuté en tant qu’intérimaire au service finitions »

De 1994 à 1998, j’ai effectué toutes sortes de petits boulots avant de réussir à entrer, par relation, chez Guillouard en mars 98. […] Mes tantes paternelles avaient travaillé dans cette usine durant leur jeunesse. J’ai débuté en tant qu’intérimaire au service finitions. Les différents articles fabriqués en tôle noire étaient galvanisés à chaud : ils étaient trempés dans des bains de zinc chauffés à 400°C environ. Quand ils sortaient des cuves, il y avait toujours des petites gouttes de zinc qui pendaient. Il fallait donc ébavurer les pièces avec une lime pour éviter que les personnes qui manipuleraient les articles ne se blessent. Il fallait aussi veiller à retirer les cendres de zinc qui se déposaient parfois sur les articles et recouvrir l’endroit d’un léger voile de peinture. En janvier 2000, j’ai signé un CDI et jusqu’à la fermeture en juin 2016, j’ai effectué plusieurs postes. Après quelques mois à l’ébavurage, j’ai remplacé une collègue au service des expéditions pendant ses congés maternité. J’ai terminé au poste de pointeau. Là, je récupérais les feuilles d’activité journalière des productifs et je calculais leur prime de rendement. Car les ouvriers, qu’ils soient sur des postes individuels ou des chaînes de montage avaient des cadences à respecter.

Line Hervé

Source : Propos recueillis par les Archives de Nantes et le groupe mémoire du quartier des Ponts en 2019 dans le cadre de la collection « Quartiers, à vos mémoires »

Témoignage : « Ce qui était impressionnant, c’était de voir les galvaniseurs debout, au-dessus des cuves où le zinc était en fusion »

Ce qui était impressionnant, c’était de voir les galvaniseurs debout, au-dessus des cuves où le zinc était en fusion. Après avoir été décapées, les pièces étaient plongées dans la cuve par un homme qui les tenait à bout de bras grâce à une pince spéciale. Un autre ouvrier, lui aussi au-dessus de la cuve, muni d’une pince identique à celle de son collègue, récupérait l’article en le tournant pour l’égoutter et faire tomber le surplus de zinc.…

Line Hervé

Témoignage : « Ce qui était impressionnant, c’était de voir les galvaniseurs debout, au-dessus des cuves où le zinc était en fusion »

Ce qui était impressionnant, c’était de voir les galvaniseurs debout, au-dessus des cuves où le zinc était en fusion. Après avoir été décapées, les pièces étaient plongées dans la cuve par un homme qui les tenait à bout de bras grâce à une pince spéciale. Un autre ouvrier, lui aussi au-dessus de la cuve, muni d’une pince identique à celle de son collègue, récupérait l’article en le tournant pour l’égoutter et faire tomber le surplus de zinc. Il le plaçait ensuite dans un chariot pour qu’il soit ébavuré au service finitions. Ce mouvement était répété toute la journée, avec des pièces qui étaient parfois très lourdes. L’été, il faisait très très chaud dans ce service avec la chaleur dégagée par la cuve et la chaleur extérieure. Ces mêmes ouvriers décapaient les pièces dans des bains d’acide. Et même s’ils étaient équipés de masques, il fallait faire attention à ne pas respirer les vapeurs et à se protéger des projections d’acide ou de zinc.

Line Hervé

Source : Propos recueillis par les Archives de Nantes et le groupe mémoire du quartier des Ponts en 2019 dans le cadre de la collection « Quartiers, à vos mémoires »

Témoignage : « Quand l’usine a fermé en 2016, nous n’étions plus que 45 employés »

45 employés. Quand je suis arrivée en 1998, nous étions plus de 100 personnes, et on faisait beaucoup appel aux intérimaires pendant la saison des stérilisateurs, c’est-à-dire de mars à fin juillet. En pleine saison, on pouvait employer jusqu’à 40 intérimaires dans les différents services. La répartition hommes / femmes était presque identique au départ. À la fermeture, on avait peut-être un personnel un peu plus féminin. Les services galva …

Line Hervé

Témoignage : « Quand l’usine a fermé en 2016, nous n’étions plus que 45 employés »

45 employés. Quand je suis arrivée en 1998, nous étions plus de 100 personnes, et on faisait beaucoup appel aux intérimaires pendant la saison des stérilisateurs, c’est-à-dire de mars à fin juillet. En pleine saison, on pouvait employer jusqu’à 40 intérimaires dans les différents services. La répartition hommes / femmes était presque identique au départ. À la fermeture, on avait peut-être un personnel un peu plus féminin. Les services galva et maintenance n’étaient composés que par des hommes, alors que l’on trouvait essentiellement des femmes sur les postes de cisaille, découpe, chaînes de montage et finitions, même si à la fin, on demandait au personnel d’être polyvalent et de s’adapter aux besoins du travail.

Line Hervé

Source : Propos recueillis par les Archives de Nantes et le groupe mémoire du quartier des Ponts en 2019 dans le cadre de la collection « Quartiers, à vos mémoires »

Témoignage : « Malgré notre colère, la fermeture s’est faite dans le plus grand calme, sans mouvement ni débrayage »

Quand j’ai été embauchée en 1998, on m’avait dit : « Oh !Chez Guillouard, il n’y en a pas pour longtemps ! » Et je suis restée 18 ans malgré tout. Cette phrase, on l’entendait régulièrement parmi le personnel, mais bizarrement quand c’est arrivé pour de vrai, on a tous été très surpris. Le 12 janvier 2016, au lieu de nous offrir ses vœux pour la nouvelle année, Eric Sirvin nous a annoncé notre licenciement économique. L’année commençait bien…

Line Hervé

Témoignage : « Malgré notre colère, la fermeture s’est faite dans le plus grand calme, sans mouvement ni débrayage »

Quand j’ai été embauchée en 1998, on m’avait dit : « Oh !Chez Guillouard, il n’y en a pas pour longtemps ! » Et je suis restée 18 ans malgré tout. Cette phrase, on l’entendait régulièrement parmi le personnel, mais bizarrement quand c’est arrivé pour de vrai, on a tous été très surpris. Le 12 janvier 2016, au lieu de nous offrir ses vœux pour la nouvelle année, Eric Sirvin nous a annoncé notre licenciement économique. L’année commençait bien… La production s’est arrêtée le 11 avril 2016 et l’usine a fermé ses portes à la fin du mois de juin, après avoir expédié un maximum de stock. Enfin, ils n’ont pas complètement fermé, car la direction est encore présente sur le site.

Line Hervé

Source : Propos recueillis par les Archives de Nantes et le groupe mémoire du quartier des Ponts en 2019 dans le cadre de la collection « Quartiers, à vos mémoires »

Sources

Archives de Nantes, Le quartier des Ponts, coll. Quartiers, à vos mémoires, Nantes, 2021

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